L'ambassadeur du Venezuela en Suisse dénonce le coup d'État des États-Unis

VenezuelaAmbassadeur vénézuélien en Suisse, César Mendez Gonzalez tire la sonnette d’alarme sur la situation de son pays et l’ingérence américaine. A la frontière, la tension monte...

L’ambassadeur vénézuélien à Berne, César Méndez González, est très remonté. Pour lui, cela ne fait aucun doute: «Nous dénonçons une tentative de coup d’État de la part des États-Unis.»

L’ambassadeur vénézuélien à Berne, César Méndez González, est très remonté. Pour lui, cela ne fait aucun doute: «Nous dénonçons une tentative de coup d’État de la part des États-Unis.» Image: Jean-Paul Guinnard

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«Deux minutes après sa déclaration, Guaidó était déjà reconnu comme président par intérim par Trump sur Twitter! La veille, le vice-président américain, Mike Pence, avait invité les Vénézuéliens à manifester contre le président Nicolás Maduro, en les assurant du soutien des États-Unis. Ce n’est pas un hasard.» L’ambassadeur vénézuélien à Berne, César Méndez González, est très remonté. Pour lui, cela ne fait aucun doute: «Nous dénonçons une tentative de coup d’État de la part des États-Unis.» C’est pourquoi son gouvernement a envoyé une lettre aux parlementaires suisses, afin de tirer la sonnette d’alarme sur la situation de son pays.

Située dans la banlieue bernoise, dans un immeuble commercial, l’ambassade de la République bolivarienne du Venezuela ne paie pas de mine. Lors de notre arrivée, l’ambassadeur nous accueille à bras ouverts, visiblement heureux de pouvoir donner son opinion à la presse. Quelques jours plus tôt, son collègue Yván Gil Pinto, le vice-ministre des Affaires européennes du gouvernement Maduro, a envoyé une missive aux parlementaires suisses.

Lettre à la Suisse

Cette lettre a pour but de demander aux élus suisses de se mettre à la place du gouvernement vénézuélien. Dénonçant l’autoproclamation de Juan Guaidó en tant que président par intérim le 23 janvier dernier, cette lettre accuse, entre autres, «le gouvernement des États-Unis d’Amérique de vouloir renverser un gouvernement qui a été démocratiquement élu afin de… reprendre le contrôle des plus grandes réserves de pétrole de la planète, qui appartiennent exclusivement à l’État vénézuélien».

Ces graves accusations, les sympathisants de Maduro les appuient sur les déclarations du conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton. Invité sur Fox News, il a avoué être en pourparlers avec plusieurs compagnies pétrolières américaines pour produire du pétrole au Venezuela. En parallèle, le président Trump a rappelé qu’une intervention militaire n’était pas à exclure. Une succession d’événements qui a suffi à convaincre l’ambassadeur que la proclamation du membre du parti de droite Volonté populaire a été téléguidée par certains sénateurs républicains aux États-Unis.

Trente milliards confisqués

Joignant les actes à la parole, César Méndez González sort une Constitution miniature de sa poche pour étayer sa démonstration. «Il y a une raison pour laquelle la proclamation n’a pas eu lieu au sein du parlement, Guaidó n’aurait jamais obtenu les votes dont il avait besoin! L’article 233 de la Constitution est clair. Le président du parlement ne pouvait être président par intérim qu’en l’absence du président élu. Et il devrait invoquer des élections dans les trente jours! Nous dénonçons un coup d’État déguisé.»

S’il ne nie pas les problèmes de corruption qui affligent son pays, César Méndez Gónzalez renvoie la responsabilité de la crise et de l’inflation aux sanctions américaines et européennes. «Ils disent vouloir nous offrir de l’aide humanitaire pour 20 millions de dollars. Mais s’ils se souciaient vraiment du peuple vénézuélien, ils débloqueraient les 30 milliards de dollars qui nous ont été confisqués!» s’exclame-t-il.

