Les négociations sur le Sahara relancées à Genève

ONULe Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie renouent le dialogue sous la pression de Washington.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, devant la presse, jeudi à Genève.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, devant la presse, jeudi à Genève. Image: Reuters

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C’est peut-être l’amorce d’un dégel. Le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie ont convenu, jeudi, de se retrouver au cours du premier trimestre 2019 pour parler du Sahara occidental, à l’issue de la réunion de deux jours qui s’est tenue à Genève sous l’égide de l’ONU et de son émissaire, l’Allemand Horst Köhler.

Les États-Unis semblent avoir joué un rôle considérable dans la relance du processus politique en panne depuis 2012. «On est dans une logique qui est celle de Donald Trump. Il met la pression pour qu’on trouve un deal», confie un diplomate qui a participé aux négociations de Genève. Le retour à la table des négociations s’est donc fait au forceps. Les Américains ne sont pas les seuls à avoir mis la pression sur les protagonistes de cette rivalité territoriale vieille de 50 ans, véritable vestige de la guerre froide, pour qu’elle prenne fin. La révolte sahraouie a bénéficié à ses débuts du soutien de Cuba, de la Libye du colonel Kadhafi et de l’Algérie.

Camps de réfugiés

Depuis la signature d’un cessez-le-feu en 1991, l’absence de solution politique a conduit à une situation de statu quo qui a pour conséquence le maintien de camps de réfugiés à Laayoune et Tindouf et aussi la fermeture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc. Une situation qui ferait perdre, selon les études, 2 à 3 points de PIB à l’Algérie et au Maroc et entraverait la création d’un grand Maghreb économique.

Depuis des années, chaque camp dépense son énergie à se chercher des alliés pour défendre sa propre solution. Le Maroc propose un statut d’autonomie au sein du royaume. «La seule solution crédible», a répété à Genève le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita.

Le Polisario, avec le soutien de l’Algérie, lui, réclame l’organisation d’un scrutin pour l’indépendance. «Nous voulons une solution juste, durable et mutuellement convenue conduisant à un processus d’autodétermination», a réaffirmé Sidi M. Omar, représentant du Polisario auprès des Nations Unies. À ce bras de fer diplomatique s’ajoute un autre bras de fer devant les tribunaux internationaux pour la reconnaissance des droits de La République arabe sahraouie démocratique (RASD) fondée par le mouvement indépendantiste.

Même si elle n’a débouché sur aucun résultat tangible, la réunion qui s’est achevée ce jeudi à Genève marque un tournant. Pour la première fois, l’Algérie, le puissant parrain du Polisario, a été associée aux discussions avec la Mauritanie, qui n’a pas été non plus sans jouer un rôle dans l’histoire tumultueuse de cette région. De l’aveu même de l’un des participants, l’ambiance entre les représentants du Polisario et les Marocains n’a pas été très chaleureuse. Et pour cause, Rabat avait inclus dans sa délégation un ancien cadre du mouvement séparatiste qui défend aujourd’hui la souveraineté du Maroc sur les provinces du Sud. Une façon de remettre en cause la représentativité du Polisario.

Discussions franches

Le seul moment de relâche a été le dîner organisé avec toutes les délégations mercredi soir au restaurant l’Edelweiss à l’initiative du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Pas de gestes chaleureux mais tout de même des signes plutôt encourageants. C’est ce que confie sous couvert d’anonymat une source proche de la délégation marocaine: «Même si la table ronde de Genève n’a pas pu déboucher sur une percée dans le processus politique, la présence de l’Algérie, pour la première fois, autour de la table, a permis des discussions franches et substantielles sur les contours et les paramètres de la solution politique du différend sur le Sahara, ainsi que les moyens d’y parvenir.»

Le ton du communiqué final cosigné par toutes les parties est effectivement porteur d’espoir. «Toutes les délégations ont reconnu que la coopération et l’intégration régionale, et non la confrontation, étaient la meilleure façon de relever les nombreux défis importants auxquels la région est confrontée.»

Zine Cherfaoui, du journal algérien «El Watan», y voit bel et bien un signe positif même si chaque partie continue de camper sur ses positions en ce qui concerne la nature du processus politique envisagé. Pour le journaliste algérien, les possibilités de compromis existent, mais elles supposent que l’Algérie et le Maroc établissent de véritables relations de confiance. Ce qui n’est encore pas le cas.

La main tendue par Mohammed VI il y a une semaine pour rétablir de bonnes relations entre les deux pays a été perçue par Alger comme une manœuvre politique visant à donner le beau rôle au royaume. En attendant, Washington pèse de tout son poids pour essayer de faire bouger les lignes. Dans un communiqué, le représentant du Polisario a salué le rôle joué «par l’administration américaine» après avoir affirmé son intention de mener des négociations «constructives», «sans conditions préalables et de bonne foi» pour «maximiser les chances d’une solution négociée entre le Polisario et le Maroc».

(24 heures)

Créé: 06.12.2018, 21h15

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