Les Tunisiens votent dimanche sur fond de corruption et de marasme économique

TunisieLa présidentielle voit s’affronter 26 candidats. Les électeurs s’inquiètent du chômage et de l’inflation.

Les Tunisiens, déçus par les partis au pouvoir, doivent élire un nouveau chef après la mort du président Essesbi.

Les Tunisiens, déçus par les partis au pouvoir, doivent élire un nouveau chef après la mort du président Essesbi. Image: F. BELAID/AFP

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Les électeurs tunisiens sont appelés à départager, dimanche, 26 candidats à la présidence. Cette élection anticipée fait suite à la mort, en juillet, du président Béji Caïd Essebsi. Le résultat de ce scrutin s’annonce incertain, contrairement à 2014 où la présidentielle était bipolarisée entre islamistes et modérés. Les partis au pouvoir sont affaiblis par un bilan mitigé: la désillusion des Tunisiens pourrait se faire entendre dans l’abstention ou dans les votes populistes.

Le principal défi de la Tunisie est aujourd’hui économique. Avec un chômage de 15,3%, une inflation de 6,7% et un dinar qui a perdu 223% de sa valeur par rapport au dollar entre 2010 et 2019, les Tunisiens ont vu leur pouvoir d’achat se dégrader. «Il n’y a plus de classe moyenne. Il n’y a que des pauvres et des très riches», regrette Fatima, fonctionnaire. Un bilan que doivent assumer le premier ministre candidat, Youssef Chahed, et Abdelfattah Mourou, candidat pour le parti islamiste Ennahdha, première force parlementaire.

Le déséquilibre entre les régions du littoral et l’intérieur du pays, historiquement marginalisé, ne s’est pas réduit. «Quand j’emmène mes enfants sur la côte, ils me disent qu’ils se croient en Europe. On vit à 200 km et on dirait un autre pays», s’agace Lakhdar Said, tête de liste pour le parti Afek Tounes (libéraux) pour les législatives du 6 octobre à Gafsa, à 360 km au sud de Tunis. Il rêve d’un hôpital multidisciplinaire moderne, alors que l’actuel date de la colonisation française. «Les gens meurent sur la route pour aller se faire soigner à Tunis, Sousse (à 262 km) ou Monastir (276 km).» Hiab, 26 ans, dont quatre au chômage, passe ses journées attablé dans un café. Il ne se déplacera pas dimanche. «Les élections, c’est un jeu. Leur jeu à eux, les politiciens. Tout ce qu’ils veulent, c’est le siège et l’argent qui va avec.» Abir Moussi, candidate populiste, a gagné en notoriété en surfant sur ce mécontentement. «La liberté d’expression ne suffit pas, il faut manger», affirme-t-elle. Son discours porte, dans une Tunisie parfois nostalgique de la période prérévolution.

Aux problèmes économiques s’ajoute celui de la corruption. «Avant 2011, il n’y avait que Ben Ali et la famille Trabelsi (ndlr: belle-famille de Ben Ali), maintenant tout le monde est voleur», estime Abdelsalam Zaybi, directeur d’école. L’élection présidentielle n’y échappe pas. «Lorsque je vais dans un café pour demander aux gens de voter pour moi, ils tendent la main. Je la serre, mais ils tendent l’autre main. Ce qu’ils veulent, c’est 50 dinars pour voter pour moi», explique Abdelfattah Mourou. D’autres peuvent se voir proposer un emploi en échange de leur mobilisation pendant la campagne. Deux des 26 candidats à la présidentielle sont d’ailleurs poursuivis pour blanchiment d’argent.

Le favori des sondages, Nabil Karoui, dort en prison depuis le 23 août. Pour son équipe, c’est «un prisonnier politique». En grève de la faim depuis jeudi il espérait, vendredi, sa libération lors d’une audience en cassation qui s’est finalement déclarée incompétente.

Visé par une plainte datant de 2017, Nabil Karoui a été arrêté une semaine avant le début de la campagne officielle. Un calendrier qui a choqué les Tunisiens, bien au-delà de ses partisans (notre édition du 1er septembre). La cible des critiques est Youssef Chahed, premier ministre et candidat, déjà accusé de faire campagne avec les moyens de l’État et de ne pas avoir redressé la Tunisie depuis sa nomination en 2016.

«Youssef Chahed nous a déçus, affirme Farouk Zouhir, chef d’entreprise tunisois. J’avais beaucoup d’espoir: il incarnait la jeunesse (ndlr: il a 43 ans), promettait des réformes économiques et de lutter contre la corruption. Rien n’a eu lieu.»

Créé: 13.09.2019, 20h46

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