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Le bilan paradoxal de Barack Obama

Le président américain n’a jamais réussi à convaincre ses concitoyens des progrès réalisés ces huit dernières années.

La présidence de Barack Obama a été marquée par de grands progrès en matière de justice sociale, comme le décret présidentiel de 2012 empêchant le renvoi des enfants d’immigrés clandestins et la décision de la Cour suprême de légaliser le mariage gay aux Etats-Unis, le 26 juin 2015.
La présidence de Barack Obama a été marquée par de grands progrès en matière de justice sociale, comme le décret présidentiel de 2012 empêchant le renvoi des enfants d’immigrés clandestins et la décision de la Cour suprême de légaliser le mariage gay aux Etats-Unis, le 26 juin 2015.
Reuters

Lynn Crowther a fait la queue pendant des heures mardi dernier à Chicago pour assister au discours de Barack Obama. L’Afro-Américaine de 60 ans voulait absolument remercier le président des Etats-Unis pour ses «nombreux sacrifices». «Les gens se rendront bientôt compte qu’il était l’un des meilleurs présidents de l’Histoire», glisse-t-elle. «Ils oublient dans quelle situation nous nous trouvions il y a huit ans. Mais quand vous avez perdu votre maison à cause de la crise, vous n’oubliez pas ce genre de choses.»

Kennith Whaley, un habitant du South Side, le grand quartier noir de Chicago, n’a quant à lui pas pu se résoudre à allumer sa télévision pour regarder le discours. «Obama fait partie des élites», glisse l’Afro-Américain de 59 ans. «Il a été un excellent président pour les riches, mais il n’a rien fait pour les pauvres.» Ces avis divergents résument l’héritage paradoxal de Barack Obama au moment où il s’apprête à quitter la Maison-Blanche: positif pour des millions d’Américains et mal compris par beaucoup d’autres.

Réforme de la santé

«Je voudrais remercier le président Obama du fond de mon cœur, car sans lui, je serais mort.» Ces mots adressés jeudi sur CNN par Jeff Jeans, un électeur républicain, à Paul Ryan, le président conservateur de la Chambre des Représentants, ont résonné à travers les Etats-Unis. Jeff Jeans, un homme qui a survécu à un cancer, incarne l’un des grands progrès réalisés pendant la présidence de Barack Obama: sa réforme de la santé, baptisée Obamacare par l’opposition républicaine et entrée en vigueur le 23 mars 2010.

Grâce à ce système, 20 millions d’Américains qui n’avaient pas d’assurance maladie ont pu s’en offrir une. Barack Obama n’a toutefois jamais réussi à vendre à ses concitoyens cette réforme qui les oblige à contracter une assurance-maladie, et les républicains ont entamé l’abrogation de loi la semaine dernière.

Politique environnementale

Pour Athan Manuel, un expert au Sierra Club, la politique environnementale de Barack Obama a été «historique». Le président des Etats-Unis a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l’une de ses priorités et a soutenu l’Accord de Paris sur le climat en 2015. Il a aussi protégé 141 millions d’hectares de terres et de mers contre leur exploitation à des fins énergétiques, tout en réduisant de moitié les besoins des Etats-Unis en matière d’importation de pétrole.

Mais comme pour la réforme de la santé, sa politique énergétique a été mal comprise par une partie des Américains, notamment dans les Etats miniers, qui la considèrent comme une attaque contre leur mode de vie.

Justice sociale

La présidence de Barack Obama a été marquée par de grands progrès en matière de justice sociale, comme le décret présidentiel de 2012 empêchant le renvoi des enfants d’immigrés clandestins et la décision de la Cour suprême de légaliser le mariage gay aux Etats-Unis, le 26 juin 2015. Ces victoires ont mobilisé l’opposition conservatrice, qui a notamment bloqué la nomination d’un nouveau juge à la Cour suprême l’année dernière à la suite du décès du juge Antonin Scalia. Les républicains ont aussi obtenu une grande victoire à la Cour suprême le 23 juin 2016 lorsque les magistrats ont bloqué un plan de Barack Obama pour empêcher le renvoi de 5 millions de sans-papiers.

