Trump s’apprête à lâcher l’Afghanistan meurtri par le terrorisme

ConflitLe président américain veut accélérer le retrait de ses troupes alors que le pays détient désormais le triste record mondial des victimes du terrorisme.

Donald Trump jeudi, lors de sa visite surprise auprès de ses troupes.

Donald Trump jeudi, lors de sa visite surprise auprès de ses troupes. Image: AFP

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Surprise. C’est en Afghanistan, avec ses troupes, que Donald Trump est allé fêter jeudi soir Thanksgiving. L’occasion pour le président américain, qui négocie la sortie, d’annoncer la reprise des pourparlers avec les talibans. Échéance électorale oblige, il ne lui reste que quelques mois pour tourner la page de cette intervention militaire coûteuse et très impopulaire aux États-Unis.

Mais comment expliquer que ce soit avec les responsables de l’immense majorité des attentats terroristes en Afghanistan, comme l’indique le dernier rapport du groupe de réflexion australien Institute for Economics and Peace, que les Américains, qui n’ont pas réussi à gagner cette guerre, négocient un processus de paix? «Les Américains cherchent à avoir une présence durable en Afghanistan en raison de sa position stratégique en Asie. En échange du retrait total des troupes américaines (ndlr: il reste 13'000 hommes), les talibans s’engagent à lutter contre le terrorisme dans leur pays», explique Karim Pakzad, spécialiste de l’Afghanistan et chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris.

«Les États-Unis veulent obtenir des insurgés ce qu’ils n’ont pas réussi à décrocher avec le gouvernement qu’ils ont mis en place. Si l’accord n’est pas encore signé, c’est parce que les Américains essaient d’obtenir davantage de garanties de la part des talibans. Ils veulent être sûrs de pouvoir compter sur eux par l’entremise du Pakistan et de l’Arabie saoudite pour garder un pied dans la région», poursuit l’ancien professeur de sciences politiques à l’Université de Kaboul.

Grand retour des talibans

En attendant, le peuple paie le prix fort. Dix-huit ans après l’intervention américaine au nom de la lutte antiterroriste, l’Afghanistan est devenu le pays au monde où les attentats font le plus de victimes, selon l’étude australienne publiée le 20 novembre. À l’échelle planétaire, le nombre de morts liées à un «acte de terreur» a reculé de 15% en 2018, mais sur les 15952 victimes recensées, 7379 sont afghanes, soit le double de l’année précédente. Ce qui place l’Afghanistan en tête de ce macabre classement, devant l’Irak, qui détenait ce triste record depuis 2003.

Sur les dix attentats les plus meurtriers de 2018, relèvent les chercheurs, neuf ont été commis dans cet État d’Asie centrale, où 83% des cas sont imputables à des attaques menées par les talibans, chassés du pouvoir en novembre 2001. Au total, le pays du légendaire commandant Massoud a concentré à lui seul près de la moitié des victimes du terrorisme dans le monde l’année dernière. En revanche, en ce qui concerne le premier semestre 2019, la tendance semble s'inverser. Selon l’ONU, les forces américaines et afghanes ont tué plus de civils que les insurgés (717 morts contre 531). Ces chiffres sans précédent s’inscrivent dans le cadre d’une campagne aérienne féroce menée par les États-Unis contre les talibans. Mais comment en est-on arrivé là?

«En 2014, les talibans ont profité du retrait des troupes de l’OTAN pour multiplier les offensives contre l’armée afghane. Près de 45'000 membres des forces de sécurité nationale ont été tués dans les trois années qui ont suivi», poursuit Karim Pakzad, qui précise qu’«aujourd’hui, les talibans contrôlent, directement ou indirectement, plus de la moitié du pays».

Par ailleurs, rappelle-t-il, c’est à la même période que la branche orientale du groupe État islamique s’est installée en Afghanistan. «Dès le début de 2015, ils ont multiplié les attentats contre les civils, et la communauté chiite en particulier. Ce qui a largement contribué à l’augmentation des chiffres de victimes du terrorisme.»

Victimes collatérales

Mais il faut garder à l’esprit que «Daech et les talibans sont deux organisations très antagonistes qui s’affrontent régulièrement. Le groupe État islamique n’a pas de frontière et vise directement les civils, alors que les talibans sont certes fanatiques, mais ils sont nationalistes, leur but est de revenir au pouvoir. Ils ciblent donc les instances gouvernementales, militaires et politiques, mais leurs attaques font un très grand nombre de victimes collatérales parmi les civils», déplore l’expert. Ce qui ne perturbe visiblement pas les plans de Washington.

Créé: 29.11.2019, 21h26

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