Trump déplace son mur vers le sud du Mexique pour bloquer les migrants

Flux migratoireLe Mexique militarise sa frontière avec le Guatemala, gage de paix commerciale avec son puissant voisin.

Le mur de Donald Trump se déplace vers le sud du Mexique, sous pression pour bloquer les migrants

Le mur de Donald Trump se déplace vers le sud du Mexique, sous pression pour bloquer les migrants Image: AFP

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Le fleuve Suchiate, qui sépare le Guatemala et le Mexique, est calme. Seuls circulent entre les deux rives quelques radeaux transportant des caisses de Coca-Cola. Du côté mexicain, des militaires en treillis surveillent les pontons. Il y a un an, une caravane de 7000 migrants d’Amérique centrale entrait au Mexique en traversant le fleuve. Mais en ce début 2020, la colonne de migrants honduriens qui fait route vers la frontière mexicaine est vouée à l’échec, selon les autorités mexicaines. Car désormais, le pays a verrouillé sa frontière sud.

Pour échapper à de lourdes taxes sur ses exportations, le Mexique a signé en juin un accord avec les États-Unis où il s’engageait à tarir le flux de migrants en direction du nord. Le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, qui rêvait d’une politique migratoire humaniste, a dû revoir sa copie. Il a déployé 25'000 hommes de sa garde nationale à ses frontières et supprimé les visas humanitaires permettant de se déplacer légalement dans tout le pays. «La politique migratoire du Mexique est totalement inféodée à celle des États-Unis, dénonce Simon Trichot, coordinateur de l’ONG Médecins du Monde sur la région. Cet accord vise à pousser les frontières des États-Unis plus au sud.»

Dépendant de son puissant voisin

Des gages donnés sous la contrainte par le Mexique, économiquement dépendant de son puissant voisin américain. Ce jeudi, le Congrès américain a définitivement approuvé une nouvelle mouture de l’accord de libre-échange passé avec le Mexique et le Canada, liant étroitement leurs économies pour les décennies à venir. Au sud du Mexique, les migrants paient le prix de cette entente. Moite et populeuse, Tapachula, première ville après la frontière, est accoutumée au transit des migrants, mais pas à leur séjour forcé.

Collins se prend la tête dans les mains. Ce soudeur camerounais a fui le conflit qui oppose les anglophones du Cameroun aux partisans francophones du président Paul Biya. De son téléphone s’échappent des cris de femmes et des tirs d’exécution. «Là, c’était moi qu’ils venaient chercher», dit-il en désignant la vidéo. Il a traversé dix pays, mais surtout l’impitoyable jungle du sud du Panama truffée de bandits dont de nombreux migrants ne sont jamais ressortis. Finalement, c’est Tapachula qui a eu raison de lui. «Je me sens emprisonné, dit-il. Je n’ai pas d’argent pour un passeur, et je ne peux pas revenir en arrière.»

Pendant cinq mois, le Mexique a refusé aux migrants africains, qu’il ne peut expulser, le document qui leur donne vingt jours pour quitter le territoire. Un sésame pour atteindre les États-Unis. Épinglées par la justice mexicaine, les autorités ont fini par régulariser des centaines de migrants, mais l’histoire n’est pas terminée, avertit Fermina Rodriguez, du centre de défense des droits de l’homme Fray Matias. «Les autorités migratoires jouent un jeu cruel avec ces migrants à qui elles ont donné des instructions contradictoires pendant des mois. Rien ne garantit que, sous peu, les règles ne changent à nouveau.»

Une attente qui met des vies en péril

L’attente met la vie de certains en péril. Lizbeth regarde plusieurs fois à droite, à gauche, avant d’accepter de raconter son histoire dans la cour de son hébergement, un hôtel modeste reconverti en refuge. Au Honduras, elle a été séquestrée durant deux semaines avec sa famille par un gang qui voulait recruter son fils aîné Milton. Ils se sont échappés et ont fui au Mexique, où ils ont réclamé l’asile à un Office des réfugiés débordé face aux 67000 demandes reçues en 2019, deux fois plus que l’an dernier. Un jour, sorti faire des courses, Milton s’est figé. Dans la foule du marché, il a reconnu l’un des hommes qui les avaient séquestrés. Ce n’est un secret pour personne: les gangs qui sévissent en Amérique centrale ont pignon sur rue à Tapachula. Depuis, ils vivent reclus dans leur hébergement.

«La mesure de protection la plus élémentaire dans ce cas-là, c’est de déplacer les personnes menacées pour les éloigner du danger», s’indigne Ana Elena Barrios, de l’ONG Fray Matias. «Mais les autorités migratoires s’y refusent. Encore une fois, elles privilégient la politique à la sécurité des migrants.»

Créé: 16.01.2020, 22h45

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