L’influence croissante de la Chine en Afrique passe par l’ONU

GéopolitiquePékin a obtenu la nomination de l’un de ses diplomates au poste d’envoyé spécial des Nations Unies dans la région des Grands Lacs.

Huang Xia, 57 ans, ici à Dakar en 2015 alors qu’il était ambassadeur de la Chine au Sénégal, connaît bien l’Afrique.

Huang Xia, 57 ans, ici à Dakar en 2015 alors qu’il était ambassadeur de la Chine au Sénégal, connaît bien l’Afrique. Image: SEYLLOU/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il faut y voir le signe d’un monde qui change et l’instauration de nouveaux équilibres au sein du système multilatéral bâti sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale. Le 22 janvier dernier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a nommé Huang Xia, 57 ans, au poste d’envoyé spécial dans la région des Grands Lacs. Une véritable révolution. Jusque-là, aucun diplomate chinois n’était arrivé à un poste hiérarchique aussi élevé et aussi sensible. La région des Grands Lacs (RDC, Ouganda, Rwanda, Burundi et Tanzanie) a été le théâtre de conflits interethniques dévastateurs qui ont connu leur point d’orgue avec le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994. Aujourd’hui, c’est une région qui mobilise l’attention de la communauté internationale à cause des conflits qui sommeillent, mais aussi par intérêt pour les ressources minières qui s’y trouvent.

La montée en puissance de la Chine au sein du système multilatéral devient donc de plus en plus visible. Comme l’on pouvait s’y attendre, Pékin réclame un retour sur investissements. Lors de son passage à Genève le 18 janvier 2017, le président chinois, Xi Xinping, avait, à la tribune de la salle des Assemblées du Palais des Nations, annoncé la mise sur rail du tout jeune fonds Chine-ONU pour la paix et le développement doté de 1 milliard de dollars sur dix ans. Plus qu’une bulle d’oxygène, une véritable bouée de sauvetage. «Sous votre direction, la Chine est devenue un pilier central du multilatéralisme», avait déclaré le chef de l’ONU, Antonio Guterres. «Et cela en grande partie en raison du désengagement américain», souligne Leslie Varenne, directrice de l’Institut de veille et d’étude des relations internationales et stratégiques (IVERIS). Lorsque le président chinois annonce renforcer l’engagement de son pays dans le système multilatéral, les finances des Nations Unies sont exsangues et les discours de Donald Trump laissent entrevoir un début de retrait américain. En 2017, l’ONU a dû accepter de réduire son budget de maintien de la paix de 600 millions de dollars à la demande de la Maison-Blanche.

Forte contribution chinoise

Aujourd’hui, la Chine est devenue le deuxième contributeur financier à l’ONU après les États-Unis, avec 800 millions de dollars versés par an. La contribution chinoise atteint 12% du budget de fonctionnement des Nations Unies et 15% de celui des opérations de paix. Avec plus de 2500 Casques bleus chinois déployés au Mali, en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan du Sud ou au Liban, Pékin fournit un important contingent de troupes aux missions de paix onusiennes. La Chine déploie d’ailleurs ses contingents quasi exclusivement sur les théâtres africains. Son armée a même ouvert des centres de formation à destination des autres Casques bleus issus de pays émergents.

Un certain de nombres de pays s’inquiètent de cette montée en puissance de la Chine et redoutent qu’elle n’use de ses positions pour défendre ses intérêts. «Nous sommes en train de laisser les Chinois prendre le contrôle de l’ONU», déplore un diplomate européen. Lequel assure que Pékin ne va pas s’arrêter là.

«Le poste d’envoyé spécial pour la région des Grands Lacs est éminemment stratégique», confirme Leslie Varenne. Depuis 2008, des sociétés d’État chinoises ont obtenu de grosses concessions minières en RDC, dont certaines qui appartenaient au groupe suisse Glencore. «La RDC est surveillée comme le lait sur le feu par toutes les grandes puissances. La Russie a signé un accord de défense en juin 2018», rappelle la directrice de l’IVERIS.

Ressources convoitées

Le sous-sol de la RDC abrite 60% des réserves mondiales de Cobalt, un minerai stratégique indispensable à la fabrication des batteries qui alimentent les voitures électriques. Cette inquiétude essentiellement occidentale, la journaliste Catherine Fiankan, spécialiste de l’Afrique, ne la partage pas. «Cette nomination est un plus pour l’ONU. Elle va aider à régler la problématique des Grands Lacs», estime-t-elle, ajoutant que les dirigeants chinois et africains s’appréciaient et se comprenaient. Un point de vue partagé par le fondateur du site ContinentPremier, le Sénégalais Gorgui Wade NDoye. «La Chine jouit d’une certaine respectabilité en Afrique, et Monsieur Xia, qui connaît bien l’Afrique, où il a servi successivement comme Ambassadeur au Niger, au Sénégal et au Congo, peut apporter une forte valeur ajoutée pour la mise en œuvre de l’Accord-cadre historique pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC», constate-t-il.

La diplomatie du portefeuille a d’ores et déjà porté ses fruits. Aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique et Pékin a promis une aide de 60 milliards de dollars pour les prochaines années. Son influence grandissante dans la région des Grands Lacs ne s’arrête pas à la RDC. En juillet dernier, la Chine et le Rwanda ont signé 15 accords bilatéraux stratégiques. Xi Xinping avait alors parlé d’une «amitié plus grande que les montagnes». (24 heures)

Créé: 01.02.2019, 19h58

Articles en relation

«Nous sommes capables de faire face aux crises»

Chine Editorial À Davos, le vice-président chinois Wang Qishan joue l’apaisement, tout en revendiquant la puissance retrouvée de son pays. Plus...

L’avenir économique de la Chine sera au cœur des débats à Davos

Forum économique mondial Pékin misera-t-il sur un apaisement de la guerre commerciale avec Washington? Question centrale cette année au WEF. Plus...

La Chine investit l’Afrique à fond de train

Basculement La première étape d’un gigantesque réseau ferroviaire sera inaugurée ce mercredi au Kenya. Pékin «conquiert» le continent. Plus...

L’armée chinoise s’implante en Afrique

Géopolitique Après la France, les Etats-Unis et le Japon, la Chine va disposer d’une base navale permanente à Djibouti. Plus...

La Chine fournit des instruments de torture en Afrique et en Asie

Rapport La Chine favorise les violations des droits de l'Homme dans divers pays d'Afrique et d'Asie en y exportant toute une gamme d'instruments de torture, dénonce mardi dans un rapport Amnesty International. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.