Les fils Bolsonaro, inquiétantes copies conformes de leur père

BrésilLe ton est le même et aucun ne fait dans la finesse. Les rejetons du président brésilien ont aussi le goût du pouvoir.

Eduardo Bolsonaro, 35 ans, est pressenti pour être nommé ambassadeur du Brésil aux États-Unis. L'idée a provoqué un tollé au sein de la communauté internationale.

Eduardo Bolsonaro, 35 ans, est pressenti pour être nommé ambassadeur du Brésil aux États-Unis. L'idée a provoqué un tollé au sein de la communauté internationale. Image: ERIK S. LESSER

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Ce sont les copies conformes de leur père. En mieux, si l’on est un inconditionnel des insultes, de l’invective, des dérapages verbaux et qu’on voit dans les armes le symbole ultime de la virilité. En pire, si l’on croit à l’égalité, à la justice, aux droits de l’homme, à la démocratie. Jair Bolsonaro a cinq enfants, dont trois fils aînés qui sont eux aussi engagés en politique. Depuis l’élection de leur père à la tête du Brésil, ils défraient régulièrement la chronique. Enivrés d’eux-mêmes et enhardis par la mainmise de leur géniteur sur le pays, ils participent à ce qui ressemble de plus en plus à un casse.

Les «trois zéros»

Leur père les a surnommés «1, 2, et 3». La presse brésilienne, qui ne les porte pas dans son cœur, les appelle les «trois zéros». Le numéro 1, c’est l’aîné, Flávio, 38 ans. Il est le plus discret mais ce n’est pas le moins actif. Conseiller municipal de Rio de Janeiro, député, puis sénateur depuis 2019, il a frayé avec les membres d’une milice paramilitaire et son nom apparaît dans des dossiers de corruption. Comme son père, il ne goûte guère de voir le reste du monde donner des leçons au Brésil lorsqu’il s’agit de préserver la forêt amazonienne. «En avril 2019, il a déposé un projet de loi visant à supprimer l’obligation des propriétaires ruraux de garder une réserve forestière sur leur domaine», rappelle Jean-Jacques Fontaine, journaliste et spécialiste du Brésil, qui publie «Amazonie en feu! État d’urgence» le 23 septembre chez L’Harmattan.

Le numéro 2, c’est Carlos Bolsonaro, 36 ans, surnommé «pitbull». Il est conseiller municipal de Rio de Janeiro depuis près de vingt ans. Comme son père, c’est un adepte des formules trash, nostalgique des vingt et une années de dictature militaire (1964-1985). Il a créé la polémique en déclarant dernièrement que «dans le système démocratique, la transformation dont a besoin le Brésil ne se produit pas à la vitesse souhaitée, en admettant qu’elle se produise».

Nomination controversée

Enfin, il y a le numéro 3, Eduardo Bolsonaro, 35 ans, celui dont on parle le plus en ce moment. Élu député depuis 2015, il est pressenti pour être nommé ambassadeur du Brésil aux États-Unis. Une lubie de son père qui a soulevé un tollé. Ses diatribes contre les homosexuels n’ont rien à envier à celles de son géniteur.

Pas de doute, l’ADN familial est bien là. Eduardo Bolsonaro défend la peine de mort, la prison à vie ou encore le travail forcé des détenus. Sans surprise, c’est aussi un ardent défenseur de l’industrie agroalimentaire et des forces armées. Anticommuniste jusqu’au bout des ongles, il fait rarement dans la nuance. Le troisième des rejetons du président brésilien a également un goût prononcé pour les armes. Il en a toujours une sur lui et n’hésite pas à se mettre en scène en train de tirer dans des vidéos qu’il poste sur internet. Plusieurs clichés, dont un dernier pris lorsqu’il est allé voir son père à l’hôpital, le montrent avec un pistolet à la ceinture.

En 2014, Eduardo avait créé le scandale en exhibant une arme lors d’une manifestation pour la destitution de l’ex-présidente Dilma Rousseff. Son rêve? Un Brésil ultramilitarisé. En mai dernier, il a assuré que le pays «serait davantage pris au sérieux s’il détenait l’arme nucléaire».

Un sondage a montré que la population était majoritairement hostile à sa nomination au poste d’ambassadeur du Brésil aux États-Unis. L’opposition crie au népotisme et les diplomates sont effondrés. Le Sénat va devoir trancher. Un nouveau rapport de force se profile entre le président et ses opposants. Eduardo Bolsonaro n’a strictement aucune expérience en diplomatie. En revanche, il est très proche de Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump. Et son mentor n’est autre que Steve Bannon, l’idéologue américain d’extrême droite.

Le début d’une dynastie?

Le Brésil est loin d’en avoir fini avec la famille Bolsonaro. Un quatrième fils, Renan, 21 ans, étudiant en droit, ambitionne aussi de s’engager en politique. Est-ce le début d’une dynastie? Jean-Jacques Fontaine, qui connaît bien les rouages de la politique brésilienne, ne le croit pas. «Aujourd’hui, c’est un clan familial qui exerce une influence importante parce qu’il est très uni, mais avant l’élection de Jair Bolsonaro, il n’avait aucune visibilité. Il ne représente pas une formation politique claire.»

L’engouement de cette famille pour les idéologues de l’extrême droite serait en outre loin d’être partagé par les tenants du courant économique libéral qui se partagent le pouvoir avec lui pour l’heure. Et, paradoxe de l’histoire, rappelle Jean-Jacques Fontaine, face au clan Bolsonaro, «ce sont les militaires qui sont les plus fidèles défenseurs de la Constitution et de la démocratie».

Créé: 15.09.2019, 19h56

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