Donald Trump tend un piège à ses alliés de l’OTAN

DiplomatieLe président américain a appelé les membres de l’Alliance atlantique à doubler leurs dépenses militaires.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg (au centre), se retrouve pris dans la tourmente des brouilles transatlantiques.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg (au centre), se retrouve pris dans la tourmente des brouilles transatlantiques. Image: Getty Images

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Jusqu’à l’apparition de Donald Trump, mercredi matin, personne ne savait vraiment à quoi s’en tenir. L’imprévisible président américain allait-il sortir l’arme nucléaire et dénoncer d’un simple tweet l’article 5 qui fait des États-Unis, depuis 1949, le garant de la sécurité européenne au sein de l’OTAN? Mettrait-il son veto à une déclaration officielle, comme récemment au G7 de Charlevoix? Aucune hypothèse n’était exclue.

Le soir venu, la catastrophe n’avait pas eu lieu, mais la journée n’avait pas pour autant été sans surprise.

Budgets militaires

Les Européens tablaient sur un argument massue pour préserver l’alliance: la croissance de leurs dépenses militaires, qui les rapproche de l’objectif fixé en 2014, à la demande de l’administration Obama, d’atteindre 2% du produit intérieur brut (PIB). À l’époque, seuls trois pays satisfaisaient cette exigence, contre quatre l’an dernier (voir infographie).

Cette année, à en croire le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, ils seront huit, et plus un seul ne connaît de baisse de son budget militaire. Pourtant, les alliés de Washington en ont été pour leurs frais. Selon plusieurs participants à la réunion, le président Trump a évoqué devant ses partenaires le besoin de doubler cet objectif et de le relever à 4% du PIB.


Lire l'éditorial: L’Otan otage d’un maître chanteur


Que restera-t-il de cette idée? Jens Stoltenberg s’est, dans un premier temps, empressé de dire: «Nous nous sommes entendus sur 2%, commençons avec ça», sans démentir que les propos avaient été tenus. La déclaration commune publiée mercredi soir, avec l’aval des États-Unis, ne précise pas d’autre objectif que ceux pris en 2014. Mais plus tard dans la soirée, un communiqué de la Maison-Blanche confirmait que le président avait «suggéré que les pays augmentent leur engagement à 4% du PIB».

Pressions économiques

Le ton avait été donné dès le début de cette première journée du sommet. Vers 10 h, le président américain tweetait dans une courte vidéo de deux minutes ses propos introductifs lors d’un petit-déjeuner avec le secrétaire général de l’alliance, Jens Stoltenberg. «C’est triste quand l’Allemagne passe un accord énorme d’approvisionnement en gaz et en pétrole avec la Russie. Vous êtes censés les protéger contre la Russie, et l’Allemagne paie des milliards par an à la Russie… C’est très inapproprié. Et l’ancien chancelier allemand est le chef de l’entreprise qui exploite le pipeline qui fournit le gaz (ndlr: Gerhard Schröder, le président du conseil du gazoduc Nord Stream, détenu majoritairement par l’entreprise russe Gazprom). À la fin, vous avez 70% de l’Allemagne contrôlée par la Russie avec le gaz naturel… Dites-moi si c’est approprié! Je ne le pense pas», a-t-il lancé. La réponse du secrétaire général pendant le petit-déjeuner n’a quant à elle pas été tweetée.

Un peu plus tard, lors d’un événement en marge du sommet, il a admis: «Il y a plusieurs points de vue sur Nord Stream, c’est bien connu… Ce n’est pas à l’OTAN de décider, ce sont des décisions nationales. Mais l’OTAN s’intéresse à la sécurité énergétique car nous savons qu’il y a un lien entre les questions d’énergie et la sécurité.»

Les Européens sont très mal placés pour démentir l’existence de cette tension. Il suffit de rappeler qu’une réforme de la directive sur le marché du gaz, proposée par la Commission et qui entraverait les activités de Gazprom en Europe, est justement bloquée en raison de l’opposition allemande.

Quoi qu’il en soit, le lien tissé par le président Trump entre commerce et défense ne laisse pas d’inquiéter parce qu’il est sans précédent dans l’histoire récente des relations transatlantiques, où les différends commerciaux, parfois très politisés, ont jusqu’ici toujours trouvé des voies de règlement multilatérales grâce à l’OMC et n’ont pas eu d’impact sur l’engagement américain en Europe.

Pour l’eurodéputé roumain Ioan Mircea Pascu, auteur d’un rapport sur les relations entre l’Union européenne et l’OTAN, cette évolution est particulièrement risquée. «Il faut absolument isoler la dimension militaire des relations transatlantiques de leur dimension commerciale», dit-il.

L’ombre de Poutine

Mercredi soir, le dîner entre les Alliés devait justement être consacré aux relations avec la Russie. La déclaration adoptée dans l’après-midi était certes sans ambiguïté: «La Russie met à mal l’ordre international fondé sur des règles en déstabilisant l’Ukraine, notamment au travers de l’annexion illégale et illégitime de la Crimée», précise-t-elle. La menace russe est «une des principales raisons pour lesquelles nous avons renforcé nos capacités dans les États baltes, en Pologne et dans la mer Noire de façon à ce que ce qui s’est passé en Crimée ne se passe pas dans un de nos pays», a déclaré Jens Stoltenberg.

Quelle ligne Donald Trump adoptera-t-il lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine, le 16 juillet à Helsinki? Dans un tweet récent, le président américain assurait, au sujet de son déplacement en Europe: «Il y a l’OTAN, le Royaume-Uni… et il y a Poutine. Franchement, Poutine pourrait être le plus facile de tous. Qui l’aurait pensé…»

(24 heures)

Créé: 11.07.2018, 22h47

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