Au Nord-Kivu, la lutte compliquée contre Ebola

République démocratique du CongoLe virus a déjà fait plus de 200 morts en RDC, dans une zone où règnent les groupes armés et la méfiance envers l’étranger.

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Image d'illustration. Image: Baz Ratner / Reuters

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C’est une lutte acharnée que livrent les équipes médicales dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) pour tenter de contenir la propagation du virus Ebola. Le pays en est déjà à sa dixième épidémie depuis 1976, mais celle-ci, déclarée depuis le 1er août, est particulièrement inquiétante. Son foyer se situe dans les provinces du Nord-Kivu et d’Ituri, proches de la frontière ougandaise. Or la région, riche en minerais, exposée aux conflits ethniques, subit une insécurité chronique, entretenue par des dizaines de groupes armés. En quatre ans, les violences au Nord-Kivu ont causé la mort d’un millier de personnes. Autant dire qu’il n’est pas aisé de lutter contre l’épidémie dans un tel contexte.

Casques bleus tués

Depuis août, cette fièvre hémorragique a déjà tué 212 personnes, pour 339 cas, alors qu’un peu plus de 90 malades sont parvenus à guérir, selon un dernier bilan. L’épidémie, partie d’un petit village, s’est propagée à la ville de Beni et ses bourgs environnants. Or cette région concentre l’insécurité. Mercredi 14 novembre, huit Casques bleus de la Monusco, la mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC, étaient tués et douze autres blessés près de Beni, dans une confrontation avec les rebelles ougandais de l’ADF (Forces démocratiques alliées), qui sèment la terreur dans la région. Toujours à Beni, lundi 11 novembre, la campagne de vaccination (avec des traitements expérimentaux issus de l’épidémie meurtrière de 2015 en Afrique de l’Ouest) avait dû être suspendue suite à des attaques. Le 3 novembre, c’était la prison de la ville qui était prise d’assaut par un groupe armé.

Dans un communiqué publié le 8 novembre, l’OMS et la Monusco soulignaient l’utilité de leur partenariat sur ce terrain d’intervention particulièrement difficile. «Dans la lutte contre Ebola, nous apportons notre soutien logistique, notamment avec un pont aérien depuis Kinshasa pour amener le matériel, nous avons construit les centres sanitaires et nous assurons la sécurité des équipes médicales qui se déplacent et œuvrent sur le terrain», nous explique depuis Kinshasa Florence Marchal, porte-parole de la Monusco. L’affrontement entre les rebelles de l’ADF et les milices maï-maï fait aussi fuir les populations. Du point de vue sanitaire, on craint que ces mouvements de populations ne favorisent la propagation du virus Ebola jusqu’en Ouganda et au Soudan du Sud, deux pays qui ont d’ailleurs déjà pris des mesures face à cette perspective.

Résistances communautaires

Outre le problème des groupes armés, les équipes médicales doivent affronter la méfiance des habitants et leur peur face à la maladie. «Confrontées à des années d’insécurité, les populations locales se méfient des intervenants extérieurs. Les équipes médicales travaillent avec des anthropologues pour essayer de vaincre ces résistances communautaires», poursuit Florence Marchal. Le ministre congolais de la Santé, le Dr Oly Ilunga, résumait la semaine dernière la situation difficile dans laquelle travaillent les équipes médicales, dénonçant les agressions physiques, les kidnappings et les destructions de matériel dont elles sont victimes. Concrètement, il n’est pas toujours aisé d’atteindre les populations pour pratiquer le dépistage et les vacciner, ainsi que de procéder à l’inhumation des corps selon des règles sanitaires strictes.

Enfin, l’épidémie d’Ebola se déploie au Nord-Kivu alors que doivent se dérouler en décembre les élections générales en RDC. L’insécurité et la présence du virus font craindre une désaffection des urnes dans le nord-est du pays.

Créé: 16.11.2018, 20h16

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