Le virage à droite de l’Amérique du Sud

Monde Le conservateur Sebastián Piñera est élu à la présidence du Chili. Une vague droitière déferle sur le continent.

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Quel triomphe! Le milliardaire Sebastián Piñera vient de remporter, dimanche, l’élection présidentielle au Chili avec 54,6% des voix, soit 9 points d’avance sur le candidat de centre gauche Alejandro Guillier, dauphin de la socialiste Michelle Bachelet, actuellement au pouvoir. C’est un score sans précédent depuis le rétablissement de la démocratie, en 1990. Humiliation supplémentaire: cet homme d’affaires, qui fut gérant de banque (Talca), propriétaire d’une chaîne de télé nationale (Chilevisión) et gros actionnaire de la compagnie aérienne chilienne (LAN), avait déjà succédé à la présidente Bachelet en 2010, au terme de son premier mandat à la tête de l’État. Le Chili s’inscrit ainsi dans la grande vague conservatrice qui traverse actuellement le continent. Voyez plutôt.

Fin abrupte de l’ère Lula

Le Brésil, première économie d’Amérique du Sud, a échappé à la gauche le 31 août 2016, quand la présidente Dilma Rousseff a été destituée pour avoir maquillé le déficit public. Le pouvoir est alors passé en mains d’un politicien de droite, Michel Temer, qui a ensuite été accusé de corruption et a frisé, lui aussi, la destitution. Le géant du continent a brutalement tourné la page sur plus d’une décennie de gouvernement travailliste depuis l’élection, en 2003, du célébrissime Luiz Inácio Lula da Silva. Un mois plus tôt, au Pérou, c’est le banquier Pedro Pablo Kuczynski – surnommé «PPK» – qui accédait à la présidence. Vendredi dernier, le Congrès, contrôlé par l’opposition, a lancé une procédure de destitution liée au scandale de pots-de-vin de l’entreprise brésilienne Odebrecht.

Le kirchnérisme balayé

Huit mois plus tôt en Argentine, deuxième économie d’Amérique du Sud, les années Kirchner (Nestor dès 2003, Cristina dès 2007) prenaient fin avec la victoire à l’élection présidentielle de Mauricio Macri, ancien patron de la Socma Group Holding (fondée par son père), ensuite devenu président de l’équipe de football Boca Juniors, puis maire de Buenos Aires. Au Paraguay, c’est en 2013 déjà que la droite est revenue aux affaires, avec l’élection du businessman Horacio Cartes, un an après la destitution de Fernando Lugo, un ancien «évêque des pauvres» devenu président.

Révolutions en difficulté

Sur la carte de l’Amérique du Sud se dessine clairement un retour en force des partis conservateurs et généralement néolibéraux. C’est encore plus spectaculaire si l’on ajoute qu’en Équateur, le président Lenín Moreno est accusé par son propre parti de «trahir la révolution» menée par son prédécesseur Rafael Correa. Encore plus troublante est la situation au Venezuela, où le président «chaviste» Nicolás Maduro est ébranlé par des mois de contestation dans la rue contre les pénuries qui se multiplient.

La crise des gauches

Bref, un peu partout la gauche est à la peine. Les partis conservateurs, autrefois laminés, reviennent en force, surfant sur la crise économique. Les pays d’Amérique du Sud ont en effet dû faire face à la chute des prix des matières premières et des produits agricoles, qui constituent une part essentielle des revenus d’exportation. C’est évidemment le cas du Chili, où l’entreprise publique Codelco, plus importante productrice de cuivre au monde, se voit contrainte d’aligner les plans d’économies pour faire face à l’effondrement des cours mondiaux du métal rouge. Or ses revenus couvrent environ 10% du budget de l’État! Mais le recul de la gauche, c’est aussi «une tendance internationale que l’on peut (par exemple) observer dans divers pays d’Europe», note Marcelo Mella, de l’Université de Santiago du Chili, sur le site de France 24 en version espagnole. «Les partis de gauche tendent à se fragmenter.» Ce qui divise et démobilise son électorat. Ce dimanche au Chili, l’abstention a été très forte, puisque moins de la moitié de l’électorat est allée aux urnes...

Ce qui surprend toutefois, c’est le retour au pouvoir de leaders de droite néo-libéraux, comme si les Sud-Américains avaient complètement oublié avoir rejeté, à la fin des années 1990, les aventures politiques traumatisantes d’un Carlos Menem en Argentine, d’un Alberto Fujimori au Pérou ou même d’un Fernando Collor de Mello au Brésil. (24 heures)

Créé: 18.12.2017, 20h21

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