Le Mexique pris en étau entre les migrants et l’administration Trump

AmériquesSituation tendue entre Tijuana et San Diego, où des centaines de migrants d’Amérique centrale tentent de franchir la frontière.

La police des frontières américaine (à droite) n’a pas hésité à utiliser gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc pour repousser les migrants à Tijuana.

La police des frontières américaine (à droite) n’a pas hésité à utiliser gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc pour repousser les migrants à Tijuana. Image: Reuters

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Andrés, le visage couvert de poussière, montre son ventre aux journalistes. Il a des hématomes sur le côté droit, dus aux balles en caoutchouc tirées par les gardes-frontière américains. Il a tenté avec plusieurs centaines d’autres migrants de passer en force la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Ils ont été repoussés par des tirs et des gaz lacrymogènes côté américain. «Quarante-deux personnes ont franchi la frontière et ont été arrêtées. Et, pour être honnête, de nombreuses autres ont réussi à traverser la frontière [sans se faire arrêter]», a déclaré sur CNN Rodney Scott, un responsable de la police aux frontières. Lundi, le gouvernement mexicain a annoncé avoir expulsé 98 migrants centraméricains qui ont tenté d’entrer de force aux États-Unis.

Confusion et tension

À Tijuana, la situation est chaque jour plus confuse et tendue. À tel point qu’une partie de la population de la ville voit d’un mauvais œil l’arrivée de nouveaux migrants tentés par le rêve américain mais susceptibles de rester ici de longs mois.

Il n’existe pas d’accord quelconque entre le futur gouvernement fédéral du Mexique et les États-Unis

Olga Sànchez Cordero, future ministre mexicaine de l'Interieur

Dimanche, un imbroglio diplomatique a apporté encore plus de flou. La future ministre de l’Intérieur du Mexique, Olga Sánchez Cordero, annonçait un accord entre les États-Unis et son pays. «Pour le moment, nous avons accepté cette politique de maintien des migrants au Mexique», aurait-elle déclaré à une télévision américaine.

L’accord en question, baptisé «Rester au Mexique» – et sur lequel le président américain a tweeté: «Pas d’entrée autorisée aux États-Unis. Ils vont tous rester au Mexique» – ne permettrait plus aux migrants de rester sur le sol américain pendant l’instruction de leur dossier.

Mais quelques heures plus tard, la même ministre a démenti: «Il n’existe pas d’accord quelconque entre le futur gouvernement fédéral du Mexique et les États-Unis. Le futur gouvernement n’envisage pas que le Mexique assume le rôle de «pays tiers sûr» pour la prise en charge des migrants d’Amérique centrale actuellement sur le territoire [mexicain], ou qui le seront dans le futur», a-t-elle ajouté.

Une situation qui complique la prise de pouvoir, le 1er décembre prochain, du président élu Andrés Manuel López Obrador. Il va devoir jongler entre son image d’humaniste de gauche et la colère de certains groupes de commerçants et transporteurs de Tijuana. Une colère qui s’est accentuée avec la fermeture temporaire de la frontière, qui a limité les échanges commerciaux entre les deux villes et porté préjudice à leurs activités.

«Nous allons convaincre les États-Unis que le problème migratoire ne se résout pas en construisant des murs ou en utilisant la force, c’est un travail diplomatique fait de respect, nous n’allons pas nous battre avec le gouvernement des États-Unis, nous n’allons pas nous battre avec le président Donald Trump», avait déclaré López Obrador fin septembre. Pourtant, si l’accord était confirmé une fois la confusion passée, il s’agirait d’une première victoire diplomatique pour Donald Trump.

De son côté, le président américain a récemment pris un décret pour rejeter automatiquement les demandes d’asile déposées par des personnes entrées illégalement aux États-Unis, mais la justice a, pour l’heure, bloqué cette mesure. Il a aussi menacé de fermer totalement la longue frontière entre les États-Unis et le Mexique si la situation devait dégénérer, alors que 9000 militaires américains y ont été déployés. La fermeture de la frontière la plus empruntée du monde serait un coup dur pour l’économie mexicaine, très dépendante de son voisin du nord.

Désillusion

À Tijuana, la démonstration de force des gardes-frontière américains a fait son effet. La désillusion a gagné les 5000 migrants entassés dans un stade. «Nous avons le cœur et l’espérance détruits. Nous avions cru que nous étions arrivés aux États-Unis, qu’ils nous accorderaient l’asile», a réagi Andy Colon, une Hondurienne de 20 ans qui voyage avec sa sœur et deux enfants. «Maintenant, on ressent une déception, mais grâce à Dieu nous sommes vivants. Nous n’avons pas d’autre choix que de rester dans ce refuge et de chercher au Mexique une vie, un travail, une maison.»

(24 heures)

Créé: 26.11.2018, 20h05

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