Le droit à l’avortement échappe aux Argentines

MondeSous la pression de l’Église catholique et des évangéliques, le Sénat a rejeté, jeudi matin, la dépénalisation de l’IVG.

La loi actuelle date de 1921 et n’autorise l’avortement qu’en cas de viol ou de risque pour la vie de la mère.

La loi actuelle date de 1921 et n’autorise l’avortement qu’en cas de viol ou de risque pour la vie de la mère. Image: AFP

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Au pays du pape François, les convictions religieuses l’ont emporté sur le droit des femmes à choisir. Par 38 voix contre et seulement 31 pour, le Sénat argentin a rejeté, jeudi, le projet de légalisation de l’avortement jusqu’à la 14e semaine adopté en juin par la Chambre des députés. Devant le bâtiment, le résultat du vote a rendu muettes les dizaines de milliers de personnes qui avaient bravé la pluie sous des parapluies verts, couleur des partisans de la légalisation, alors qu’il a été applaudi de l’autre côté de la place par les détracteurs du projet.

La loi actuelle date de 1921 et n’autorise l’avortement qu’en cas de viol ou de risque pour la vie de la mère. L’interruption de grossesse reste un crime passible de quatre ans d’emprisonnement, malgré le fait que chaque minute et demie, une femme avorte dans ce pays d’Amérique latine.

Pourtant, la victoire en juin à la Chambre des députés et la mobilisation massive qui l’avait accompagnée laissaient penser que la marée verte irait jusqu’au Sénat. Mais au fil des semaines, la pression de l’Église catholique et des évangéliques s’est accentuée sur cette Chambre beaucoup plus conservatrice. De nombreux sénateurs se sont retranchés derrière leurs convictions religieuses et la nécessité de sauver les deux vies – celle de la mère et celle du fœtus – pour justifier leur vote.

«Un avortement ne sera pas moins tragique s’il se pratique dans une salle d’opération. L’objectif est qu’il n’y ait plus d’avortements en Argentine», a déclaré le sénateur Esteban Bullrich, ancien ministre de l’Éducation, fervent catholique et opposant à la loi. Sa présentation résume la position des groupes anti-avortement: l’embryon a des droits constitutionnels dès la conception.

Les défenseurs du projet ont concentré leurs arguments sur la reconnaissance d’une réalité qui existe, avec ou sans loi. «Ici, en Argentine, on avorte. Je l’ai vu parce que j’ai travaillé dans des hôpitaux. J’ai vu beaucoup plus de lésions utérines que vous ne l’imaginez», a déclaré la sénatrice Beatriz Mirkin, visiblement émue. Le cinéaste Pino Solanas, âgé de 82 ans, a prononcé l’un des discours les plus émouvants. Il a révélé qu’une petite amie de son adolescence avait dû avorter «parce qu’elle avait paniqué». Solanas a demandé aux dizaines de milliers de jeunes qui attendaient la fin du débat sous la pluie de ne pas baisser les bras. «Bravo les filles, ce soir est juste une courte pause, ce sera une loi, personne ne pourra arrêter la vague de la nouvelle génération», a crié Solanas pour clore son discours.

Aiguilles à tricoter

Selon des estimations non officielles, entre 350 000 et 450 000 femmes avortent chaque année en Argentine. Elles le font dans la clandestinité, avec des risques pour leur vie, en particulier les plus pauvres, qui ont recours à des méthodes dangereuses comme les cintres et même les aiguilles à tricoter.

Alors que les sénateurs débattaient, une femme de 35 ans et mère de cinq enfants luttait toujours pour sa vie après avoir subi un avortement clandestin à Mendoza, dans l’ouest du pays. Il y a moins d’une semaine, une autre de 22 ans est décédée d’une infection généralisée. Chaque année, près de 50 000 femmes souffrent de complications dues à des interruptions de grossesse et une cinquantaine en meurent.

Au fil des heures, l’atmosphère parmi les manifestantes devant le Sénat est devenue plus tendue. «C’est douloureux qu’ils ne nous écoutent pas, qu’ils parlent d’interventions chirurgicales quand les femmes avortent encore aujourd’hui à la maison», regrette Clara, une étudiante de 20 ans. Les sondages montrent une grande division de la société argentine sur l’interruption volontaire de grossesse, avec un léger avantage en faveur de sa légalisation, surtout parmi les plus jeunes. (24 heures)

Créé: 09.08.2018, 19h50

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