Le «Russiagate» fissure le mur de Trump

États-UnisSous un feu nourri d’attaques républicaines, le procureur spécial Robert Mueller progresse dans l’enquête sur les liens entre le président et le Kremlin.

Image: Keystone

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L’élection présidentielle américaine de 2016 a-t-elle été piratée par un homme «pesant 180 kg, assis sur son lit», comme l’avait suggéré ironiquement Donald Trump en septembre 2016? Ou la Russie a-t-elle bel et bien interféré dans le processus électoral, comme l’ont conclu les services de renseignement américains en janvier, et a-t-elle pu compter sur la coopération du clan Trump? C’est le mystère que Robert Mueller, un ancien patron du FBI, a été chargé d’élucider depuis le mois de mai. Le procureur spécial essaie aussi de déterminer si le président des États-Unis a tenté de faire obstruction à la justice en licenciant en mai James Comey, le chef du FBI qui menait l’enquête sur la Russie.

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L'édito: La menace se précise pour Trump


Robert Mueller avance vite et les pressions pour tenter de le freiner augmentent. Mercredi, Rod Rosenstein, le numéro 2 du Département de la justice, a dû le défendre face aux critiques de parlementaires républicains proches du président. «L’enquête du procureur spécial n’est pas une chasse aux sorcières», a-t-il assuré en faisant allusion aux plaintes répétées de Donald Trump et de son entourage.

L’enquête est sous attaque

Pour Rod Rosenstein, Robert Mueller a jusqu’ici fait son travail de manière «appropriée». Cette appréciation ne convainc pas certains élus conservateurs, comme le représentant de l’Ohio, Jim Jordan. «Je pense que la confiance du public s’est évaporée», a martelé le parlementaire républicain, qui réclame la nomination d’un enquêteur chargé lui-même d’enquêter sur Robert Mueller et son équipe. L’élu justifie sa requête en mentionnant des SMS qu’un agent du FBI, membre du groupe constitué par Robert Mueller, avait échangés avec une collègue et dans lesquels il critiquait Donald Trump. Peter Strzok, l’agent en question, a été renvoyé de l’équipe de Robert Mueller pendant l’été.

«Cette volonté de discréditer l’enquête du procureur spécial n’est pas nouvelle», analyse Claire Finkelstein, une professeure de droit à l’Université de Pennsylvanie. «Donald Trump et son entourage se rendent probablement compte qu’ils n’ont pas assez de marge de manœuvre pour faire renvoyer Robert Mueller. Ils essaient donc de l’affaiblir en réclamant l’ouverture d’une enquête sur lui.»

Claire Finkelstein rappelle que de nombreux contacts entre la campagne de Donald Trump et la Russie ont déjà pu être prouvés. Le 30 octobre dernier, au moment où Robert Mueller inculpait Paul Manafort (ancien chef de campagne de Donald Trump) et son bras droit Rick Gates pour blanchiment de fonds notamment, il avait dévoilé sa première carte: le plaider coupable de George Papadopoulos. L’ancien conseiller de la campagne de Donald Trump a reconnu avoir menti au FBI le 27 janvier 2017, lorsque les agents l’avaient interrogé sur les liens entre la campagne de Donald Trump et Moscou. Il a aussi admis avoir été en contact avec des gens proches du Kremlin.

Donald Trump Junior a pour sa part dû reconnaître cet été avoir rencontré une délégation russe emmenée par Natalia Veselnitskaya, une avocate proche du Kremlin. Il avait affirmé dans un premier temps que ce rendez-vous avait porté sur la question du gel des adoptions d’enfants russes par des Américains. Mais alors que le New York Times s’apprêtait à publier des e-mails contredisant ses propos, le fils de Donald Trump avait finalement dû publier sa correspondance précédant la rencontre. «Si c’est ce que tu dis, j’adore ça», avait-il écrit le 3 juin 2016 à un ancien partenaire en affaires de son père, offrant des informations qui «incrimineraient Hillary [Clinton] et ses relations avec la Russie». Donald Trump Jr a une nouvelle fois témoigné ce mercredi à huis clos devant une commission du Sénat qui mène une enquête parallèle à celle de Robert Mueller (lire ci-dessous). Le mois dernier, il avait aussi dû reconnaître avoir été en contact avec WikiLeaks, le groupe qui avait publié les e-mails piratés du parti démocrate. En janvier, les services de renseignement avaient conclu que ces e-mails avaient été fournis à WikiLeaks par les services secrets russes.

