Maduro reprend 'Despacito' pour motiver

VenezuelaAlors que le pays entamme lundi une semaine cruciale, le président Maduro déploie les grands moyens pour motiver les citoyens à se rendre aux urnes.

Dans son émission télévisée hebdomadaire, le dirigeant vénézuélien a promis qu'il enverrait en prison et saisirait les biens des 33 magistrats de la Cour suprême parallèle, désignés par l'opposition défiante. (Image - dimanche 23 juillet 2017)


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Alors qu'une semaine décisive s'ouvre lundi dans la crise au Venezuela, le président Nicolas Maduro a sorti dimanche une reprise du tube mondial «Despacito», pour promouvoir les élections de son Assemblée constituante, vivement critiquée par l'opposition qui multiplie les initiatives pour tenter de la bloquer.

«Nous allons voir si on est à la hauteur», lance tout sourire Maduro lors de son émission hebdomadaire à la télévision officielle VTV. «Lentement, prends un bulletin plutôt que les armes, et exprime tes idées toujours dans la paix et le calme», chantonne dans sa version le dirigeant socialiste tout en dansant sur la musique et en marquant le rythme du «remix» du succès mondial des Portoricains Luis Fonsi et Daddy Yankee.

Depuis sa sortie en janvier dernier, «Despacito» est devenu un phénomène mondial. Vue 2.5 milliards de fois sur Youtube, c'est la première chanson en espagnol qui domine le marché anglo-saxon depuis la «Macarena» en 1996.

Déjà tenté

Le gouvernement vénézuelien qui mène actuellement une campagne pour promouvoir l'élection de l'Assemblée constituante organisée le 30 juillet, à grand coup de refrains ententants, ne s'est donc pas privé de surfer sur cette popularité. Le numéro deux du parti au pouvoir, le Parti socialiste unifié du Venezuela, Diosdado Cabello, a lui aussi récemment détourné «Despacito» pour critiquer les opposants à Maduro. «Comme le dit la chanson, petit à petit, tout doucement , ils veulent faire un coup d'Etat», avait-il lancé.

L'opposition a appelé dimanche au boycott de l'élection de l'assemblée constituante et a réitéré son appel à une grève de 48 heures mercredi et jeudi et à un grand défilé à Caracas vendredi, deux jours avant l'élection des 545 membres de cette assemblée censée réécrire la Constitution.

«La lutte doit se poursuivre, le peuple vénézuélien doit déclencher la grève générale, venir à Caracas et préparer le boycott civique», a lancé Freddy Guevara, vice-président du parlement, où l'opposition est majoritaire. Il s'adressait à la presse au nom de la Table de l'unité démocratique (MUD), la coalition de l'opposition.

«Boycott civique»

C'est «un boycott civique, sans armes, sans violences, mais avec détermination. Que personne n'imagine que nous allons nous laisser asservir sans combattre», a-t-il déclaré. «Ce n'est pas le moment de se rendre ou de paniquer, nous sommes à des heures décisives pour l'avenir de notre pays».

«Qu'il soit clair pour Maduro et pour l'armée - soutien clé du gouvernement - que nous n'allons pas céder, que nous n'allons pas permettre que l'on impose une fraude constituante au peuple», a ajouté Freddy Guevara.

L'opposition considère que les modalités prévues pour l'élection des membres de l'assemblée ne sont pas équitables et favorisent le camp chaviste (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013, dont Nicolas Maduro est l'héritier). Et quelque 70% des Vénézuéliens sont opposés au projet d'Assemblée constituante, selon l'institut de sondage Datanalisis.

Mais le président Maduro a réaffirmé sa détermination, sommant l'opposition de «respecter le droit du peuple à voter librement» et «sans violence».

«Le peuple n'accepte pas les menaces, le peuple se prépare à donner une raclée à cette droite menaçante, violente, fasciste» et à «l'impérialisme», a déclaré dimanche Nicolas Maduro lors de son émission hebdomadaire sur la chaîne de télévision publique VTV.

«Droite impériale»

Le président a une nouvelle fois accusé les Etats-Unis d'être derrière la crise vénézuélienne. «Depuis l'extérieur, la droite impériale croit qu'elle peut donner des ordres au Venezuela, mais ici le seul qui donne des ordres, c'est le peuple», a-t-il dit.

L'opposition organise depuis près de quatre mois des manifestations presque quotidiennes contre Nicolas Maduro, et les pressions internationales se multiplient. Depuis le début de la vague de manifestations, 103 personnes ont été tuées et des milliers blessées, et des centaines d'arrestations ont eu lieu.

Une grève générale de 24 heures convoquée par l'opposition a eu lieu jeudi et vendredi derniers. La MUD a assuré qu'elle avait été suivie à 85%, alors que Nicolas Maduro et d'autres responsables gouvernementaux ont affirmé qu'elle avait été un échec.

L'opposition a lancé vendredi une autre initiative contre le pouvoir en élisant une Cour suprême parallèle, aussitôt condamnée par l'exécutif. L'opposition, qui contrôle le Parlement depuis les élections législatives de décembre 2015, ne reconnaît pas la légitimité de l'actuel Tribunal suprême de justice (TSJ, Cour suprême).

Elle considère que ses 33 membres ont été élus de manière irrégulière en 2015 par l'ancienne majorité chaviste et qu'ils font preuve de partialité en faveur du camp présidentiel. Elle a donc élu 33 magistrats pour constituer un TSJ parallèle.

«Tous en prison»

Le TSJ a immédiatement répliqué que la formation de cette institution parallèle était constitutive des délits d'«usurpation de fonctions» et de «trahison de la patrie», punissables de peines de prison.

Le président Maduro a d'ailleurs annoncé dimanche une sévère répression contre les membres de la Cour suprême parallèle.

«Un par un, l'un après l'autre, ils iront tous en prison et on placera sous séquestre leurs biens, leurs comptes et tout le reste, et personne ne les défendra», a averti le président dans son émission télévisée.

Un des magistrats de la Cour suprême parallèle, Angel Zerpa Aponte, a déjà été arrêté samedi par les services de renseignement vénézuéliens, le SEBIN, a annoncé l'opposition.

(afp/nxp)

Créé: 24.07.2017, 04h15

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