Immersion au pied de ce mur qui protège Trump de la destitution

États-UnisLa clôture promise à la frontière est le symbole du soutien infaillible de ses électeurs à un président menacé d’«impeachment».

Le nouveau pan du mur, construit à la sortie de la petite ville mexicaine de Sonoyta, ne couvre que 300 mètres.

Le nouveau pan du mur, construit à la sortie de la petite ville mexicaine de Sonoyta, ne couvre que 300 mètres. Image: DR

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«Salut les mecs, je suis au Mexique!» Jim Chilton, un cow-boy de 80 ans, est légèrement essoufflé après avoir rampé sous la vétuste barrière de fils barbelés qui sépare son immense et sauvage domaine, dans le désert de l’Arizona, de l’État de Sonora au Mexique. «Si un octogénaire peut le faire, n’importe qui peut le faire!» Il est près de midi en cette bouillante journée de septembre. Pour arriver jusqu’à la frontière qui alimente ses peurs, Jim Chilton s’est faufilé pendant plus d’une heure et demie au volant de son pick-up sur les chemins de terre serpentant entre les canyons de sa propriété.

Sous son chapeau, le vieux cow-boy scrute les collines et imagine les regards des cartels posés sur lui. «Je dirais qu’il y a dix à quinze guetteurs pour les cartels sur mon ranch, glisse-t-il. Nous sommes toujours observés et ils font transiter la drogue à travers mon domaine.» Pour prouver ce qu’il raconte, Jim Chilton a fait installer des caméras infrarouges qui filment ponctuellement des convois nocturnes de jeunes hommes vêtus d’habits militaires et munis de sacs à dos.

«Sale politique démocrate»

Ancien électeur démocrate, Jim Chilton réclame depuis longtemps la construction d’un mur le long de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Depuis 2016, il a trouvé en Donald Trump son champion. Il a même été invité à rencontrer le président des États-Unis en janvier de cette année. «Je lui ai dit: Monsieur le président, nous avons besoin d’un mur, raconte-t-il. Il a eu le génie de comprendre notre problème à la frontière. C’est pourquoi j’ai voté pour Trump et je pense qu’il va gagner en 2020. «Ne t’inquiète pas Jim, nous construirons le mur», m’a-t-il dit.»

Tout semble pourtant opposer le vieux cow-boy de l’Arizona et le milliardaire new-yorkais à la Maison-Blanche. Mais la promesse de Donald Trump et la certitude d’avoir un président qui se bat pour des gens comme lui ont fait de Jim Chilton un fidèle supporter du président. Et rien ne semble pouvoir ébranler cette foi, pas même le scandale qui pourrait conduire à la destitution de Donald Trump si le Congrès le reconnaît coupable d’avoir sollicité une ingérence ukrainienne dans le processus électoral américain. «Cette procédure de destitution est une fraude, assure Jim Chilton. Les démocrates veulent se débarrasser de Donald Trump. C’est de la sale politique.»

Ce sentiment est partagé par un gros tiers de l’électorat américain qui reste fidèle à Donald Trump en pleine tempête politique. Et le mur frontalier qu’il promet symbolise cet attachement existentiel au président. «Build the Wall!» (Construisez le mur!) est depuis 2016 le cri de ralliement des pro-Trump.

Donald Trump l’a bien compris. Bloqué par le Congrès pendant deux ans, le président américain a invoqué en début d’année une crise humanitaire et sécuritaire à la frontière des États-Unis avec le Mexique pour détourner des milliards de dollars alloués par les parlementaires à des projets militaires et les utiliser pour son nouveau mur.

«Une barrière ne change rien»

Avant son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2017, les États-Unis avaient déjà érigé un mur sur 1000 des 3200 kilomètres de frontière avec le Mexique. La construction du nouveau mur vient de débuter dans une réserve naturelle du désert de l’Arizona, à trois heures de voiture à l’ouest du ranch de Jim Chilton.

À l’heure actuelle, le nouveau mur se résume à un pan de 300 mètres à peine que l’on découvre à la sortie de la minuscule ville mexicaine de Sonoyta et du hameau américain de Lukeville, plantés dans une forêt de cactus.

Du haut de ses 9 mètres, le nouveau mur dans lequel Donald Trump a placé ses espoirs de réélection en novembre 2020 est nettement plus élevé que le mur construit par ses prédécesseurs. Il est surplombé d’une plaque de fer qui doit le rendre infranchissable. Le 19 septembre, Donald Trump s’était rendu dans la ville frontalière de San Diego en Californie pour vanter les mérites de son mur. «C’est un mur très puissant et jamais rien de comparable n’a été construit avant cela», s’était réjoui l’ancien promoteur immobilier.

À Sonoyta, les habitants regardent la construction du nouveau mur d’un œil amusé. «Ce mur-ci a 8 ans et les gens passent quand même», glisse Rafael, un agriculteur mexicain en montrant une barrière plus ancienne derrière sa maison. «Quel que soit le mur, les sans-papiers continueront à passer car si vous voulez une nouvelle vie, vous passez. Et il suffit de marcher un kilomètre plus loin et il n’y a plus de mur ni de barrière.»

Le pan de mur flambant neuf s’arrête abruptement en plein désert. À partir de là, plus rien n’empêche les clandestins de passer. «Peu importe que ce mur soit grand, beau, haut, conclut Rafael. C’est la guérilla. C’est une barrière pourrie et les cartels et les clandestins la briseront.»

Créé: 06.10.2019, 19h53

Plusieurs lanceurs d’alerte

Un deuxième lanceur d’alerte est prêt à témoigner que Donald Trump a mis sous pression le président ukrainien Volodymyr Zelensky en lui demandant de rassembler des informations compromettantes sur le candidat démocrate Joe Biden. Sur la chaîne ABC News, l’avocat Mark Zaid, qui représente déjà le premier lanceur d’alerte, a précisé que son nouveau client est lui aussi membre des services de renseignement.

Le cabinet d’avocats a ensuite ajouté, dans un tweet d’Andrew Bakaj: «Mon équipe représente plusieurs lanceurs d’alerte».
A.A

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