Une saisie de drogue ébranle l’État algérien

AlgérieQuelque 700 kilos de cocaïne servent de prétexte à des règlements de comptes au sommet du pouvoir.

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Que cache l’affaire dite de la cocaïne qui ébranle aujourd’hui les plus hautes sphères du pouvoir algérien? Le 29 mai dernier, les gardes-côtes algériens ont réussi un coup de maître en interceptant une cargaison de 701 kilos de cocaïne pure. La marchandise cachée dans un bateau a été saisie dans le port d’Oran. Valeur estimée de la prise: 120 millions de dollars. Du jamais vu en Algérie. La presse en a fait ses gros titres d’autant que l’enquête ouverte dans la foulée a entraîné la chute d’un homme d’affaires particulièrement influent et médiatique. Il s’agit de Kamel Chikhi. Un commerçant avisé qui a senti le filon il y a quelques années en important de la viande rouge du Brésil. Seulement voilà, celui que les Algériens avaient fini par surnommer familièrement «Kamel le boucher» aurait flairé un business encore plus lucratif en convoyant de la drogue en même temps que la viande. C’est du moins ce qu’avancent les enquêteurs à l’origine de l’affaire.

Les choses auraient pu s’arrêter là. Sauf que la proximité de l’entrepreneur avec des hommes politiques, des magistrats et des policiers a fini par nourrir des soupçons de complicité et de corruption à grande échelle. De quoi raviver les guerres de clans à neuf mois de la prochaine élection présidentielle en Algérie. Devant l’importance du trafic mis à jour, le chef de la police Abdelghani Hamel avait estimé que «celui qui combat la corruption se devait d’être propre (…). Même si notre institution n’est pas concernée par cette enquête, nous allons transmettre tous les dossiers en notre possession concernant cette affaire à la justice.» Une phrase sibylline, perçue comme une flèche décochée en direction des militaires qui se sont gargarisés d’être à l’origine de ce coup de filet sans précédent.

Une audace que l’intéressé va payer au prix fort. Le 26 juin, Abdelghani Hamel est limogé. Sa fidélité au président Abdelaziz Bouteflika n’y fera rien. Pour Hasni Abidi, qui dirige le CERMAM à Genève (Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen), il ne fait aucun doute que cet épisode est à mettre sur le compte de «la guerre de succession qui se joue en coulisse dans une ambiance de fin de règne». Abdelghani Hamel était considéré comme un possible successeur d’Abdelaziz Bouteflika. «Le chef de la police était devenu un personnage encombrant», analyse Hasni Abidi.

En attendant que le chef de l’État, invisible depuis plusieurs mois, annonce s’il rempile pour un cinquième mandat, les couteaux sont sortis de leurs étuis et aiguisés. Une guerre qui se joue par médias interposés. L’information selon laquelle le chauffeur personnel d’Abdelghani Hamel aurait été impliqué dans le trafic de cocaïne a été démentie par la Direction générale de la Sûreté nationale, qui a dénoncé une manœuvre visant à semer «la zizanie» dans l’enquête. Ambiance!

Pour Mohamed Khadir, un journaliste algérien indépendant correspondant auprès de l’ONU à Genève, cette affaire sent le règlement de comptes «non pas entre clans mais au sein du même clan», celui resté fidèle à Abdelaziz Bouteflika. «Il ne méritait pas d’être traité de cette manière. C’est un homme qui a eu un parcours exemplaire. L’entrée de l’Algérie au sein d’Africapol, c’est lui. Les formations dédiées au respect des droits de l’homme dans les écoles de police, c’est encore lui», affirme le journaliste.

Ébranler le pouvoir

L’affaire de la cocaïne saisie dans le port d’Oran n’a pas fini d’ébranler le pouvoir algérien. Car, aujourd’hui, se pose la question de la destination de cette drogue. La quantité est disproportionnée par rapport au marché algérien. Même la jeunesse dorée d’Alger n’a pas les moyens de s’offrir autant de poudre blanche. Si Oran n’était qu’un point de transit, cela implique l’existence d’un réseau transnational de narcotrafiquants extrêmement bien structuré. «La question est de savoir maintenant à qui était destinée cette drogue et à qui revenait l’argent», estime Mohamed Khadir. D’anciens cadres de l’appareil sécuritaire craignent que le trafic mis à jour ne soit l’œuvre de narcoterroristes.

L’affaire pourrait prendre une dimension internationale. Au début du mois de juillet, des enquêteurs de la DEA américaine (Drug Enforcement Administration) sont arrivés à Alger pour suivre l’enquête. Ils auraient suggéré aux Espagnols de laisser filer cette énorme quantité de cocaïne vers l’Algérie et de refiler le tuyau aux militaires algériens. (24 heures)

Créé: 11.07.2018, 11h57

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