Accusé, Temer mobilise ses troupes

Corruption au BrésilPour sauver son mandat dans cette ultime phase de la crise politique, le président brésilien a commencé à mobiliser ses soutiens au Parlement.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Premier président brésilien formellement accusé de corruption, Michel Temer s'est montré très combatif mardi, rejetant comme «une fiction» digne d'une «télénovela» les accusations du procureur-général dont il fait l'objet.

«Je peux dire, sans avoir peur de me tromper, que ces accusations sont une fiction» au «scénario de télénovela», a-t-il lancé, dans sa première réaction officielle à sa mise en accusation formelle lundi soir par Rodrigo Janot pour corruption passive.

«Il s'agit d'une attaque injurieuse et infamante à ma dignité personnelle», destinée «à paralyser le pays», a affirmé Michel Temer après ce dernier rebondissement dans la crise politique qui secoue la première puissance d'Amérique Latine depuis des mois.

Le procureur Janot a demandé la mise en accusation de Michel Temer accusé d'avoir reçu 500'000 réais (environ 132'000 euros) de pots-de-vin. Il a aussi requis contre le chef de l'Etat une amende de 10 millions de réais (2,77 millions d'euros) pour «préjudice moral collectif».

«Ce procès est une absurdité»

«Nous sommes victimes d'une infamie de nature politique. (...) Je suis accusé de corruption passive sans jamais avoir reçu d'argent. Où sont les preuves concrètes? Elles n'existent pas», a-t-il insisté, entouré de nombreux membres de son gouvernement et parlementaires.

«C'est évident qu'il s'agit d'une décision politique. Le président est indigné et combatif parce que ce procès est une absurdité», a affirmé à l'AFP une source présidentielle.

Michel Temer joue à nouveau son mandat. Le calcul est simple: pour éviter d'être inculpé, il doit s'assurer l'appui d'un tiers des députés.

Dans le cas contraire, il sera traduit devant la Cour suprême et écarté du pouvoir pendant six mois, le temps de la procédure. Il s'agirait du deuxième changement brutal en un an à la tête du Brésil, après la destitution de Dilma Rousseff (gauche) pour maquillage des comptes publics.

Un président affaibli

Mais ce vieux renard de la politique a montré depuis le début de la crise qu'il allait lutter jusqu'au bout pour éviter de subir le même sort. Les spécialistes jugeaient mardi la plupart des parlementaires peu enclins à porter le coup fatal à Michel Temer : un grand nombre d'entre eux trempent aussi dans des affaires de corruption.

Le groupe de consultants Eurasia estime ainsi à 70% ses chances de mener son mandat à son terme, fin 2018. «Cette accusation formelle est grave, mais elle ne change pas la situation du président, qui, même affaibli, devrait obtenir au Parlement le nombre de votes nécessaires», explique à l'AFP Ricardo Ribeiro, du cabinet de consultants MCM.

«Obtenir un tiers des voix n'est pas la fin du monde, mais ce sera une procédure usante», reconnaît toutefois la source présidentielle consultée par l'AFP. Mais Michel Temer devra aussi se méfier du parti social-démocrate (PSDB), allié clé du gouvernement, qui lui est pour le moment resté fidèle au nom des réformes pour sortir le pays de la récession, mais qui pourrait changer d'avis.

Pots-de-vin

D'autant plus que la cote de popularité du président est au plus bas, à 7%, avec 65% des personnes interrogées réclamant son départ, selon un sondage publié samedi par Datafolha.

«Nous vivons une vraie crise de représentativité. Les partis politiques se sont éloignés des couches populaires et des besoins sociaux du pays», déplore auprès de l'AFP Nicolas Crapez, fonctionnaire de 34 ans.

Michel Temer est accusé de s'être «prévalu de sa condition de chef de l'État» pour recevoir des pots-de-vin de la part du géant de la viande JBS par l'intermédiaire de l'ex-député Rodrigo Rocha Loures. Arrêté au début du mois, cet ancien proche collaborateur du président a été filmé en train de recevoir une valise pleine de billets.

Enregistrement compromettant

Mais les déboires du président Temer ne s'arrêtent pas là. Rodrigo Janot pourrait formuler prochainement de nouvelles mises en accusation, pour entrave à la justice et association de malfaiteurs.

Selon l'enquête de la police fédérale, dont le rapport a été rendu public lundi soir, il aurait «encouragé» le versement de pots-de-vin pour acheter le silence de l'ex-député Eduardo Cunha.

Artisan de la destitution de Dilma Rousseff, Eduardo Cunha est aujourd'hui en prison pour son implication dans le gigantesque scandale de corruption Petrobras.

Ces accusations sont fondées sur les témoignages de Joesley Batista, un des propriétaires de JBS, auteur d'un enregistrement clandestin compromettant pour le président Temer le 7 mars dernier.

L'une des principales lignes de défense des avocats de Michel Temer est que l'enregistrement a été «manipulé», mais l'expertise de la police estime qu'aucun montage n'a été effectué. Pire encore, les experts ont déchiffré d'autres extraits compromettants, auparavant inaudibles. (AFP/nxp)

Créé: 27.06.2017, 03h27

Articles en relation

Lourde peine pour ex-ministre clé de Lula

Brésil L'ancien ministre brésilien des finances, Antonio Palocci, était accusé d'avoir détourné des millions de dollars pour le financement de campagnes. Il a écopé lundi de douze ans de prison. Plus...

Washington n'importe plus de boeuf brésilien

Sécurité sanitaire Le ministère de l'Agriculture américain a annoncé jeudi la suspension des importations de boeuf du Brésil pour raisons sanitaires. Plus...

Preuves de «corruption passive» contre Temer

Brésil La police brésilienne a assuré mardi que le président Michel Temer se serait rendu coupable de «corruption passive». Plus...

Veto présidentiel à des lois autorisant la déforestation

Brésil Le président brésilien Michel Temer a opposé lundi son véto à deux lois réduisant des zones de préservation de la forêt amazonienne, contestées par les milieux écologistes. Plus...

La Gay Pride de Sao Paulo sous le signe de la laïcité

Brésil De centaines de milliers de personnes ont défilé dimanche à Sao Paulo pour une des plus importantes Gay Pride au monde. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.