Le spectre du Nicaragua

Après avoir critiqué la couverture médiatique «superficielle» réalisée sur son pays, l’ambassadeur reprend son discours anti-impérialiste. «Il n’y a qu’à voir qui les Américains nous ont envoyé pour négocier: Elliot Abrams! Un homme condamné pour ses agissements lors du scandale Iran-Contra au Nicaragua en 1981, puis gracié par Bush père! Comment pourrions-nous lui faire confiance?»

Ironie du sort, c’est précisément sous le prétexte de faire passer de la nourriture que les Américains avaient livré des armes aux opposants du leader sandiniste Daniel Ortega, dans les années 90. Si rien n’indique que cela sera le cas cette fois-ci, la venue du républicain Marco Rubio aux abords de la frontière dimanche soir a tourné à l’opération de communication.

«Maduro élu jusqu’en 2025»

Installé par amour en Suisse depuis 2012, l’avocat constitutionnaliste Silvio Fernández partage l’avis de l’ambassadeur: «Il y a un problème de souveraineté. La commission qui régit les élections a reconnu la victoire de Maduro. Il a été élu jusqu’en 2025!»

Depuis le début de l’année, les tensions sont à leur comble dans un pays où l’inflation a dépassé le million de pour-cent. Une situation délétère qui inquiète Guillaume Long. Ancien ministre des Affaires étrangères en Équateur entre mars 2016 et janvier 2018, il est aujourd’hui chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris.

Guillaume Long critique également la couverture médiatique qui est faite de la crise vénézuélienne. «Beaucoup de médias sud-américains éprouvent une haine viscérale contre le chavisme. Du coup, on assiste à une prophétie autoréalisatrice. On a tellement mal parlé de la révolution bolivarienne que cela commence à devenir vrai. Il y a une crise économique terrible depuis 2014.»

«Affaiblir Mélenchon et Corbyn»

Pour cet universitaire, le Venezuela est devenu un problème de politique intérieure pour de nombreux États européens. «Que ce soit Macron ou les conservateurs anglais, ils se frottent les mains et utilisent cette situation pour obtenir un profit politique contre Mélenchon et Corbyn.»

Citant l’ancien président Jimmy Carter, qui avait déclaré en 2012 que le processus électoral employant la technique Smartmatic était le meilleur du monde, le chercheur balaie les accusations de fraude électorale lancées par l’opposition. «Peu de gens sérieux ont dénoncé des arnaques et le bourrage d’urnes durant les élections vénézuéliennes. Il est vrai par contre que l’abstention a dépassé les 50%.»

Avant de lancer un message d’espoir. «Je ne pense pas que les camps puissent arriver à un accord facilement. La situation est trop polarisée. Mais les observateurs extérieurs doivent à tout prix trouver une solution pacifique. Il y a un risque de guerre civile.» (24 heures)

Créé: 22.02.2019, 16h15

Les deux Venezuela

Le bras de fer au Venezuela entre l'opposant Juan Guaido et le président Nicolas Maduro se poursuit vendredi sous la forme insolite d'un duel de concerts: l'un pour demander l'entrée de l'aide humanitaire américaine dans le pays, l'autre pour dénoncer une agression des Etats-Unis.

Les deux événements auront lieu à la frontière colombienne, à quelque 300 m de distance, de part et d'autre du pont de Tienditas, reliant Cucuta, en Colombie, et Urena, dans l'Etat de Tachira (ouest du Venezuela), et bloqué depuis deux semaines par les militaires vénézuéliens.

C'est à Cucuta qu'est entreposé depuis le 7 février le gros de l'aide humanitaire américaine stockée aux portes du pays, que l'opposant Juan Guaido a promis de faire entrer samedi, malgré le refus du gouvernement qui y voit les prémices d'une intervention militaire des Etats-Unis.

Quelque 3,4 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays depuis le début de la crise politique et économique, et le flot de départs ne se tarit pas, a annoncé vendredi. ATS

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