Au cours de sa présidence marquée par de nombreuses fusillades, dont celle de l’école de Newtown en décembre 2012, Barack Obama n’a pas non plus réussi à convaincre l’opposition républicaine de durcir les contrôles sur les antécédents judiciaires lors des ventes d’armes à feu. Il a dû se résoudre à annoncer une série de décrets limités visant à contrôler ces ventes.

Relations raciales

Le premier président noir des Etats-Unis a incarné la rupture et inspiré des millions de personnes issues des minorités. Mais il a été la cible d’un racisme montant, porté par des mouvements qui n’ont cessé de remettre en question son lieu de naissance. Et alors que 55% des Américains pensaient que les relations raciales étaient «plutôt bonnes» en 2008, 63% estiment aujourd’hui qu’elles sont «plutôt mauvaises».

Barack Obama s’est retrouvé dans une position délicate lorsque Michael Brown, un jeune Noir, a été abattu par un policier blanc à Ferguson en août 2014. Les émeutes qui s’en sont suivies ont été les pires depuis celles de Los Angeles de 1992. Celles de Baltimore à la suite de la mort de Freddie Gray en 2015 – un Noir arrêté par la police – ont confirmé un malaise sur lequel souffle Donald Trump. Samedi, le président élu a attaqué sur Twitter John Lewis, un leader historique de la lutte pour l’égalité entre Noirs et Blancs aux Etats-Unis. Le tort de l’élu afro-américain: avoir affirmé que Donald Trump n’était pas un président «légitime».

Politique étrangère

Barack Obama a orchestré le rapprochement diplomatique avec Cuba en décembre 2014 et l’accord sur le nucléaire iranien en 2015. Il n’a pas non plus hésité à faire éliminer Oussama ben Laden le 2 mai 2011. Le président, qui avait promis de mettre fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, a divisé par dix le nombre de soldats américains stationnés dans des zones de conflit, mais il n’a pas réussi à mettre fin aux guerres. Il a ordonné des raids militaires au Pakistan, en Somalie, au Yémen, en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Libye. Mais sa passivité en Syrie et l’instabilité en Libye après l’élimination de Muammar Kadhafi, le 20 octobre 2011, sont des taches indélébiles dans son bilan. Il n’a non plus pas réussi à fermer la prison de Guantánamo ni à trouver un accord de paix au Proche-Orient. Il a aussi été accusé par l’opposition républicaine d’avoir minimisé la menace représentée par le groupe Etat islamique.

Economie

Barack Obama a redonné des couleurs à l’économie américaine. Le taux de chômage est passé de 7,6% en janvier 2009 à 4,6% aujourd’hui. L’administration Obama annonce que l’économie américaine a créé 15,6 millions d’emplois depuis 2010. Barack Obama a aussi orchestré le sauvetage de l’industrie automobile américaine et Wall Street resplendit. Au début de sa présidence, l’indice Dow Jones était à 7949,09 points. Il est aujourd’hui sur le point de passer la barre des 20 000 points.

Les inégalités sociales se sont néanmoins accentuées ces huit dernières années. Aujourd’hui, les Américains les plus riches gagnent en moyenne trois fois plus qu’en 1980. En revanche, les revenus des 50% d’Américains les moins riches n’ont pas évolué depuis les années 80. La politique commerciale de Barack Obama et son soutien au traité de libre-échange transpacifique ont été critiqués aussi bien à gauche qu’à droite. En 2013, les multinationales américaines employaient 14,2 millions de personnes à l’étranger, contre 13 millions à la fin de la première année de sa présidence.

Popularité

Barack Obama quitte la Maison-Blanche en étant nettement plus populaire (60% d’avis favorable) que son successeur Donald Trump (44%), qui traîne comme un boulet le piratage informatique russe de la campagne électorale en sa faveur. Pour un Barack Obama qui n’a pas réussi à surmonter l’opposition conservatrice dans tout ce qu’il a proposé ces huit dernières années, ce soutien des Américains à sa politique est une source d’espoir au moment où Donald Trump s’apprête à la démanteler.

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