Déjà triomphants, les anti-chavistes décrochent la «supermajorité» au Venezuela

Tournant politiqueLes opposants au président Maduro ont le contrôle absolu du Parlement. Ils sont attendus au tournant.

Ivre de joie, l’opposition vénézuélienne vient d’apprendre sa victoire écrasante aux élections législatives.

Ivre de joie, l’opposition vénézuélienne vient d’apprendre sa victoire écrasante aux élections législatives. Image: Keystone

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Cette révolution-ci est tout sauf bolivarienne. Ivre de joie, l’opposition vénézuélienne vient d’apprendre mardi que sa victoire écrasante aux élections législatives de dimanche lui garantit carrément une «supermajorité» des deux tiers au Parlement de Caracas. C’est-à-dire des pouvoirs considérables face au président chaviste Nicolás Maduro, dont le mandat de six ans court jusqu’en 2019. Bref, un tournant majeur après 16 ans de contrôle absolu par le Parti socialiste unifié.

Vaste coalition rassemblant une ribambelle de partis plus ou moins centristes, la Table de l’unité démocratique (MUD) et ses alliés ont raflé 109 sièges, auxquels s’ajoutent trois autres occupés par des représentants indigènes. En tout, l’opposition détient donc 112 sièges sur 167. C’est exactement le nombre de députés requis pour pouvoir adopter des réformes constitutionnelles ou même convoquer une assemblée constituante. Le Parlement peut soumettre à référendum des traités internationaux et des projets de loi. Par exemple, une loi d’amnistie pour tous les prisonniers politiques. Enfin, il a dorénavant son mot à dire dans la composition du Tribunal suprême et du Conseil national électoral.

Gifle magistrale pour Maduro

Pour Nicolás Maduro, la gifle est magistrale. Prenant acte, le président a annoncé le départ de ses ministres et la formation d’un gouvernement capable de mener à bien «la nouvelle étape de la révolution» bolivarienne, qui doit se traduire par «une correction profonde» et produire «un sursaut». Mais dans son entourage, certains commencent à se demander s’il ne vaudrait pas mieux que le chef de l’Etat présente sa démission plutôt que de risquer une grave paralysie politique. Ou une humiliation supplémentaire.

Si le président tente d’entraver les réformes voulues par le Parlement, celui-ci pourrait décider de raccourcir la durée du mandat présidentiel. Ou encore, réunir 4 millions de signatures et lancer un référendum à mi-mandat, donc en avril prochain, pour proposer au peuple de le destituer.

Défi gigantesque pour l'opposition

Cela dit, l’opposition sait aussi que sa victoire est surtout due à la grave crise économique que traverse le Venezuela, entraînant des pénuries de toutes sortes, des queues interminables… et une inflation galopante. L’électorat a surtout puni le Parti socialiste unifié de Nicolás Maduro, qui n’a pas su faire face à la chute des prix du pétrole dans un pays très largement dépendant de l’or noir pour financer les programmes sociaux développés au cours de ces 16 ans de chavisme. En l’état, il sera donc difficile pour l’opposition de couper dans ces programmes au risque de provoquer l’ire de concitoyens déjà désespérés.

Quant à diversifier l’économie vénézuélienne, cela ne peut se faire que sur le long terme. Or, les Vénézuéliens ne peuvent attendre, ils sont impatients de voir du changement. Dimanche, la victoire des opposants a été obtenue avec un taux de participation époustouflant de 74,3%. Bref, ils n’ont pas le droit à l’erreur.

Créé: 09.12.2015, 19h07

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