Caucus chaotiques dans l’Iowa: «Restez ensemble mes chatons»

Course à la Maison-BlancheChaos en Iowa, avec des retards majeurs dans la publication des résultats. Ambiance dans l’un des caucus organisés dans une école de la banlieue de Des Moines, capitale de l’État.

Le candidat Pete Buttigieg.

Le candidat Pete Buttigieg. Image: Keystone

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Pam Kenyon fond en larmes dans les bras de Jordan Stahly. Il est près de 21 heures lundi quand la retraitée serre l’adolescente de 17 ans pour célébrer la victoire de leur candidat Pete Buttigieg au caucus de leur district à Waukee, dans la grande banlieue de Des Moines (Iowa). Après avoir compté et recompté les personnes qui s’étaient réunies quelques instants plus tôt dans le coin de la salle de sports de l’école élémentaire qui était dédié à leur candidat, Pam et Jordan savourent le résultat. Pete Buttigieg a remporté 80 voix. Il a devancé les sénatrices Elizabeth Warren et Amy Klobuchar avec respectivement 57 et 48 voix et l’ancien vice-président Joe Biden avec 39 voix. Le sénateur Bernie Sanders n’a pas atteint à Waukee le 15% des soutiens nécessaires au premier tour de vote pour être considéré comme «viable» dans ce district.

En ce lundi soir où le parti démocrate a connu un couac majeur et des retards conséquents dans la publication des résultats en raison de problèmes avec une application, la portée de ce résultat ne dépasse guère l’enceinte du caucus de Waukee. Surtout que des indications en provenance d’autres districts de l’État confirment la force de Bernie Sanders dans les sondages précédant les caucus. Mais cet instantané suffit à faire le bonheur de Pam Kenyon qui avait endossé le rôle de capitaine de district pour Pete Buttigieg pour le vote. «En 2016, quand je me suis réveillée au lendemain de la victoire de Donald Trump, je me suis dit que plus jamais je ne laisserais passer une élection sans m’investir», glisse-t-elle. «En mai 2019, j’ai été invitée à une réunion avec une trentaine de personnes à laquelle participait Pete Buttigieg. Depuis ce jour-là, je me suis investie sans compter pour lui. Gagner ce soir? Mon cœur bat la chamade».

Première étape

Les caucus de l’Iowa, première étape sur la route de la Maison-Blanche, ont offert lundi le spectacle à la fois fascinant et chaotique de la démocratie. Dans l’État du Midwest, on ne vote pas par bulletin secret mais au cours de rassemblements qui étaient organisés à 19h, heure locale lundi, dans les salles communales, les églises, les maisons de retraite et les écoles comme celle de Waukee. Chaque candidat a un espace imparti dans la salle du caucus et un capitaine de district qui joue le rôle de rabatteur entre les 2 tours du vote. Car si, au terme du premier tour, un candidat ne recueille pas 15% des voix des participants au caucus, ses supporters peuvent choisir de rejoindre un autre camp.

À Waukee, le caucus s’est transformé en une affaire de couple. Lors du coup d’envoi du rassemblement, Joe Uhll, 32 ans, est dans le camp des supporters de Bernie Sanders au fond de la salle de sports. Sa femme Allison est la capitaine de caucus pour Elizabeth Warren de l’autre côté de la pièce. À l’issue du premier décompte, Bernie Sanders n’atteint pas la barre des 15% des 234 votants présents pour le caucus. Le Sénateur du Vermont a 29 voix, il lui en faut 35.

Inquiétude chez «Bernie»

La directrice du caucus prend son micro et donne durant quinze minutes aux supporters de tous les candidats qui n’ont pas le quorum la possibilité de rejoindre un autre camp au second tour. «Sinon vos voix ne seront pas comptées», prévient-elle. Dans le camp de Bernie Sanders, les militants sont inquiets. Regan Phillips, la capitaine du district pour «Bernie» tente de convaincre les supporters d’Andrew Yang, l’homme d’affaires new-yorkais, lui aussi en manque de voix à Waukee, de rejoindre son camp.

Allison Uhll se dirige, elle, d’un pas décidé vers son mari Joe dans le camp de Bernie et le prie de la rejoindre chez Elizabeth Warren. «Sinon tu dors sur le canapé», lui lance-t-elle sous les yeux d’Adam Andrews, le responsable du camp Biden à Waukee, qui tente lui aussi de convaincre Joe Uhll de rejoindre son camp. «Je suis marié et j’ai souvent envie de prouver à ma femme qu’elle a tort», glisse Adam Andrews à Joe. «Si tu veux le faire, tu es le bienvenu dans notre camp.»

L'espoir renaît

En marge du camp de Bernie Sanders, Pam Kenyon se démène pour garder l’unité chez les supporters de Pete Buttigieg. «Restez ensemble mes chatons», dit-elle au moment d’accueillir Sue Dumdei et son mari Don qui avaient eux aussi apporté leur soutien à Bernie Sanders au premier tour. Malgré les défections, l’espoir renaît brièvement lorsque plusieurs électeurs d’Andrew Yang rejoignent le camp Sanders à quelques minutes de la fin du compte à rebours. Regan Phillips compte frénétiquement et recense 29 voix pour «Bernie». Il en manque toujours 6. Et plusieurs supporters de Bernie Sanders finissent par baisser les bras la mort dans l’âme peu avant la clôture du second tour. Joe rejoint sa femme Allison chez Elizabeth Warren.

Ernest Phillips, un supporter de Bernie Sanders lui aussi, préfère se mettre d’un côté de la salle de sports pour regarder le décompte final. «Je ne voulais pas donner ma voix à un adversaire de Bernie», justifie-t-il. «Il faut penser à long terme.» Malgré cela, l’électeur afro-américain se réjouit du spectacle démocratique auquel il participe et affiche une confiance qui repose sur des bonnes nouvelles pour Bernie Sanders, glanées auprès de ses contacts dans d’autres districts . «Nous devons rendre à l’Amérique sa morale», affirme-t-il.

Tous contre Donald Trump

Lori Lyon, une supportrice d’Amy Klobuchar, relativise les divisions entre les démocrates. «Nous sommes tous ici dans la même équipe pour battre Donald Trump», dit-elle. «Cela fait trois ans et demi qu’on n’a pas de voix avec ce président. Ce caucus nous en redonne une. Nous allons tous rentrer unis chez nous ce soir et nous battrons le président.»

Les candidats ont répété ce refrain à leurs supporters lundi soir dans des discours qui étaient à l’origine prévus pour commenter les résultats du vote, mais ils ont quitté l’Iowa en direction du New Hampshire, le prochain État à voter le 11 février, sans connaître l’identité du vainqueur ni le classement. Sur le coup de 23h, heure locale (6h en Suisse), Pete Buttigieg a été le dernier à prendre la parole avec une allocution qui avait les intonations d’un discours victorieux. «Quelle soirée!» s’est réjoui Pete Buttigieg. «Parce que ce soir, un espoir improbable est devenu une indéniable réalité. Selon toutes les indications, nous allons dans le New Hampshire victorieux.» À minuit et demi, plus de cinq heures après les caucus, le parti démocrate n’avait toujours pas publié le moindre résultat confirmant ou infirmant les affirmations de Pete Buttigieg.

Créé: 04.02.2020, 08h22

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