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ImmigrationLes Etats-Unis resserrent leurs frontières

Le décret anti-immigration de Donald Trump entre en vigueur jeudi, mais son champ d'application reste encore très flou.

Le décret interdit temporairement l'entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de six pays musulmans, ainsi qu'aux réfugiés du monde entier, mais il ne s'appliquera pas à qui pourra justifier d'une «relation valable avec une personne ou une entité aux Etats-Unis». (Photo d'archives)
Le décret interdit temporairement l'entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de six pays musulmans, ainsi qu'aux réfugiés du monde entier, mais il ne s'appliquera pas à qui pourra justifier d'une «relation valable avec une personne ou une entité aux Etats-Unis». (Photo d'archives)
AFP

Qui sera admis, qui sera refoulé ? Les nouvelles restrictions d'entrée aux Etats-Unis prévues par le décret anti-immigration de Donald Trump sont entrées en vigueur jeudi soir, les voyageurs des pays concernés et les associations de réfugiés s'inquiétant d'un risque d'arbitraire.

Après cinq mois de contentieux devant les tribunaux, de nombreuses questions restaient en suspens sur la plus controversée des mesures du président républicain, réinstaurée partiellement lundi par la Cour suprême à Washington. Le décret a officiellement pris effet jeudi à 20H00 (heure de Washington, soit vendredi 02h00 du matin en Suisse).

Le dispositif censé prévenir l'arrivée de «terroristes étrangers» interdit temporairement l'entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de six pays musulmans (Syrie, Libye, Iran, Soudan, Somalie et Yémen), ainsi qu'aux réfugiés du monde entier. Mais sa portée a été limitée par les hauts magistrats: le texte exempte quiconque pouvant justifier d'une «relation valable avec une personne ou une entité aux Etats-Unis».

«Famille proche»

Ainsi, quelqu'un venant rendre visite à un membre de sa «famille proche» sera admis. Tout comme le sera un étudiant intégrant une université américaine ou un salarié recruté par une entreprise locale. Ou encore un professeur convié à donner une conférence aux Etats-Unis.

La notion de «relation valable» a plongé les juristes dans la perplexité. Comment un réfugié syrien pourrait-il prouver l'existence d'un lien préalable entre lui et les Etats-Unis, se sont-ils demandés.

Dans un câble adressé aux ambassades américaines et dans une conférence téléphonique ouverte à la presse jeudi, des responsables gouvernementaux ont tenté de rassurer et d'apporter des clarifications.

Belle-fille oui, grand-mère non

«Nous nous attendons à ce que tout se déroule sans problème», a assuré l'un de ces responsables.

La notion de «famille proche» regroupe «les parents (y compris les beaux-parents), les époux, enfants, fils ou fille adultes, gendres, belles-filles et membres de la fratrie, qu'il s'agisse de frères et soeurs entiers ou de demi-frères et demi-soeurs», a précisé le télégramme diplomatique.

Sont donc exclus les grands-parents, petits-enfants, oncles et tantes, neveux et nièces, cousins, fiancés, beaux-frères et belles-soeurs.

La «relation valable» doit selon l'administration être «formelle, documentée et avoir été établie dans des circonstances ordinaires plutôt que dans l'objectif d'échapper au décret».

Pas de touristes

Une simple réservation hôtelière ne sera pas considérée suffisante pour qu'un touriste originaire d'un des six pays obtienne un visa, cela même dans le cas où il aurait déjà versé de l'argent.

Le tri s'effectuera au niveau des ambassades à l'étranger et le gouvernement s'attendait à un impact limité sur le sol américain. Mais, dans certains aéroports, on était dans l'expectative.

«Le monde a le regard braqué sur les Etats-Unis», confiait à l'aéroport Kennedy de New York Murad Awawdeh, de la New York Immigration Coalition.

«Cette administration est en train de redéfinir ce qu'est une famille. J'ai été élevée par mes grands-parents, donc je ne peux imaginer qu'ils soient considérés comme extérieurs à la famille», relatait de son côté Rama Issa, directrice de l'Arab American Association of New York.

Eviter le chaos

«Je suis fiancée et vais me marier. J'ai de la famille aujourd'hui en Syrie, non seulement mon père mais aussi des oncles et tantes que j'aimerais bien voir à mes noces, mais hélas ils ne pourront pas venir», ajoutait-elle.

Sans nul doute, les autorités américaines ne veulent pas voir se reproduire le chaos qu'avait causé le 27 janvier la mise en oeuvre d'une première version du décret migratoire.

Celui-ci avait déclenché des réactions outrées tout autour de la planète, tandis que les aéroports américains avaient été les théâtres de vastes manifestations spontanées, des arrivants s'étant retrouvés brutalement détenus et menacés d'expulsion.

Cette fois, «il y a des chances de voir se produire une certaine confusion, même s'il est trop tôt pour le vérifier. Nous serons prêts au cas où les gens ont besoin de nous», a déclaré à l'AFP Gregory Chen, de l'American Immigration Lawyers Association.

Le premier décret avait été suspendu le 3 février par un juge fédéral, tout comme l'avait été la deuxième mouture du texte en mars. Les magistrats avaient justifié ces blocages car selon eux, le décret visait de façon discriminatoire les musulmans.

Les Etats-Unis «claquent la porte»

Des associations de défense des droits de l'homme s'insurgeaient jeudi. «Ils devraient souhaiter sauver le plus grand nombre possible de réfugiés. Au lieu de quoi ils ont proposé une interprétation très étroite qui suspend les programmes de réfugiés à l'exception de ceux qui ont été liens familiaux très étroits», a déploré Chris George, directeur de l'Integrated Refugee and Immigrant Services, une agence de réinstallation des réfugiés de New Haven, dans le Connecticut.

Directrice juridique du National Immigration Law Center, Karen Tumlin estime pour sa part que ces nouvelles directives établies à l'usage des agents consulaires des Etats-Unis auront pour résultat de «claquer la porte à tant de gens qui attendent depuis des mois, voire des années, de pouvoir être réunis avec leurs familles».

L'Etat d'Hawaï a de son côté demandé à un juge fédéral d'Honolulu d'examiner si l'exclusion de certains liens de parenté était en contradiction avec l'arrêt de la cour suprême, notamment si des grands-parents ou un ou une fiancée devaient être écartés de la «famille proche».

afp/ats

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