Les feux en Amazonie enflamment les esprits

CatastropheCes derniers jours, les incendies qui ravagent la forêt amazonienne depuis des semaines sont devenus la source d’une inquiétude mondiale. La situation décryptée en 5 points.

Des terres calcinées dans la province bolivienne de Santa Cruz. Les incendies ne se limitent pas au Brésil mais concernent aussi les pays voisins.

Des terres calcinées dans la province bolivienne de Santa Cruz. Les incendies ne se limitent pas au Brésil mais concernent aussi les pays voisins. Image: AP

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A la fin de la saison des pluies, au mois de juillet, la forêt amazonienne devient plus vulnérable. Et chaque année, comme n’importe quelle autre étendue d’arbres sur la planète, elle subit son lot d’incendies. En temps normal, les scientifiques les estiment nécessaires, puisqu’ils contribuent au processus de régénération d’une forêt. Pour autant que l’on reste dans des proportions naturelles. Au Brésil, cela n’est plus le cas au vu du nombre de foyers qui consument actuellement le poumon vert de la Terre.


A lire l'édito: Vraie forêt, fake news, l’Amazonie tel un brûlot


Au moment où l’ensemble de la planète observe, impuissant, les flammes ravager la forêt amazonienne, des questions se posent. À qui faut-il en imputer la faute? De quelle manière cette destruction de l’Amazonie se répercutera sur le reste du monde? Et, au vu de l’impuissance des autorités locales, faudrait-il mettre en place une aide internationale? Décryptage de la situation en 5 points clés.

1. Pourquoi la crise est devenue mondiale?

Lundi 19 août, São Paulo se retrouve plongée dans le noir pendant plus d’une heure. La mégapole étouffe ce jour-là sous une épaisse couche de fumée. Alors que leur forêt se consume depuis des semaines, les Brésiliens se rendent compte de l’ampleur du désastre en cours.

Grâce aux réseaux sociaux et à l’apparition de hashtags comme #PrayforAmazonia, les informations commencent à circuler et à alerter le reste du monde. Au cours de la semaine, la crise brésilienne devient internationale après quelques tweets. En hommage à Jacques Chirac, Emmanuel Macron débute le sien avec: «Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu.» Le président français y précise encore que l’état de la forêt serait abordé durant le week-end, lors de la réunion du G7 à Biarritz.

2. Est-ce une vague inédite d’incendies?

Toujours sur les réseaux sociaux, la circulation de photos n’ayant aucun lien avec les incendies en cours laisse planer le doute sur l’ampleur de la catastrophe. L’Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE) a toutefois bien recensé 75'336 feux dans le pays depuis le 1er janvier jusqu’au 21 août. À titre de comparaison, cela représente 84% de foyers en plus qu’à la même période en 2018.

Si la situation est alarmante, elle n’est malheureusement pas inédite. «Elle renoue avec une période que l’on pensait ne plus revoir. Durant la première décennie du XXIe siècle, il y a eu des années avec largement plus de foyers au Brésil», explique François-Michel Le Tourneau, directeur au CNRS et auteur d’un ouvrage sur l’Amazonie. En 2003, le pays recense par exemple 103'000 foyers. Deux ans plus tard, ce nombre dépasse les 119'000 incendies.

Le Brésil n’est actuellement pas le seul pays concerné, puisque les pays voisins, à l’exemple du Pérou ou de la Bolivie, souffrent aussi d’une vague d’incendies. Pour le moment, la superficie exacte détruite par les flammes reste difficile à évaluer, mais Greenpeace parle déjà «de jours noirs pour la biodiversité, le climat, les indigènes ainsi que les animaux d’Amazonie».

3. Qui est responsable d’un tel désastre?

«Les plus forts soupçons pèsent sur les ONG.» Mercredi, le président brésilien, Jair Bolsonaro, les accusait d’avoir provoqué ces incendies afin de «jeter le trouble sur le Brésil». Un collectif regroupant 118 signataires s’est empressé de lui répondre: «Bolsonaro n’a pas besoin des ONG pour cramer l’image du Brésil dans le monde entier.»

Selon François-Michel Le Tourneau, le nouveau président peut clairement être désigné comme l’un des maillons responsables du désastre en cours. «Au Brésil, il existe des lois empêchant les paysans de déforester ou de défricher par le feu durant la période sèche. Mais aujourd’hui elles sont bafouées, puisque Bolsonaro déclare qu’ils n’ont plus besoin d’en tenir compte», affirme le spécialiste.

Avec le soutien du président brésilien, la déforestation a ainsi repris de plus belle. Durant le seul mois de mai, la planète perdait 739 km2 de forêts primaires au Brésil. À titre de comparaison, un tel rythme de coupe d’arbres n’avait plus été observé dans le pays depuis dix ans.

