La Tunisie peine à tenir les procès des attentats

TunisieCommencées il y a six mois, les procédures visant les attaques du Bardo et de Sousse ont été ajournées mardi. Pour la troisième fois.

Le massacre de la plage de Sousse, le 26 juin 2015, avait coûté la vie à 38 touristes étrangers.

Le massacre de la plage de Sousse, le 26 juin 2015, avait coûté la vie à 38 touristes étrangers. Image: Getty

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Elles avaient plombé l’économie touristique du pays. Revendiquées par le groupe État islamique, les attaques de 2015 contre le Musée du Bardo à Tunis et une plage de Sousse étaient étudiées ce mardi, par le Tribunal de Tunis. Pour la troisième fois depuis la première audience, un report du procès a été demandé puis accepté par le tribunal. L’affaire reprendra le 5 juin prochain. Plus que le fond, c’est la procédure – et ses difficultés liées aux parties prenantes étrangères – qui a été évoquée. ????

Les procès ont débuté le 26 mai pour l’attentat de Sousse (26 juin 2015, 38 touristes étrangers tués) et le 12 juillet pour celui du Bardo (18 mars, 22 victimes, dont un Tunisien). Les enquêtes ont été rapides. «La loi tunisienne impose une durée maximale de 14 mois de détention provisoire, explique une juriste tunisienne. Pour ne pas relâcher les suspects, il faut ouvrir les procès.» Mais vu la complexité des dossiers, les ajournements devraient s’enchaîner. La décision de mardi le confirme. ???

Petites mains et policiers

Ce 9 janvier, 27 inculpés étaient présents. Ils sont notamment poursuivis pour «crimes terroristes», «homicides» et «complot contre la sûreté de l’État». Il s’agit surtout de «petites mains», arrêtées pour avoir eu un contact avec un des terroristes, avoir fourni un téléphone… Une dizaine est citée dans les deux affaires. Les attaquants de Sousse et du Bardo – tous décédés – auraient été membres du même réseau. Des membres des forces de sécurité sont également sur le banc des accusés. Ils doivent répondre de «non-assistance à personne en danger». En cause, leur intervention jugée tardive. Dans le cadre de l’affaire de Sousse – 30 des victimes de Sousse étant Britanniques – la Cour royale de justice de Londres avait estimé, début 2017, que la police tunisienne avait réagi de façon «chaotique». Après l’attaque, la Grande-Bretagne avait déconseillé à ses ressortissants de voyager en Tunisie. Les consignes n’ont été assouplies que l’été dernier.

Mais ce mardi, dans les deux procès, les débats se sont concentrés sur la partie civile et ses difficultés, laissant entrevoir une organisation «invraisemblable» selon un observateur. Les avocats de la partie civile de Sousse, commis d’office, n’ont pas de contact direct avec leur client. Me Adel Hannachi ne connaît que le nom et l’adresse de l’homme qu’il défend: «Une convocation a été envoyée via le Ministère des affaires étrangères. Pour constituer mon dossier, j’ai besoin de connaître l’étendue du dommage.»

La défense agacée

Pour le Bardo, la procédure est facilitée par la mobilisation des victimes françaises (l’Hexagone compte 4 morts et 11 blessés) qui ont nommé elles-mêmes des avocats. Cependant la constitution des dossiers de plainte pèche. Des problèmes de traduction d’un certificat de décès et l’absence de certificats médicaux et de documents d’état civil ont notamment été évoqués.

Résultat, dans les deux procédures, la partie civile a demandé un report avec un «long délai». De quoi agacer la défense. Me Bousselmi s’est ainsi indignée: «On ne peut plus parler de problèmes de certificats de décès, trois ans plus tard. Mon client ne peut pas attendre indéfiniment en prison.»

Pour Me Adel Hannachi, la procédure judiciaire suit pourtant un cours normal: «La seule difficulté réside dans le fait que les victimes sont étrangères. Mais je n’ai aucune crainte concernant la procédure. La Tunisie garantit les droits de chacun.» Le bureau local de l’ONG Avocats sans frontières reconnaît qu’il s’agit d’un défi pour la jeune démocratie, mais note: «Les procès concernant les martyrs de la révolution nécessitaient également beaucoup d’organisation. Et sur le plan logistique, cela s’est bien passé. La réussite des procès terroristes est un rôle moral pour la Tunisie, pays qui a accueilli ces victimes qui venaient s’y détendre.»

Créé: 10.01.2018, 20h29

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