«C’est la fin de ma présidence. Je suis foutu»

États-UnisLa réaction de Trump à l’annonce de la nomination de Mueller en 2017 est l’un des éléments à charge décrits dans le rapport publié jeudi.

William Barr, ministre de la Justice, a défendu l'innocence du président Trump lors de sa conférence de presse jeudi à Washington.

William Barr, ministre de la Justice, a défendu l'innocence du président Trump lors de sa conférence de presse jeudi à Washington. Image: Evan Vucci/ Shutterstock

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«Oh mon Dieu. C’est terrible. C’est la fin de ma présidence. Je suis foutu». Le 17 mai 2017, l’annonce de la nomination de Robert Mueller à la tête de l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016 passe mal auprès de Donald Trump. Les propos et la colère de ce dernier, décrits par l’une des membres de son administration, sont au cœur du rapport du procureur spécial Robert Mueller publié jeudi à Washington. Ils s’inscrivent dans une longue liste d’actions et de déclarations de Donald Trump recensées par Robert Mueller et qui indiquent, selon le rapport du procureur spécial, que le président des États-Unis «voulait se protéger contre une enquête sur sa campagne».

«Notre enquête a découvert de nombreuses actions de la part du président qui pouvaient exercer une influence indue sur les enquêtes des autorités, y compris sur les enquêtes sur l’interférence russe et sur l’obstruction», conclut Robert Mueller. Le procureur spécial avait néanmoins précisé en introduction de son rapport qu’il se pliait à l’opinion prévalant au sein du Département de la justice, selon laquelle un président en exercice ne peut pas être poursuivi.

Cette précision contredit directement ce que Bill Barr, le ministre de la Justice, a tenté de vendre aux Américains depuis que Robert Mueller a conclu son enquête et lui a remis son rapport le 22 mars dernier. Dans une lettre envoyée au Congrès le 24 mars, Bill Barr avait affirmé que la décision de Robert Mueller de ne pas se prononcer sur des poursuites potentielles contre Donald Trump n’avait rien à voir avec la pratique consistant à ne pas poursuivre un président en exercice aux États-Unis.

Lors d’une conférence de presse organisée peu avant la publication du rapport Mueller, le ministre de la Justice a répété jeudi cette affirmation contredite par le document. Robert Mueller y affirme pour sa part que son équipe et lui-même auraient «clairement stipulé» si le président des États-Unis n’avait pas commis d’obstruction à la justice. Il précise: «Sur la base des faits et de bases légales acceptables, nous sommes cependant incapables de rendre un tel jugement».

«Mueller doit sauter»

Les éléments recensés par Robert Mueller sont potentiellement accablants à l’heure où le Congrès prend le relais du procureur spécial et doit désormais décider de la suite à donner au rapport. «Mueller doit sauter», a déclaré Donald Trump à Don McGahn, l’avocat de la Maison-Blanche, le 17 juin 2017, un mois jour pour jour après la nomination du procureur spécial. «Rappelle-moi quand tu l’as fait». Le rapport Mueller décrit que Don McGahn s’est senti à l’époque «piégé» par un ordre qu’il n’avait pas «l’intention de suivre». Ce jour-là, Don McGahn avait indiqué à sa cheffe de cabinet que Donald Trump l’avait rappelé 2 fois pour lui demander s’il s’était exécuté.

Donald Trump avait aussi demandé en vain à Jeff Sessions, l’ancien ministre de la Justice, de revenir sur sa décision de se récuser de l’enquête sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine. «Comment as-tu pu laisser se passer ça, Jeff?» avait-il lancé à Jeff Sessions le jour de la nomination de Robert Mueller. Au lieu de blanchir le président comme l’a fait Bill Barr, le nouveau ministre de la Justice entré en fonction le 14 février dernier, le rapport de Robert Mueller conclut que les «efforts du président pour influencer l’enquête n’ont en grande partie pas été couronnés de succès». Il précise que «cela est largement dû au fait que les personnes qui entouraient le président ont refusé de suivre ses ordres ou d’accéder à ses exigences».

Contacts avec WikiLeaks

La première partie du rapport Mueller, consacrée à l’ingérence russe pendant la campagne présidentielle de 2016 pour aider Donald Trump à être élu, contient elle aussi des éléments accablants pour la présidence de Donald Trump. Dans une section du rapport largement censurée et consacrée aux contacts entre la campagne de Donald Trump et le site WikiLeaks qui avait publié les emails volés sur les serveurs du parti démocrate, les enquêteurs mentionnent le témoignage accablant de Rick Gates. Selon l’ancien numéro 2 de la campagne de Donald Trump, celui-ci était sur la route d’un aéroport new-yorkais avec Donald Trump à la fin de l’été 2016. À la suite d’un appel dont l’origine et le contenu sont censurés, le milliardaire new-yorkais aurait dit à Gates que «d’autres publications de matériel compromettant allaient se produire».

