Des Tunisiens en prison pour n’avoir pas fait le ramadan

TunisieLes non-jeûneurs estiment leur liberté religieuse bafouée. Le débat fait rage, la Constitution ne permet pas de trancher.

En Tunisie, s’il n’est pas obligatoire de faire le ramadan, ne pas le faire reste tabou.

En Tunisie, s’il n’est pas obligatoire de faire le ramadan, ne pas le faire reste tabou. Image: EPA

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«C’est dur sans eau!» se plaint une femme en rentrant aux vestiaires après un cours de pilates. Une camarade lui répond en sortant une bouteille: «Moi, ça m’est égal, je bois.» La glace est brisée, chacune prend une gorgée. En Tunisie, s’il n’est pas obligatoire de faire le ramadan, ne pas le faire reste tabou. Et parfois pire que cela. Cinq «non-jeûneurs» ont été condamnés à un mois de prison. La dernière peine remonte à lundi.

L’homme a été arrêté suite à une dénonciation: il avait fumé dans le jardin du tribunal, à Bizerte, au nord de Tunis. Dans cette ville conservatrice, quatre personnes avaient déjà été condamnées à un mois de prison le 1er juin dans des circonstances semblables.

Le jugement se base sur l’article 226 bis du Code pénal qui punit «l’atteinte aux bonnes mœurs» et prévoit jusqu’à six mois d’emprisonnement. «La notion de bonnes mœurs est élastique et s’inspire du comportement général des gens», admet Chokri Lahmar, porte-parole du Tribunal de Bizerte, avant d’évoquer une «provocation»: «Les gens ici sont de religion musulmane. La police a reçu des plaintes de voisins.» La Constitution de 2014 ne permet pas de trancher. L’article 6 garantit la «liberté de conscience» mais donne mission à l’Etat de «protéger la religion».

«C’est très difficile pendant le ramadan, beaucoup de choses sont fermées. C’est aussi compliqué de dire qu’on est Tunisien mais pas musulman»

Pour la première fois dimanche, à Tunis, une manifestation a eu lieu pour soutenir les condamnés et demander la liberté de choix. Le mouvement «Mouch Bessif» (sans contrainte) a rassemblé quelques dizaines de personnes. L’une de leurs revendications est la fin de l’hypocrisie sociale qui consiste à se cacher lorsqu’on ne jeûne pas. Pendant le ramadan, cafés et restaurants ouverts cachent leur activité par d’épais rideaux ou des journaux collés sur les vitres. Certains serveurs n’hésitent pas à interroger le client sur sa nationalité.

«C’est très difficile pendant le ramadan, beaucoup de choses sont fermées. C’est aussi compliqué de dire qu’on est Tunisien mais pas musulman. Les gens ne comprennent pas», reconnaît Sami Nasser, 27 ans. Militant de longue date, le jeune homme mange parfois dans les lieux publics, mais jamais seul: «J’assume, mais c’est plus facile en groupe.»

Citoyen de seconde zone

Une employée qui requiert l’anonymat par peur de perdre son travail renchérit: «L’expérience ramadanesque pour moi, c’est avoir le sentiment d’être un citoyen de seconde zone. Manger, c’est risquer une agression.» La jeune femme a créé en 2012 une page Facebook «Photos prises durant ramadan» montrant des images, souvent anonymes, de personnes buvant ou mangeant en plein jour. Plus de 11 000 personnes se sont abonnées. Une réponse à la traque menée par Adel Ami, un pseudo-cheikh qui s’est fait connaître en filmant des non-jeûneurs en «infraction religieuse».

«» (24 heures)

Créé: 15.06.2017, 16h35

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