Asia Argento, icône du mouvement #MeToo, vacille

Harcèlement sexuelLe «New York Times» a révélé que l’actrice a payé 380'000 dollars pour acheter le silence d’un jeune acteur qui l’accusait d’agression sexuelle.

L’actrice italienne Asia Argento, une des femmes ayant accusé le producteur hollywoodien Harvey Weinstein de l’avoir violée alors qu’elle avait 21 ans, participait, le 8 mars 2018, à une marche organisée à Rome par le mouvement «Non Una Di Meno» (MeToo), à l’occasion de laJournée internationale de la femme.

L’actrice italienne Asia Argento, une des femmes ayant accusé le producteur hollywoodien Harvey Weinstein de l’avoir violée alors qu’elle avait 21 ans, participait, le 8 mars 2018, à une marche organisée à Rome par le mouvement «Non Una Di Meno» (MeToo), à l’occasion de laJournée internationale de la femme. Image: GETTY IMAGES

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Le mouvement #MeToo a été ébranlé dimanche par les révélations du «New York Times» sur Asia Argento. Le quotidien new-yorkais a révélé que l’actrice italienne, l’une des femmes ayant accusé le producteur Harvey Weinstein de viol l’année dernière, a récemment accepté de payer 380'000 dollars pour acheter le silence d’un jeune acteur. Jimmy Bennett l’accusait d’agression sexuelle en 2013, à Los Angeles, alors qu’il n’avait que 17 ans. Asia Argento en avait 37.

Jimmy Bennett réclamait à l’origine 3,5 millions de dollars de dommages et intérêts. Il a contacté les représentants de l’actrice en novembre de l’année dernière, soit un mois à peine après le déclenchement du scandale Harvey Weinstein. À cette époque, le témoignage d’Asia Argento, qui reproche à Harvey Weinstein de l’avoir violée en 1997 lorsqu’elle avait 21 ans, avait incité des dizaines d’autres actrices à dénoncer le puissant producteur hollywoodien.

Les faits reprochés à Asia Argento remontent au 9 mai 2013. Ce jour-là, l’actrice italienne a retrouvé Jimmy Bennett dans un grand hôtel de Marina Del Rey à Los Angeles, une rencontre qu’elle avait documentée avec une photo sur son compte Instagram. Asia Argento avait publié un autoportrait avec la légende: «En train d’attendre avec impatience à #marinadelrey mon fils @jimmybennett perdu depuis longtemps, (…)». Jimmy Bennett avait répondu: «Je suis presque là!»

Les documents cités par le «New York Times» indiquent que l’actrice aurait donné de l’alcool au jeune acteur avec lequel elle avait tourné en 2004 dans «Le Livre de Jérémie». Asia Argento aurait ensuite embrassé le jeune acteur, l’aurait poussé sur le lit et aurait eu des rapports sexuels avec lui. Parmi les termes de l’accord conclu avec Jimmy Bennett, Asia Argento avait récupéré les droits d’une photo qu’elle avait prise au lit avec le jeune acteur.

L’actrice italienne s’est murée dans le silence depuis la publication de l’article. Rose McGowan, une autre actrice qui a accusé Harvey Weinstein d’agression sexuelle, a fait part de sa peine sur Twitter: «J’ai connu Asia Argento il y a dix mois. Notre histoire commune est la douleur partagée d’avoir été agressées par Harvey Weinstein. Mon cœur est brisé.» Tarana Burke, l’une des cofondatrices du mouvement #MeToo aux États-Unis, a quant à elle appelé à la mobilisation pour défendre le mouvement: «Les gens vont utiliser les récentes révélations dans la presse pour essayer de discréditer le mouvement», a-t-elle écrit sur Twitter. «Ne laissez pas ça se produire.»

