L’IVG à nouveau sur la table en Argentine

Droits des femmesPour la huitième fois en douze ans, un projet de loi visant à légaliser l’avortement doit être présenté ce mardi au Congrès argentin

La manifestation Pañuelazo pour le droit à l'avortement en Argentine.

La manifestation Pañuelazo pour le droit à l'avortement en Argentine. Image: Keystone

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Cette ultime tentative sera-t-elle la bonne? Presque un an après le dernier échec des pro-avortement à faire évoluer la loi en Argentine, un nouveau projet de légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sera soumis au parlement ce mardi pour la huitième fois depuis 2007. Dans cet État d’Amérique latine très divisé sur la question, et où l’IVG n’est autorisée qu’en cas de viol ou de risque vital pour la mère, le débat promet d’être virulent.

En juin 2018, un texte octroyant le droit à l’avortement jusqu’à la 14e semaine avait été adopté à la Chambre des députés, avant d’être rejeté deux mois plus tard par le Sénat, sous la pression des Églises catholiques et évangéliques. Et ce malgré la très forte mobilisation féministe du pays et les nombreux élans de solidarité internationaux qui se sont manifestés jusqu’à la semaine dernière. À l’occasion de la présentation du documentaire «Que sea ley» (Que la loi soit), de Juan Solanas, au Festival de Cannes, plusieurs stars du cinéma comme Penélope Cruz ou Pedro Almodóvar ont arboré le foulard vert, symbole du mouvement en faveur de la dépénalisation de l’avortement en Argentine, en signe de solidarité avec les actrices et militantes de ce pays qui exigent que l’IVG soit légale, sûre et gratuite. Huit mois durant, le réalisateur argentin Juan Solanas a suivi la lutte des militantes pro-choix, pour la légalisation de l’IVG en Argentine, où une femme meurt chaque semaine des suites d’un avortement clandestin.

Patrie du pape François

Selon l’ONG Amnesty International Argentine, près de 450'000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans ce pays. L’ONG précise également que, en 2013, 49'000 femmes ont été admises dans les hôpitaux publics pour des complications à la suite d’avortement dangereux et plus de 3000 ont succombé depuis 1983.

Dans le pays d’origine du pape François, qui a réitéré le 25 mai son opposition à l’IVG, qu’il a comparée à «engager un tueur à gages pour résoudre le problème», les conservateurs veillent au grain. En jouant sur l’objection de conscience des médecins et en retardant les procédures, les pro-vie ont ainsi contraint en février dernier une fillette de 11 ans violée par le compagnon de sa grand-mère à accoucher par césarienne à 5 mois de grossesse. Cette histoire a profondément choqué le pays, mais ce cas de figure est malheureusement fréquent en Argentine, où les autorités s’organisent souvent pour faire traîner les dossiers jusqu’à ce que le délai pour un avortement légal en cas de viol soit passé.

Enjeu électoral

Les pro-IVG sont conscientes que le vote de ce mardi devrait être le même que l’été dernier, mais elles veulent accentuer la pression en vue des élections présidentielle et législatives prévues fin octobre. Les militantes féministes qui ont «appelé à ne pas voter en octobre pour des candidates et candidats qui s’opposeraient à la légalisation de l’avortement», comme l’explique «Le Monde», misent sur un nouveau parlement pour changer la donne.

Selon les estimations de 2010 à 2014 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur les 56 millions d’IVG pratiquées annuellement dans le monde, 25 millions sont à risque, dont un tiers sont pratiquées dans les pires conditions de sécurité par des personnes incompétentes ayant recours à des méthodes dangereuses et invasives. Le risque concerne surtout les femmes originaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Créé: 28.05.2019, 18h07

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