Au cœur des Midterms, la NBA a porté la voix de la résistance

BasketballDans le sillage de LeBron James et des «sages» Kerr et Popovich, la NBA a milité comme jamais pour certains tickets démocrates.

LeBron James, avec sa casquette, apporte son soutien à Beto O’Rourke, candidat démocrate au poste de sénateur du Texas, et pousse les gens à s’impliquer et à voter.

LeBron James, avec sa casquette, apporte son soutien à Beto O’Rourke, candidat démocrate au poste de sénateur du Texas, et pousse les gens à s’impliquer et à voter. Image: Ronald Cortes/ Getty Images

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le premier épisode de «Tais-toi et dribble», série documentaire produite par LeBron James sur l’histoire de l’activisme en NBA, a été diffusé samedi sur la chaîne Showtime. Ce projet n’avait pas encore de titre lorsque Laura Ingraham lâcha son injonction nauséabonde à l’antenne de Fox News. «Tais-toi et dribble.» Huit mois plus tard, l’insulte est donc devenue un film mais aussi le symbole d’un «réveil citoyen». La NBA ne veut plus se taire. Et elle l’a prouvé ces dernières semaines en assumant un rôle militant lors d’une campagne des élections de mi-mandat qui a poussé plus de 250 millions d’Américains vers les urnes mardi.

Actions de terrain

«Quelque chose a changé, validait Steve Kerr en fin de semaine dernière à Bleacher Report. Nos gars ont grandi: ils ont compris le pouvoir qu’ils exercent et se sentent soutenus dans leurs prises de parole par Adam Silver (le Commissioner – directeur général – de la NBA). Et puis Donald Trump a accéléré le processus. Il a tout fait exploser.» Le coach des Golden State Warriors sait de quoi il parle. Champion dans les années 1990 avec les Bulls de l’apolitique Michael Jordan, Steve Kerr continue de gagner. Mais il évolue dés­ormais au sein d’une ligue qui a libéré sa parole pour mieux faire écho aux luttes des glorieux anciens: Bill Russell, Kareem Abdul-Jabbar ou Oscar Robertson.

Nos gars ont grandi: ils ont compris le pouvoir qu’ils exercent

Steve Kerr, ancien joueur et actuel coach des Warriors de Golden State

«La parole s’est libérée mais j’ai aussi le sentiment qu’on l’entend mieux aujourd’hui, précise Boris Vejdovsky, professeur de littérature américaine à l’UNIL. Les voix qui s’élèvent sur les questions raciales, sexuelles ou climatiques, la société s’est longtemps arrangée pour qu’elles fassent le moins de bruit possible.» Relayé par les médias sociaux, le discours a ensuite nourri des actes. Ainsi cet été, Kevin Durant et DeMarcus Cousins ont installé des bureaux d’inscription aux listes électorales dans leurs stages d’avant-saison. Chris Paul s’est lié à Michelle Obama et sa campagne «When We All Vote» et le tee-shirt «I am a voter» a fait un tabac tout l’automne. Autant d’actions de terrain amplifiées par les saillies des deux leaders d’opinion: Steve Kerr et Gregg Popovich.

Opposant historique et inspiré de Donald Trump, le coach mythique des Spurs a ainsi apporté son soutien à Beto O’Rourke, candidat démocrate au poste de sénateur du Texas (face à Ted Cruz). «Pop» a d’abord porté une casquette – très vite imité par LeBron James – avant de détailler son engagement. «Je suis fatigué de tous ces mensonges, ces divisions, cet alarmisme, ces appâts identitaires. Quand je vois les méthodes utilisées par Monsieur Cruz pour se faire élire, j’ai peur. Tout tourne autour de sa personne alors qu’il devrait être question du bien public. Beto est l’exact contraire, il défend la justice, nos institutions.»

Deux mille kilomètres à l’ouest, Steve Kerr a applaudi, proposant même via Twitter un ticket O’Rourke-Popovich pour la présidentielle 2020. Puis, le 29 octobre, le coach des Warriors livra ce message sans équivoque suite à la fusillade de Pittsburgh: «Nous sommes un pays brisé, plus rien ne nous choque, plus rien ne nous surprend. Il est temps de se dresser contre tout ça. J’implore tout le monde d’aller voter le 6 novembre. Chacun a un thème qui lui est cher. Moi ce sont les armes à feu (ndlr: son père a été assassiné en 1984). Personne ne devrait posséder une arme de guerre semi-automatique dans ce pays. Nous nous assassinons jour après jour.»

Une opposition crédible

Derrière ses «tribuns du banc», la NBA s’impose comme la caisse de résonance d’une opposition crédible car apaisée. «Quand je regarde Donald Trump, je rejette 99,9% de ce qu’il exprime, détaille Doc Rivers, le coach des Clippers dans «Sports Illustrated». Il est la personne qui a fait le plus de mal aux relations ethniques dans ce pays. Mais rien ne sert de l’attaquer. Car la confrontation le renforce. En ce sens, l’implication de LeBron James est exemplaire. Il ne parle pas de Donald Trump. Mais il construit le récit d’une résistance et pousse les gens à s’impliquer.»

Jusqu’où? Un joueur a répondu d’une manière inattendue à cette question. Victor Oladipo, l’arrière All-Star des Indiana Pacers, est en effet monté sur scène pour tenir un discours de soutien au sénateur démocrate de son État, Joe Donelly. Son compagnon de harangue ce soir-là: l’ancien vice-président Joe Biden. «Ces sportifs qui s’engagent ont un réel poids politique auprès des catégories d’âge et ethniques qui n’ont pas l’habitude de voter, analyse Boris Vejdovsky. Ils parlent parce qu’ils savent qu’on les écoutera. Des Colin Kaepernick, il y en a toujours eu. Mais on les faisait taire.» Enfin audibles, les voix de Victor Oladipo et des cadors de la NBA auront-elles porté leurs fruits dans les urnes? La réponse était attendue dans la nuit.

Créé: 06.11.2018, 21h37

Articles en relation

Ils ont fait de ces élections de mi-mandat 2018 un blockbuster

Midterms Les Midterms ont battu des records de participation, mardi. À cause d’un Trump omniprésent et de candidats atypiques. Plus...

Une bataille acharnée pour le Congrès secoue l’Amérique

«Midterms» Les élections législatives, ce mardi, pourraient permettre aux démocrates de forcer le président à la cohabitation. Plus...

Trump-Obama: duel pour les «Midterms»

États-Unis Deux visions radicalement différentes de l’Amérique s’affrontent en clôture de la campagne. Plus...

Les républicains serrent les rangs pour défendre Donald Trump

Midterms 3/4 À quatre jours des élections au Congrès, les partisans du président redoutent une victoire des démocrates pas assez «patriotes». Plus...

Soldates et démocrates, elles partent à l’assaut du Congrès

Midterms 2/4 Poussées par leur rejet de Trump, des vétérantes de l’armée pourraient faire pencher la balance électorale mardi prochain. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.