Au cœur de Manhattan, dans la prison où Epstein est mort

États-UnisL’établissement pénitentiaire où était incarcéré le jet-setteur est connu pour ses terribles conditions de détention.

C’est dans le Metropolitan Correctional Center, où il était détenu, que Jeffrey Epstein a été retrouvé mort samedi.

C’est dans le Metropolitan Correctional Center, où il était détenu, que Jeffrey Epstein a été retrouvé mort samedi. Image: Reuters

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Elle est à deux pas du Brooklyn Bridge, le pont emblématique et l’une des principales attractions touristiques de New York. Derrière sa façade sombre et lugubre, la prison fédérale Metropolitan Correctional Center (MCC) accueille les criminels les plus célèbres dans des conditions qu’«El Chapo», le narcotrafiquant mexicain, a comparées le mois dernier à de la «torture». C’est là que Jeffrey Epstein, le multimillionnaire new-yorkais accusé d’agressions sexuelles sur des mineures, a mis fin à ses jours samedi matin.

Ce suicide a provoqué lundi la colère du ministre américain de la Justice, William Barr, et soulevé de nombreuses questions sur le traitement et la supervision des détenus à l’intérieur du MCC. Le syndicat des gardiens de prison travaillant au MCC souligne depuis des mois les problèmes de sous-effectif dans l’établissement carcéral, qui accueille près de 800 détenus, soit près du double du nombre prévu à l’origine.

Plaintes d’«El Chapo»

Le témoignage le plus récent et le plus détaillé sur les conditions de détention au MCC provient de Joaquín Guzmán, alias «El Chapo», l’ancien voisin de cellule de Jeffrey Epstein. Le mois dernier, peu avant d’être condamné à la prison à perpétuité par un tribunal fédéral de Brooklyn, le célèbre narcotrafiquant mexicain avait pris la parole pour fustiger son traitement à l’intérieur du MCC. «On m’a refusé l’accès à la lumière du jour», a-t-il lancé au magistrat avant de se plaindre de l’air conditionné qui souffle du froid sans arrêt dans sa cellule. «Je dois dormir avec du papier toilette dans les oreilles pour me protéger», a poursuivi «El Chapo» en dénonçant le «manque de respect total pour la vie humaine» à l’intérieur du MCC.

Jeffrey Lichtman, l’avocat d’«El Chapo», avait aussi relevé les conditions de détention de son client dans la prison située au sud de Manhattan. «C’est dur d’imaginer que de telles conditions existent pour un homme présumé innocent», avait-il lancé au juge le 17 juillet dernier.

Des détenus ont dénoncé la présence de rats dans les cellules et l’absence d’eau propre à la consommation. En début d’année, plusieurs détenus du MCC, une prison fédérale gérée par le gouvernement américain, avaient fait une grève de la faim pour protester contre la décision de la prison de supprimer les visites en raison du sous-effectif dans l’établissement.

Le syndicat des gardiens de prison fédéraux, Local 3148, condamne depuis des mois le sous-effectif à l’intérieur d’une prison notoire qui a notamment accueilli l’ancien financier Bernie Madoff, l’ancien chef de campagne de Donald Trump Paul Manafort ou plusieurs prévenus accusés de terrorisme. Le problème s’est récemment accentué en raison de la décision du gouvernement Trump de couper dans le budget du Bureau fédéral des prisons, qui gère le MCC.

Le directeur muté

William Barr a critiqué lundi de «sérieux problèmes» de gestion à l’intérieur de la prison new-yorkaise. Et mardi, le ministre américain de la Justice a décidé de muter le directeur du MCC et de suspendre deux gardiens qui étaient chargés de veiller sur Jeffrey Epstein. Celui-ci aurait normalement dû faire l’objet d’une visite toutes les trente minutes de la part des gardiens, en raison de sa tentative de suicide trois semaines plus tôt. Mais la procédure n’a pas été suivie.

L’agence AP a révélé, en citant une source proche de l’enquête sur la mort de Jeffrey Epstein, que les deux officiers assignés à la garde du multimillionnaire cumulaient les heures supplémentaires. «Si ça n’avait pas été Jeffrey Epstein, cela aurait été quelqu’un d’autre», a assuré Serene Gregg, présidente du syndicat Local 3148, au «Washington Post». «C’était inévitable. Notre équipe est en surmenage.»

Jeanne Theoharis, professeure au Brooklyn College, avait décrit en juin dernier au «Gothamist» des conditions d’incarcération au MCC comparables à celles que l’on retrouverait «en Iran ou en Russie». Selon son compte rendu, le MCC est une prison «insalubre» et les conditions de détention des détenus comme Jeffrey Epstein ou «El Chapo», confinés à l’isolement, sont «si extrêmes que l’on peut vous punir pour avoir parlé à travers les murs».

Un ancien détenu du secteur du MCC où était incarcéré Jeffrey Epstein s’est confié samedi au «New York Post». «Cette prison peut faire beaucoup de mal à quelqu’un, a-t-il raconté sous le couvert de l’anonymat. C’est comme si vous êtes un animal et qu’on vous met dans un chenil. Et pour un gars comme Jeffrey, c’est «Nom de Dieu»! Quand j’y étais, j’avais dit à mes parents de ne pas venir car Dieu n’était pas dans ce bâtiment.»

Créé: 13.08.2019, 22h29

L’Amérique des complots

Commentaire

Dans le sillage de Donald Trump, l’as des théories du complot, l’Amérique est en proie à une hystérie collective depuis le suicide de Jeffrey Epstein samedi. À l’annonce de la mort de l’homme qu’il avait côtoyé, le président des États-Unis a relayé sur Twitter la théorie de l’un de ses partisans, selon laquelle le défunt milliardaire new-yorkais, accusé de pédophilie, avait des «informations sur Bill Clinton».

Donald Trump se complaît depuis des années dans les histoires vaseuses, et sa décision d’amplifier des accusations contre son adversaire politique Bill Clinton n’est pas surprenante. Avant d’être élu à la Maison-Blanche, il avait notamment popularisé une théorie en vogue dans les milieux d’extrême droite et maintes fois discréditée selon laquelle Barack Obama n’était pas né aux États-Unis.

Mais l’attrait des opposants de Donald Trump pour les théories du complot laisse lui aussi présager d’une présidentielle au cours de laquelle les accusations juteuses et sans fondement feront de l’ombre aux faits. Lundi, Bill de Blasio, le maire démocrate de New York qui cherche désespérément à faire décoller son anonyme campagne pour la Maison-Blanche, a affirmé que la mort de Jeffrey Epstein était «trop pratique».

Pour les anti-Trump, le suicide du milliardaire au lendemain de la publication de centaines de pages de documents légaux est en effet suspect. D’autant plus que les documents révélaient notamment que Jeffrey Epstein avait recruté l’une de ses jeunes victimes à Mar-a-Lago, le complexe hôtelier que le président américain possède en Floride.

Reste une explication simple. La déchéance et la perspective de terminer ses jours dans des prisons aux conditions dantesques ont peut-être conduit Jeffrey Epstein au suicide. Mais dans cette Amérique si divisée, la simplicité n’a depuis longtemps plus sa place.
Jean-Cosme Delaloye

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