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Appareil politiqueL'Amérique veut-elle d'un vice-président?

Alors que Clinton et Trump entretiennent le suspense sur leur second, retour sur un rôle politique ambigu.

La fonction de vice-président a beaucoup évolué depuis sa création. Joe Biden, par exemple, ici tout à gauche, a incarné un VP proche du pouvoir et des décisions. En témoigne ce cliché daté du 1er Mai 2011, aux côtés du président Obama, suivant en direct l'opération qui tuera Ben Laden. (Image - 1er mai 2011 - source: Maison Blanche)
La fonction de vice-président a beaucoup évolué depuis sa création. Joe Biden, par exemple, ici tout à gauche, a incarné un VP proche du pouvoir et des décisions. En témoigne ce cliché daté du 1er Mai 2011, aux côtés du président Obama, suivant en direct l'opération qui tuera Ben Laden. (Image - 1er mai 2011 - source: Maison Blanche)
Keystone

Une femme avait deux fils. L'un prit la mer, l'autre devint vice-président des Etats-Unis. Elle n'entendit plus jamais parler ni de l'un, ni de l'autre. L'histoire, célèbre, a longtemps résumé la perception qu'avaient les Américains de leur «VP».

Au cours des dernières décennies, pourtant, les lignes ont bougé. Le poste a gagné en visibilité, son titulaire en accès au bureau ovale du président.

Au moment où Donald Trump et Hillary Clinton alimentant les spéculations sur l'identité de leur colistier qui pourrait les aider à emporter l'élection du 8 novembre, le débat sur leur place - et leur utilité - ressurgit.

Rôle limité

La constitution confie au vice-président un rôle limité. Elle stipule qu'il présidera le Sénat, mais n'aura pas de vote, sauf si les 100 sénateurs élus ne peuvent se départager.

Son autre fonction est liée à des événements tragiques: remplacer le président s'il décède ou démissionne (Lyndon Johnson après l'assassinat de Kennedy, Gerald Ford après le départ de Nixon lié au Watergate...).

Les descriptions des frustrations générées au fil du temps par cette fonction singulière sont des pépites.

«Nu au milieu d'une tempête»

«La vice-présidence, c'est comme être nu au milieu d'une tempête sans la moindre âme charitable pour vous offrir ne serait-ce qu'une allumette pour vous tenir chaud», racontera, avec un sens de la métaphore aigu, Hubert Humphrey en 1969, quelques mois après avoir quitté l'ingrate position.

Pendant longtemps, «le poste était une impasse politique complète», rappelle Joel Goldstein, de la Saint Louis University School of Law. Avant George H. W. Bush, qui succéda à Ronald Reagan à 1989, le dernier vice-président à être élu à la fonction suprême fut Martin Van Buren en 1836. Mais le rôle a évolué.

«Avec la guerre froide et l'entrée dans l'ère nucléaire, les présidents ont senti que les gens voulaient que le vice-président soit tenu véritablement informé au cas où il arriverait quelque chose», note Joel Goldstein.

West Wing

Harry Truman, qui a accédé à la présidence en avril 1945 après le décès de Franklin D. Roosevelt, n'a appris qu'après sa prise de fonctions l'existence du «projet Manhattan», nom de code du programme de recherche sur le développement de l'arme nucléaire.

Longtemps, le vice-président fut aussi physiquement éloigné du pouvoir exécutif: son bureau était au Sénat.

Le tournant, sur le fond comme la forme, aura lieu avec la présidence de Jimmy Carter (1977-1981) qui fera une véritable place au sein de la prestigieuse «West Wing» à Walter Mondale. Depuis, personne n'y a touché. Le VP a son bureau entre le secrétaire général et le conseiller à la sécurité nationale.

«Cette proximité avec le pouvoir a eu une importance pratique, mais aussi éminemment symbolique», souligne Joel Goldstein.

Excès

En pratique, le vice-président moderne agit comme un «super conseiller» du président. Il fait partie du premier cercle. Joe Biden figure ainsi en bonne place sur la célèbre photographie prise dans la salle de crise de la Maison-Blanche lors du raid de 2011 contre Oussama ben Laden.

Ronald Reagan s'appuiera largement sur les connaissances en politique étrangère de George H. W. Bush, ancien ambassadeur à l'ONU et ancien directeur de la CIA. Bill Clinton comptera sur Al Gore pour nombre de combats politiques.

Avec la vice-présidence Dick Cheney, un cap - excessif, selon nombre d'observateurs - est franchi. L'influence du vice-président, particulièrement après le 11 septembre, est telle qu'elle suscite des interrogations sur le rôle exact de George W. Bush.

«Dick Cheney a dit que j'étais le pire président qu'il a connu. C'est drôle parce que moi je pense qu'il est le pire président que j'ai connu», ironisera plus tard Barack Obama lors d'un dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Biden bien visible

Plan de relance de l'économie, retrait des forces américaines d'Irak, débat sur les armes: Joe Biden, dont la complicité avec Barack Obama est réelle, est, lui, monté en première ligne sur nombre de dossiers depuis huit ans.

«Je suis littéralement le dernier à rester dans la pièce avec le président, c'est comme cela que nous fonctionnons», soulignait-t-il en 2012, avec son célèbre sourire lors d'un meeting de campagne.

Le contraste est saisissant avec les propos tenus, plus de deux siècles plus tôt, par John Adams, premier vice-président de l'histoire américaine, qui s'était plaint avec amertume de son sort dans une lettre à sa femme Abigail. «Mon pays a, dans sa grande sagesse, conçu pour moi le poste le plus insignifiant jamais imaginé par l'homme».

ats

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