Le président Sissi montre les muscles au Caire

EgypteFace à un nouvel appel à manifester contre Sissi, les forces de sécurité ont été massivement déployées vendredi dans la capitale.

Des policiers antiémeute vendredi au Caire. Les autorités ont tout fait pour qu’aucune image du dispositif de sécurité démesuré ne filtre. Malgré cette pression, de rares manifestations antirégime se sont tenues par endroits vendredi après-midi.

Des policiers antiémeute vendredi au Caire. Les autorités ont tout fait pour qu’aucune image du dispositif de sécurité démesuré ne filtre. Malgré cette pression, de rares manifestations antirégime se sont tenues par endroits vendredi après-midi. Image: AFP

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«Nous avons tous des amis qui ont été arrêtés et personne ne sait ce qu’il peut encore se passer», soupire Ahmed. Cet architecte de 25 ans a quitté son appartement du centre du Caire, en alerte depuis qu’un nouvel appel à manifester contre le président Abdel Fattah al-Sissi a été lancé, il y a une semaine. Dès le début de la matinée, les forces de police quadrillent la place Tahrir. Fourgons de police antiémeute, canons à eau et snipers positionnés sur les toits des immeubles environnants: les autorités érigent ce périmètre en forteresse, rendant inaccessible aux éventuels manifestants le cœur symbolique de la révolution de 2011.

Sur cette place, une semaine plus tôt, des manifestants ont pourtant bravé l’interdiction de manifester en vigueur depuis 2013, répondant à l’appel de Mohamed Aly, un homme d’affaires en exil qui publie depuis début septembre des vidéos accusant le président Sissi et l’armée de corruption. «Tu dis qu’on est pauvres, mais tes hommes jettent des milliards par la fenêtre», lance-t-il, en s’adressant directement au président. Alors que près d’un Égyptien sur trois vit sous le seuil de pauvreté, son message a poussé plusieurs centaines d’entre eux à descendre dans les rues de la capitale et de diverses villes du pays.

Terroriser la population

Pour éviter que le scénario ne se répète, Abdel Fattah al-Sissi a choisi de terroriser la population. À bord de pick-up, des hommes encagoulés et lourdement armés circulent dans le centre de la capitale. Le raïs n’a cessé de nier la réalité des manifestations du week-end passé, se contentant d’accuser, lors d’une unique prise de parole en marge de son déplacement à New York, les Frères musulmans, alors cette démonstration de force démesurée se déroule sans qu’aucune image ne filtre.

Dans une artère du centre-ville, les passants sont intimés de remettre leurs smartphones, et plusieurs journalistes étrangers accrédités en Égypte ont été interpellés pour avoir tenté de prendre des photos avec leur téléphone. Dans une banlieue pauvre du Caire, deux reporters de l’Agence France-Presse ont également été arrêtés pendant plusieurs heures. Mais, en dépit de cette pression exercée par les autorités, la colère de certains Égyptiens explose par endroits.

Sur l’île d’Al-Warraq, située à 10 km au nord de la place Tahrir, les habitants, pour la plupart antirégime de la première heure, en raison de projets immobiliers les menaçant d’expropriation, résistent pendant plusieurs heures aux attaques des forces de la police antiémeute, positionnées en surplomb pour tirer des grenades lacrymogènes. Dans un village à proximité de Qena, en Haute-Égypte, plusieurs manifestants se réunissent, affirme un témoin. Une vidéo circulant en ligne montre aussi un cortège dans la ville touristique de Louxor. Les médias égyptiens, tenus par le régime, tournent quant à eux leurs objectifs vers des rassemblements à la gloire du président Sissi.

Vendredi matin, son retour au Caire, après un déplacement d’une semaine à New York où il s’est exprimé mardi devant l’Assemblée générale des Nations Unies, lance l’opération de communication. Accueilli en héros par des dignitaires religieux et des journalistes, il condamne ces «tentatives sans intérêt de renvoyer une fausse image du pays». Pour renverser cette image, des milliers de personnes sont appelées à la rescousse sur une place de Nasser City, dans la banlieue du Caire, pour brandir drapeaux égyptiens et portraits à l’effigie du président. D’après le site Mada Masr, l’un des rares médias égyptiens indépendants, plusieurs branches de la fonction publique, ainsi que des sociétés pétrolières, reçoivent ainsi l’ordre d’envoyer leurs employés. Sur scène, des stars font publiquement allégeance au raïs, dans des séquences reprises en boucle par les chaînes de télévision égyptiennes et surmontées d’une citation du président: «Le peuple égyptien est informé, on ne peut pas le tromper.»

La majorité des Égyptiens

Si aucun chiffre précis ne circule encore sur le nombre de personnes arrêtées vendredi, des ONG de défense des droits humains présentes en Égypte dénombrent près de 2000 manifestants disparus ou arrêtés depuis les mouvements du week-end passé. «Ce sont des Égyptiens issus du milieu ouvrier et de la classe moyenne inférieure, constate Mohamed Lotfy, directeur de la Commission égyptienne pour les droits et les libertés. Cela peut être un enseignant, un vendeur ou un jeune diplômé au chômage. Ils représentent tout simplement la majorité des Égyptiens.»

Créé: 27.09.2019, 22h44

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