Un livre explosif dénonce la zone de non-droit des océans

EnvironnementIan Urbina, grand reporter du «New York Times» parle de pollution, pêche illégale et esclavagisme dans une enquête choc.

Ian Urbina a dû se faire accepter par les pêcheurs, comme ici aux Philippines, pour décrire leurs conditions de vie. Image: IAN URBINA

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Plonger dans les eaux troubles de notre planète avec Ian Urbina demande d’avoir le cœur bien accroché. Extrait: «Long était frappé régulièrement avec une barre en métal. Certains jours, il n’avait qu’une heure de repos. Quand l’eau potable s’épuisait, les matelots volaient la glace infecte dans les barriques de poissons. Si l’un d’eux ne rangeait pas bien le matériel, on retenait le repas de la journée sur ses gages. Long avait souvent pensé à sauter par-dessus bord pour s’échapper. En trois ans d’esclavage, il n’avait jamais revu la côte.»

Des hommes maltraités, victimes d’un système de dettes, Ian Urbina en a croisé beaucoup lors de ces cinq années passées au large. Le journaliste américain et Prix Pulitzer s’est attaqué à la dernière frontière sauvage, sur laquelle travaillent plus de 56 millions de personnes et transite 90% du fret mondial. Un livre qui fait du bruit et qui devrait être adapté à l’écran par Leonardo DiCaprio et Netflix. Sa sortie mondiale coïncide avec la présentation cette semaine à Monaco du rapport des climatologues du GIEC sur l’état des lieux des océans et des étendues glacées. Et d’emblée, Ian Urbina pointe du doigt cet espace de non-droit au-delà des 200 milles nautiques des côtes. «Transporter le fret par mer est moins cher que par air, en partie parce que les eaux internationales sont exemptées des lois et de la bureaucratie des États. Ce n’est pas pour rien que les États-Unis ont choisi d’y détruire l’arsenal chimique de la Syrie, d’y détenir et d’y interroger des terroristes ou encore d’y immerger la dépouille d’Oussama ben Laden.»

Surexploitation

La surpêche, dont il est aussi question dans le rapport du GIEC, est l’exemple le plus criant de ce vide juridique. Le journaliste a côtoyé les forçats de la mer et assisté plus d’une fois au naufrage d’un bateau surchargé par un capitaine inexpérimenté et cupide. Des scènes terribles, des marins qui se noient, un commandant accroché en larmes à la barre. Et une surexploitation pratiquée aujourd’hui à tous les échelons. «Avec leurs méthodes de pêche, les navires industriels vident littéralement les océans, explique le journaliste. Les États qui leur accordent les permis ont besoin d’argent et ferment les yeux. Les petits navires, eux, appartiennent à des capitaines pauvres et désespérés qui ne sont pas conscients de la surpêche. Ils essaient juste de survivre.»

L’immensité des océans a aussi longtemps donné l’impression qu’ils regorgeaient de poissons, qu’ils étaient indestructibles et que leurs eaux pouvaient tout absorber: huiles, produits chimiques, eaux usées, poubelles, corps humains, plateformes pétrolières en fin de vie, «comme si tout pouvait disparaître dans un énorme trou noir…». À l’exemple de ces bateaux de croisière qui, par un tour de passe-passe, vident leurs hydrocarbures usagés et autres toxiques dans les eaux, s’épargnant ainsi des millions de dollars de frais de traitement une fois au port. Selon une recherche de l’Université du Delaware, paquebots et navires déversent chaque année plus de 300 millions de litres de boue de moteurs et d’eaux de cale soit, en trois ans, plus que les marées noires causées par la plateforme de BP Deepwater Horizon et le pétrolier Exxon Valdez.

Tous responsables

«Je pense qu’il y a une hypocrisie générale, résume le journaliste. Les gouvernements mettent en avant une rhétorique forte en sachant très bien qu’elle n’est pas appliquée. Les sociétés de pêche entachées par des scandales d’esclavagisme ou de crimes écologiques prétendent qu’elles subissent elles-mêmes des facteurs hors de leur contrôle, tels que l’économie mondialisée et le refus supposé des consommateurs à payer plus pour les biens ou les poissons qu’ils achètent. Et les consommateurs, y compris vous et moi, sont complices dans plusieurs de ces crimes, car nous voulons des prix toujours moins chers.»

À travers son enquête, Ian Urbina nous oblige finalement à voir l’océan comme un organisme vivant, «une créature à laquelle nous nous accrochons, comme un parasite sur le dos d’une baleine. Je ne me suis pas contenté d’étudier le parasite. Mais j’ai cherché à comprendre pourquoi il rendait la baleine si malade…»

Créé: 22.09.2019, 19h14

ONU: Un sommet pour le climat à New York

Les années 2015 à 2019 seront la période la plus chaude jamais enregistrée, a rapporté dimanche l’ONU. Un sommet pour le climat en présence d’une soixantaine de dirigeants mondiaux à New York doit débuter ce lundi.

«Le fossé n’a jamais été aussi grand» entre ce que le monde veut accomplir et la réalité des plans climatiques des pays, prévient le rapport. C’est ce fossé que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, veut commencer à combler en accueillant une soixantaine de dirigeants à la veille de l’Assemblée générale annuelle des Nations Unies, trois jours après les manifestations monstres de jeunes dans le monde.

La température moyenne pour la période 2015-2019 devrait être plus élevée de 1,1 °C par rapport à la période 1850-1900, indique ce rapport publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et qui fournit l’état des lieux le plus actuel sur le climat de la Terre. Charbon, pétrole et gaz ont poursuivi leur croissance en 2018 et la concentration de CO2 dans l’atmosphère devrait atteindre un nouveau pic à la fin de 2019, soit 410 parties par million. Dans l’état actuel des engagements des pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, la planète sera plus chaude de 2,9 à 3,4°C d’ici à 2100: les efforts anticarbone des pays doivent être multipliés par cinq pour contenir le réchauffement à 1,5 °C, comme le prévoit l’accord de Paris de 2015.

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