David Petraeus aurait couvert un réseau de torture en Irak

Etats-UnisLe 20 mars 2003 les Etats-Unis envahissaient l'Irak. Dix ans plus tard, des révélations continuent à écorner l'image américaine. L'ex directeur de la CIA, David Petraeus aurait été au courant de la mise en place de centres de torture.

Selon l'enquête du <i>Guardian</i> et de la BBC Le général David Petraeus, aurait été au courant du réseau de torture instauré en Irak.

Selon l'enquête du Guardian et de la BBC Le général David Petraeus, aurait été au courant du réseau de torture instauré en Irak. Image: Keystone

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A la fin de l'année dernière, le général David Petraeus faisait la une des médias pour sa liaison avec sa biographe Paula Broadwell. En ce début d'année, le nom de l'ex directeur de la CIA revient sur la scène médiatique, tout comme celui de Donald Rumsfeld ancien secrétaire américain de la Défense. Dans une enquête menée sur plus d'une année, le Guardian et la BBC arabe, révèlent qu'en 2004, les Américains ont commencé à mettre sur pied en Irak, un véritable réseau de prisons secrètes dédiées à la torture. Et l'ex-chef de la CIA David Petraeus aurait cautionné ces actes.

Organiser la contre-insurrection

En 2004, le chaos règne en Irak, une insurrection sunnite occasionne de larges pertes dans le camp américain. Le colonel James Steele, qui prit dans les années 80 la tête de la répression sanglante contre la guérilla au Salvador, est déjà sur place.

Depuis mars 2003, en tant qu'«un des plus importants consultants de la Maison Blanche», il livre ses rapports à Donald Rumsfeld, qui ne tarit pas d'éloges à son égard. David Petraeus va le rejoindre en 2004. Il débarque en Irak avec la mission d'entraîner une nouvelle force de police irakienne, dans une optique de contre-insurrection.

James Steele et le colonel James Coffman, également au service de l'armée américaine, le présentent alors à un petit groupe de forces spéciales, composé essentiellement de partisans de l'ancien régime. Selon l'enquête, ce groupe constituera la base d'un système fondé sur la terreur.

Des millions payés par le contribuable

Disposant d'un fond de plusieurs millions de dollars, alimenté par les contribuables américains, les trois hommes vont créer des forces de sécurité d'une rare violence, constituées de milices chiites. C'est ces forces qui se chargeront d'amener et de torturer les insurgés ou leurs partisans dans des centres de détention secrets «pour les faire parler».

Si aucune preuve ne montre la participation de James Steele et James Coffman aux sessions de torture, Muntadher al Samari, un ancien général de l'armée irakienne qui a travaillé à la reconstitution d'une force de police après l'invasion américaine, affirme par contre que les deux hommes étaient au courant. Et d'ajouter qu'il a même visité une de ces prisons en leur compagnie.

Les ongles arrachés

L'horreur semblait être connue de tous, mais les langues ne se sont pas déliées. Dix ans après, plusieurs témoins se confient. Un ancien soldat relève, «c'était comme les nazis, la gestapo. Ils (les commandos) torturaient chaque personne qui pouvait être suspectée car elle savait quelque chose, avait pris part à l'insurrection ou la soutenait, et les gens savaient cela.»

Un homme interviewé par le Guardian affirme qu'il n'avait rien à confesser, mais ce silence ne l'a pas empêché d'être torturé. «Ils ont retiré les ongles de mes doigts de pieds», note-t-il. Coups, chocs électriques, viol, humiliation, un ancien soldat travaillant comme médecin, liste le panel des tortures.

Si ses deux confrères savaient, le général Petraeus était-il réellement au courant de ce réseau de torture? Un porte-parole du général a déclaré au Guardian que Petraeus était «clairement opposé à toute forme de torture», tout en soulignant que ses rencontres avec le colonel James Steele étaient occasionnelles. Pourtant, Peter Mass un journaliste du New York Times, envoyé en Irak relève que les deux hommes étaient très proches, non seulement en terme de commandement mais aussi d'idéologie.

L'homme de Petraeus

«Chacun savait que James Steele était l'homme de Petraeus, même lui se définissait comme tel». Et de réitérer que Steele savait. «En même temps que se déroulait un interview avec un djihadiste saoudien et James Steele dans une pièce d'un centre de détention, il y avait des cris horribles (...) c'était des cris de douleur et de terreur», raconte Peter Mass.

Un peu moins de dix ans après ces faits, la guerre en Irak continue à ternir l'image des Etats-Unis et de leurs alliés. James Steele est resté introuvable pour répondre aux questions des enquêteurs du Guardian. James Coffman a reçu plusieurs distinctions pour son rôle dans l'armée américaine. Et David Petraeus se pose désormais en héros déchu. Mais c'est l'adultère qui a eu sa peau.

Créé: 08.03.2013, 14h58

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