4. Faut-il une aide internationale?

Vendredi, Bolsonaro s’est dit impuissant face à l’ampleur de la crise. «L’Amazonie est plus grande que l’Europe, comment combattez-vous des incendies dans une zone aussi vaste? Nous n’avons pas les ressources pour cela», répondait-il aux journalistes. L’homme d’État ne compte toutefois pas laisser d’autres pays l’aider à résoudre cette crise. «Car comme une majeure partie de l’extrême droite brésilienne, Bolsonaro est totalement paranoïaque. Il est convaincu de l’existence d’un complot de l’étranger pour s’approprier l’Amazonie», détaille François-Michel Le Tourneau.

Après avoir accusé Emmanuel Macron d’avoir une «mentalité colonialiste dépassée» à la suite de son tweet, Jair Bolsonaro a assuré, dans une vidéo diffusée sur Facebook, que les pays envoyant de l’argent ne le faisaient pas par charité, mais avec l’objectif «d’interférer dans la souveraineté du Brésil».

5. Quel en sera l’effet pour la planète?

Naturellement, la destruction par les flammes de l’Amazonie n’est pas une bonne nouvelle pour la planète. Étant donné que la forêt capte une partie de nos émanations de CO2, sa disparition représente un accroissement du carbone participant au réchauffement climatique.

Depuis quelques années, la dynamique forestière est pourtant déjà chamboulée par les changements du climat. Elle se manifeste par une croissance accélérée des arbres. En arrivant trop rapidement à maturité, ils captent moins de CO2, ce qui inquiète grandement les scientifiques. À terme, la forêt amazonienne pourrait perdre sa fonction de «puits de carbone», voire commencer à en émettre.

Si cette détérioration se poursuit, c’est aussi tout le cycle des pluies qui risque d’être chamboulé. Aujourd’hui déjà, les observations montrent que les saisons des pluies sont plus courtes et tardives qu’auparavant.

Reste la grande inconnue: où est le point de bascule? À quel moment aura-t-on trop tiré sur la corde pour aboutir à ce scénario disponible sur le site The Brazilian Report: «Quand une certaine proportion de la forêt sera détruite – les scientifiques estiment qu’un autre cinquième de l’Amazonie suffira à déclencher le processus –, la région sera au-delà du salut. La forêt commencera à se dessécher et à brûler, tandis que la biodiversité amazonienne périra.»

Créé: 23.08.2019, 21h07

«Signer avec le Mercosur aggravera la déforestation»

Ils étaient plusieurs centaines à défiler vendredi à Genève, Lausanne, Berne, Zurich ou Bâle, répondant à l’appel du mouvement des grèves du climat. Les feux qui ravagent l’Amazonie suscitent l’inquiétude de la population, mais aussi des politiques.

Car la Suisse est en train de négocier un accord de libre-échange avec le Mercosur, marché commun d’Amérique du Sud, dont le Brésil est le moteur. «Ce qui se passe en Amazonie n’est pas une catastrophe naturelle comme les autres, réagit Fabian Molina (PS/ZH). C’est une conséquence directe de la déforestation que mène le Brésil pour avoir davantage de terres agricoles. Or une étude de l’Université de Berne montre clairement que les accords de libre-échange ont un impact négatif sur l’environnement.»

En clair, signer avec le Mercosur entraînerait une hausse des produits importés issus de la déforestation et aggraverait la situation.

Une analyse que rejoint Adèle Thorens (Verts/VD). «Ça revient à légitimer ce qui est en train de se passer au Brésil.» La mobilisation peut-elle freiner la signature
d’un accord qu’on dit à bout touchant? «Aujourd’hui, il y a beaucoup d’émotion, car les gens sont marqués par les images de l’Amazonie, mais dans quelques mois, quand le parlement devra voter, il n’est pas sûr qu’elle soit encore là.» La Vaudoise en sait quelque chose. En 2017, elle a tenté de faire inscrire les écocides dans le droit international pour pouvoir en faire un crime et mettre fin à l’impunité de ceux qui portent atteinte à des ressources qui concernent la planète entière. En vain. Mais elle prévient: «Même si c’est un dossier difficile, nous allons continuer à nous engager.»

À droite, pourtant, les mentalités changent. «Il faut être prudent avec les conditions dans lesquelles les denrées importées sont produites sur place, admet Damian Müller (PLR/LU). Il y a une pression populaire pour préserver l’environnement, que l’on retrouve dans l’initiative «Pour des multinationales responsables».
Pour lui, c’est aussi à la Suisse de faire entendre cette sensibilité pour changer les mentalités dans les pays avec lesquelles elle commerce. Il propose de s’inspirer de l’accord conclu par l’Union européenne (UE) avec le Mercosur, qui contient des clauses environnementales.
À la télévision allemande, l’eurodéputée Verte Anna Cavazzini émettait toutefois un sérieux doute. «S’il y a des violations de la part du Brésil, alors l’UE ne peut rien faire. Ces belles paroles risquent de ne pas pouvoir être appliquées.»

Les milieux économiques, eux, s’en lavent les mains. «Un accord de libre-échange, c’est un accord de libre-échange, ce n’est pas un accord environnemental ou social, rétorque Henrique Schneider, directeur adjoint de l’USAM. Signer avec le Mercosur, c’est une occasion économique. Comment le Brésil gère ensuite ses affaires, c’est de la politique interne.»

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