Pendant la campagne électorale, Donald Trump avait aussi tenté d’obtenir les emails privés de sa rivale démocrate Hillary Clinton, selon Michael Flynn, l’ancien conseiller de la campagne de Donald Trump. Le 27 juillet 2016, le candidat républicain avait d’ailleurs lancé un appel public à Moscou: «Russie, si tu m’écoutes, j’espère que tu seras capable de trouver les 30 000 emails qui manquent», avait-il lancé en référence aux 30 000 messages qui avaient été effacés du serveur privé d’Hillary Clinton, à l’époque où cette dernière était Secrétaire d’État.

Rencontre à la Trump Tower

Robert Mueller et son équipe ont identifié «de nombreux liens entre des individus liés au gouvernement russe et des individus liés à la campagne de Trump». Le procureur spécial précise néanmoins que les éléments de preuve n’étaient pas suffisants pour soutenir des inculpations. Il s’attarde sur la réunion du 9 juin 2016 à la Trump Tower à New York. Ce jour-là, des membres de l’entourage de Donald Trump, dont son fils Trump Jr, son gendre Jared Kushner et le chef de sa campagne Paul Manafort rencontrent des représentants du Kremlin qui avaient promis des informations compromettantes sur la candidate démocrate Hillary Clinton. Robert Mueller précise avoir renoncé à poursuivre le fils du président en raison de la difficulté du gouvernement à prouver que les participants du clan Trump à la réunion du 9 juin étaient conscients que leur «conduite était illégale».

Le procureur spécial déclare aussi avoir renoncé à exiger une rencontre avec Donald Trump malgré les réponses écrites du président jugées «inadéquates» par les enquêteurs. Robert Mueller se justifie en mentionnant les «retards substantiels» à son enquête qu’aurait causé une bataille légale contre le président pour tenter de le faire témoigner. Dans ses réponses écrites, Donald Trump affirme notamment se pas «se souvenir» s’il était au courant de la réunion du 9 juin à la Trump Tower.

Transmis au Congrès

Robert Mueller semble avoir désormais transmis le relais au Congrès au terme de son rapport. Il conclut que les élus peuvent se prononcer sur les efforts potentiels d’un président en exercice pour faire de l’obstruction à la Justice. La majorité démocrate a d’ores et déjà exigé que le Département de la justice lui transmette une version non censurée du rapport. Elle devra se prononcer dans les mois qui viennent sur l’ouverture d’une potentielle procédure de destitution du président.

Dans sa bataille contre la majorité au Congrès, Donald Trump semble pouvoir compter sur le soutien de Bill Barr. Le ministre de la Justice s’est transformé jeudi en avocat du président. Abandonnant toute prétention de coller aux éléments listés par Robert Mueller dans son rapport, le procureur général a défendu les actions de Donald Trump en citant son état d’esprit face à l’enquête de Robert Mueller. «Le président était frustré et énervé par sa conviction sincère que cette enquête affaiblissait sa présidence», a affirmé le ministre américain de la Justice. Le procureur général a aussi admis pour la première fois des désaccords avec Robert Mueller sur les conclusions de l’enquête pour obstruction à la justice. Il s’est défendu face à un reporter qui lui demandait s’il épargnait le président: «Je ne suis pas sûr quel est votre raisonnement pour dire que je suis généreux envers le président», a-t-il martelé sèchement peu avant de mettre fin à la conférence de presse qu’il avait convoquée avant la publication du rapport.

William Barr a repris à plusieurs reprises le refrain de Donald Trump selon lequel il n’y a eu «aucune collusion» entre des membres de l’entourage du président et le gouvernement russe pendant la campagne de 2016. Il n’a en revanche pas dit un mot sur les nombreux proches du président qui sont tombés dans les filets de Robert Mueller. Parmi eux, il y a Paul Manafort, le chef de la campagne de Donald Trump, Rick Gates, l’ex numéro deux de la campagne, Michael Flynn, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, et Michael Cohen, l’ancien avocat personnel du président.

Avant que Michael Cohen ne décide de collaborer avec l’équipe de Robert Mueller, Donald Trump l’avait d’ailleurs appelé pour lui dire de «tenir bon». Selon le rapport, un ami du président avait ensuite appelé Michael Cohen pour lui assurer que le «Boss» le «couvrait». (24 heures)

Créé: 18.04.2019, 21h22

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