Donald Trump n’a jamais vraiment embrassé les conclusions de ses services de renseignement. Le mois dernier, il a suggéré qu’il prenait au mot le président russe Vladimir Poutine lorsque celui-ci niait toute interférence de son pays dans la campagne présidentielle: «Je pense qu’il se sent insulté», avait affirmé Donald Trump.

L’atout Flynn du procureur

Vladimir Poutine a affirmé ce jeudi que l’affaire russe avait été «inventée» par les opposants de Donald Trump pour délégitimiser son travail. Robert Mueller a néanmoins dévoilé un témoin clé pour son enquête le 1er décembre: Michael Flynn. L’ancien conseiller de la Maison-Blanche à la Sécurité nationale a plaidé coupable de mensonge au FBI sur un contact avec un diplomate russe en décembre de l’année dernière. Selon des sources citées par les médias américains, c’est Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, qui aurait demandé à Michael Flynn d’établir la communication avec l’ambassadeur de Russie.

«L’inculpation de Michael Flynn est un développement majeur dans l’enquête, explique Claire Finkelstein. Il est improbable que Robert Mueller ait accepté un plaider coupable aussi léger de Michael Flynn sans avoir reçu en échange des informations clés sur d’autres acteurs de cette affaire.» La professeure espère que Robert Mueller pourra mener son enquête jusqu’au bout: «C’est la meilleure chance que nous ayons de rétablir l’État de droit dans ce pays, conclut-elle. Mais même si le président décidait de renvoyer Robert Mueller, l’enquête ne s’arrêterait pas.» (24 heures)

Créé: 15.12.2017, 07h30

Le procureur doit composer avec 4 autres enquêtes

Robert Mueller n’est pas seul. L’ancien patron du FBI qui a été nommé en mai pour faire la lumière sur l’interférence russe dans la campagne électorale doit composer avec quatre enquêtes parlementaires, menées par la Chambre des représentants et le Sénat. Robert Mueller, un procureur républicain de 73 ans qui a combattu au Vietnam, est responsable de l’enquête pénale qui a déjà débouché sur la mise en examen de deux anciens cadres de la campagne de Donald Trump et sur le plaider coupable de Michael Flynn, l’ex-conseiller à la Sécurité nationale, ainsi que sur celui de George Papadopoulos, un conseiller de Donald Trump en matière de politique étrangère pendant la campagne électorale de 2016.

Parallèlement, quatre commissions – deux de la Chambre des représentants et deux du Sénat – tentent de faire la lumière sur la collusion potentielle entre le clan Trump et Moscou pendant la campagne électorale. La teneur de ces enquêtes est plus politique que celle de Robert Mueller, car elles sont menées par des commissions contrôlées par le parti républicain du président. Devin Nunes, un parlementaire conservateur considéré comme proche de la Maison-Blanche et qui dirigeait l’une de ces enquêtes parlementaires, a d’ailleurs été mis sur la touche cette année après avoir fait l’objet d’une investigation d’une commission d’éthique.

Selon des révélations du New York Times le mois dernier, Donald Trump a demandé à plusieurs sénateurs républicains d’abandonner leur enquête sur la Russie. La Maison-Blanche a assuré que le président n’avait pas outrepassé son pouvoir avec sa requête aux parlementaires. Un argument qui n’a pas convaincu l’opposition démocrate, qui a dénoncé par la voix de Dianne Feinstein, une sénatrice de Californie, la «pression» exercée par Donald Trump.

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