Donald Trump et sa «diplomatie du gangster» inquiètent le Congrès

États-UnisLes parlementaires américains devraient voter cette semaine pour limiter le champ d’action du président dans la crise iranienne.

L’impulsif président des États-Unis, Donald Trump (à g.), et le secrétaire d’État, Mike Pompeo, fervent partisan depuis des années de la manière forte contre l’Iran.

L’impulsif président des États-Unis, Donald Trump (à g.), et le secrétaire d’État, Mike Pompeo, fervent partisan depuis des années de la manière forte contre l’Iran. Image: AP

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«Donald Trump ne jure que par la diplomatie du gangster, selon laquelle on menace de mort ses adversaires.» Joe Cirincione, le président du Ploughshares Fund, une fondation à Washington qui se bat contre la prolifération nucléaire, s’inquiète des répercussions de l’assassinat du général iranien Soleimani ordonné par Donald Trump la semaine dernière: «Les Iraniens jouent aux échecs et avancent leurs pions de manière réfléchie. Le président des États-Unis agit de manière totalement impulsive et irréfléchie.»

Depuis l’opération militaire vendredi à Bagdad, le Congrès ne peut que supposer ce qui a poussé Donald Trump à prendre sa décision. Les parlementaires n’ont pas été prévenus de l’attaque par la Maison-Blanche et le document stipulant la justification légale de l’opération a été classé top secret.

Lundi, deux sénateurs démocrates ont demandé à la Maison-Blanche de rendre accessible ce préavis. Parallèlement, Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, a affirmé son intention de faire voter cette semaine une résolution limitant la capacité de Donald Trump à déclencher une guerre contre l’Iran. Quant à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, elle a rappelé au président américain dans un tweet dimanche qu’il n’était «pas un dictateur».

Option la plus radicale

Alors que la Maison-Blanche a passé en ce début d’année la barre des 300 jours sans avoir organisé de conférence de presse, les médias américains se sont appuyés sur le témoignage sous le couvert de l’anonymat de hauts responsables du Pentagone pour reconstituer le processus décisionnel de la Maison-Blanche. Ils ont affirmé que l’assassinat du général Soleimani était l’option la plus radicale qui avait été soumise au président des États-Unis. Celui-ci a pris sa décision à la surprise générale en réaction à l’invasion par des militants pro-Iran de l’une des enceintes de l’ambassade des États-Unis à Bagdad le 31 décembre.

Depuis la frappe fatale à Qassem Soleimani, les explications de la Maison-Blanche sur l’imminence de la menace que représentait le général iranien fluctuent. Donald Trump a assuré que celui-ci avait été pris «la main dans le sac». Dans la foulée, il a menacé de bombarder 52 sites iraniens, dont des sites culturels, si Téhéran réagissait à la mort de son haut gradé.

Robert O’Brien, le conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale, a pour sa part affirmé que le général Soleimani avait «carte blanche» de l’Iran depuis «vingt ans» pour faire régner la terreur au Moyen-Orient. Et Mike Pompeo, le secrétaire d’État et un fervent promoteur depuis des années de la manière forte contre Téhéran, a ajouté des nuances aux menaces de Donald Trump de frapper des sites culturels iraniens, un crime de guerre potentiel. Il a assuré que les États-Unis agiraient «légalement».

Démissions en chaîne

Dans la crise iranienne, la Maison-Blanche projette une nouvelle fois l’image d’une administration vivant au rythme des tweets de Donald Trump. Alors que les États-Unis flirtent avec la guerre avec l’Iran, les démissions se multiplient au Pentagone depuis des semaines. Dernière en date: Eric Chewning, le chef de cabinet du secrétaire américain à la Défense, a annoncé son départ lundi.

Dans le camp démocrate, Elizabeth Warren, la candidate à la Maison-Blanche, a relayé ce week-end une théorie en vogue dans les rangs de l’opposition selon laquelle Donald Trump se serait attaqué à l’Iran pour détourner l’attention de la procédure de destitution dont il fait l’objet. «Nous savons que Donald Trump est très fâché par le prochain procès sur sa destitution, a-t-elle affirmé dimanche sur la chaîne NBC. Mais regardez ce qu’il fait maintenant. Il nous amène aux portes de la guerre.»

Le président des États-Unis a donné corps à ces propos en publiant lundi matin deux tweets liant la crise iranienne et sa procédure de destitution. «Devoir passer du temps sur cette arnaque politique à ce moment de notre histoire, quand je suis si occupé, est triste!» a-t-il affirmé dans l’un d’eux. L’espoir de Donald Trump de voir la procédure de destitution rapidement enterrée a été mis à mal lundi. John Bolton, son ancien conseiller à la Sécurité nationale, a annoncé son intention de témoigner dans le cadre du procès du président si les sénateurs décident de le convoquer.

Créé: 06.01.2020, 22h23

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