«Trop de jeunes chômeurs sont tentés par le djihadisme»

TunisieSpécialiste du monde arabe et de ses enjeux économiques, Akram Belkaïd craignait depuis longtemps une contagion djihadiste depuis la Libye

Akram Belkaïd, spécialiste du monde arabe et de ses enjeux économiques, craignait depuis longtemps une contagion djihadiste depuis la Libye.

Akram Belkaïd, spécialiste du monde arabe et de ses enjeux économiques, craignait depuis longtemps une contagion djihadiste depuis la Libye. Image: DR

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Akram Belkaïd est choqué, mais pas surpris. Spécialiste du monde arabe et de ses enjeux économiques, établi à Paris, il craignait depuis longtemps une contagion djihadiste depuis la Libye. Un chaos dont l’Europe s’est lavé les mains, dit-il. Tout comme elle s’est abstenue de financer un Plan Marshall pour stabiliser la région. La Tunisie a certes fait des merveilles sur le plan politique, réussissant une transition délicate de la dictature vers la démocratie. Mais le Printemps arabe n’a pas permis d’améliorer les conditions de vie. Or, nombre de jeunes au chômage tombent dans les filets des islamistes radicaux, note le journaliste et essayiste, qui a publié le livre Etre Arabe aujourd’hui aux Carnets Nord et contribué à l’ouvrage collectif Où va le monde arabe? sorti chez Erick Bonnier.

Cet attentat vous a-t-il surpris?
Je craignais depuis longtemps un tel attentat, étant donné la dégradation sécuritaire en Libye et la difficulté des autorités tunisiennes à répondre à la menace. Les mesures prises sont surtout préventives. Trop souvent, le laisser-aller est patent. Le manque de rigueur, évident. Depuis deux ans, les alertes n’ont pas manqué, des incidents se sont multipliés aux frontières et des combats ont eu lieu à l’intérieur du pays.

Pourquoi cibler les touristes? Faut-il voir un lien avec la loi antiterroriste discutée juste à côté, au parlement?
Difficile à dire, à ce stade, si les terroristes voulaient initialement cibler les touristes ou s’ils avaient imaginé frapper le parlement et ont changé d’objectif parce que le dispositif sécuritaire était trop important… Dans les deux cas, il s’agit de frapper des symboles forts. Le parlement, c’est la transition démocratique fragile mais réussie. Le Bardo, c’est le tourisme, donc les ressources économiques indispensables à une stabilisation du pays. L’insécurité fait fuir les vacanciers mais aussi nombre d’industriels…

L’économie du pays peut-elle sombrer?
Ce qu’il faut comprendre, c’est que la transition tunisienne est surtout une réussite sur le plan politique. La parole a été libérée, la page de la dictature paranoïaque a été tournée. Mais sur le plan économique, les promesses n’ont pas été tenues. Ce qui n’est guère étonnant, vu les turbulences auxquelles le pays a dû faire face. Et il faut bien dire que les grands bâilleurs de fonds n’ont pas été au rendez-vous. Que ce soit l’Union européenne, les Etats-Unis ou les monarchies du Golfe… Ce qu’il fallait en Tunisie, c’était un véritable Plan Marshall. Cette Europe qui a tant soutenu de dictatures en Afrique du Nord n’a pas été à la hauteur de l’aide nécessaire. Quant au chaos libyen, elle s’en lave les mains. Résultat: nombre de jeunes chômeurs sont aujourd’hui tentés par le djihadisme (ndlr: de 2000 à 3000 Tunisiens combattraient en Syrie, en Irak et en Libye) alors que leur vie aurait pu être tout autre s’ils avaient trouvé un emploi stable.

Quelles seront les conséquences de cet attentat?
D’abord une remobilisation de la population, longtemps distraite par les joutes politiciennes. L’onde de choc va être énorme. Les Tunisiens vont réaffirmer que l’islamisme n’est pas leur projet. Mais je crains qu’on n’entre dans une période de violence djihadiste. Pourvu que les autorités réagissent fermement mais en respectant l’Etat de droit. Une dérive totalitaire à l’égyptienne n’est pas impossible. Interdire certains partis, prendre des mesures d’exception… Espérons que ça n’arrivera pas.



Créé: 18.03.2015, 21h33

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