Ces révélations s’apparentent néanmoins à un nouveau coup dur pour #MeToo. Une enquête interne de la New York University (NYU), révélée ce mois-ci par le «New York Times», a conclu qu’Avital Ronell, une célèbre professeure féministe à la NYU, s’était rendue coupable de harcèlement sexuel sur l’un de ses anciens étudiants, Nimrod Reitman. La professeure a été suspendue cette année, mais a reçu le soutien de plusieurs membres du monde académique qui ont envoyé une lettre à la NYU.

Le mouvement #MeToo donne des signes d’essoufflement. Malgré la mobilisation de femmes contre lui, Keith Ellison, numéro 2 du Parti démocrate qui a fait l’objet d’accusations pour des violences conjugales, a remporté la semaine dernière une primaire pour le poste de procureur général du Minnesota. Leslie Moonves, le patron de la chaîne CBS, a conservé son poste malgré des accusations de harcèlement sexuel publiées par le «New Yorker» il y a trois semaines. Une situation impensable il y a quelques mois encore. Charlie Rose, un journaliste star de la chaîne CBS, avait été renvoyé en novembre 2017, vingt-quatre heures à peine après la publication dans le «Washington Post» d’accusations de harcèlement sexuel par huit femmes.

Créé: 20.08.2018, 22h42

«L’abus de pouvoir n’a pas de genre»

Ancienne secrétaire générale des Femmes PLR, Claudine Esseiva est aujourd’hui active en tant que consultante en communication politique et siège au Législatif de la Ville de Berne.

Les révélations du «New York Times» concernant Asia Argento vous ont-elles choquée?

Pas du tout. Il est temps que nous prenions conscience que ces cas ne concernent pas toujours de méchants hommes contre de pauvres femmes. Il s’agit ici d’un abus de pouvoir, et l’abus de pouvoir n’a pas de genre.

Si les faits reprochés à l’actrice s’avéraient exacts, comment qualifieriez-vous son comportement?

Ce serait d’une hypocrisie totale. Elle s’est mise en avant avec son discours contre Harvey Weinstein au Festival de Cannes (ndlr: lors de la cérémonie de clôture, le 19 mai dernier), sans penser que son propre secret serait dévoilé. Elle n’a visiblement pas compris où se situe le vrai débat, à savoir l’abus de pouvoir.

Le mouvement #MeToo risque-t-il d’être discrédité par le cas Argento?

Le risque existe clairement qu’il en sorte très affaibli. Mais n’oubliez pas qu’il ne dépend pas que de cette actrice. C’est peut-être même une chance à saisir, cela pourrait permettre de recentrer le débat et d’arrêter de voir la question du rapport entre hommes et femmes en noir et blanc.

Certaines femmes pourraient dire que vous trahissez la cause en minimisant les souffrances infligées par des hommes.

J’ai toujours défendu l’égalité. Mais pas celle voulue par la gauche, celle où les femmes sont perpétuellement des victimes.

Y a-t-il tout de même un risque d’effet boomerang dans l’immédiat pour le mouvement #MeToo?

Bien sûr, ceux qui le critiquaient avant vont se précipiter sur cette affaire. Mais si de plus en plus d’hommes victimes d’abus prennent la parole, je pense tout de même que cela permettra au débat de s’élargir.

Il reste difficile d’imaginer que les femmes soient aussi enclines que les hommes à commettre de tels actes.

Ça, ce sont les modèles que nous avons dans nos têtes, cela montre comment notre société pense. Alors oui, la majorité des abus sont commis par des hommes parce que ce sont eux qui détiennent la majorité des positions de pouvoir. Mais je peux vous assurer que les femmes en sont tout aussi capables. Lorsque je me suis par exemple intéressée à la question du divorce et de la garde partagée, j’ai constaté à quel point certaines femmes pouvaient infliger une violence psychologique qui relève de l’abus.

Est-ce le début d’une vague de révélations masculines?

Je l’espère et je souhaite que cela encourage les hommes à sortir du silence. Ils font face à un vrai tabou qui les empêche de dire qu’ils sont victimes d’abus.
Marc Allgöwer

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