Les migrants s’agglutinent à la frontière avec les États-Unis

Mexique18'000 migrants croient au rêve américain malgré les nombreuses embûches semées par les autorités des deux pays.

Des migrants sur «La Bestia», le dangereux train de marchandises qu’ils empruntent pour traverser le Mexique.

Des migrants sur «La Bestia», le dangereux train de marchandises qu’ils empruntent pour traverser le Mexique. Image: Reuters

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Une politique «du mérite» pour mettre fin à une migration historiquement basée sur le regroupement familial: jeudi, le président américain, Donald Trump, a dévoilé sa proposition de réforme du système migratoire américain, qui instaurerait un système de points basé sur les compétences des candidats à l’asile. Une réforme qui ferait du système migratoire américain «l’objet de toutes les envies» et réduirait les demandes d’asile «frivoles», s’est enthousiasmé Donald Trump. Si la proposition a fait sursauter démocrates et républicains de concert, augurant d’un probable naufrage lors de son passage au Congrès, elle est révélatrice de l’état d’esprit du président face aux milliers de migrants qui s’entassent à la frontière sud des États-Unis.

Sous la pression continue du voisin américain, le Mexique a récemment donné un sévère tour de vis à sa propre politique migratoire. Arrivé au pouvoir il y a six mois, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador (gauche) a entamé son mandat en accordant aux migrants le droit de transiter et de travailler au Mexique sans restriction. L’appel d’air provoqué par cette main tendue – 12 000 demandes de visa en moins de quinze jours – a poussé les autorités mexicaines à faire précipitamment volte-face courant avril, alors que les arrivées de migrants à la frontière américaine battaient des records.

Coincés dans le sud du pays

Désormais, les migrants sont bloqués dans le sud du Mexique, où les autorités refusent de leur fournir un document de transit et multiplient les coups de filets musclés pour déporter ceux qui auraient tout de même poursuivi leur chemin. «Démanteler les caravanes n’empêchera pas les migrants d’avancer; cela va simplement les pousser dans les bras des passeurs», avertit Claudia León, spécialiste des migrations à l’Université ibéro-américaine de Mexico, qui note également une recrudescence de recours à «La Bestia» (la bête), le dangereux train de marchandises sur lequel se hissent les migrants pour traverser le Mexique.

Face à ce flux inédit que les associations qualifient de «crise humanitaire», les autorités américaines ont transformé la frontière avec le Mexique en goulot d’étranglement. Une fois au pied du mur, les migrants doivent s’inscrire sur une liste informelle, sorte de queue organisée en attendant de déposer une demande d’asile auprès des États-Unis. Les dossiers sont enregistrés au compte-gouttes. Dans certaines villes frontalières, mieux vaut verser un pot-de-vin pour s’assurer d’être en bonne place sur la liste… Selon une étude du Centre d’études États-Unis-Mexique de San Diego, plus de 18 000 migrants s’agglutinent actuellement le long de la frontière, alors que l’attente se compte désormais en mois. Certains, à bout de ressources, tentent de franchir la frontière illégalement. Début mai, un petit garçon de 10 mois a péri dans les eaux du Rio Grande alors que sa famille tentait de traverser le fleuve sur un radeau de fortune.

«Remain in Mexico»

À ce parcours du combattant s’ajoute désormais une nouvelle embûche: depuis janvier, les migrants ayant déposé une demande d’asile aux États-Unis sont priés de retourner attendre le verdict au Mexique. Cette initiative de l’administration Trump, baptisée «Remain in Mexico» et dont la légalité reste controversée, a déjà renvoyé plus de 5000 Centraméricains chez le voisin mexicain. «Ces protocoles ont pour objectif de dissuader les migrants d’exercer leur droit d’asile, pourtant reconnu internationalement», rappelle Karen Romero, de l’association frontalière American Friends Service Committee.

À Tijuana, principal poste frontalier du Mexique, 4800 migrants sont actuellement «sur liste d’attente» et 2000 autres y attendent le verdict de leur demande d’asile. Les refuges de cette ville, pourtant accoutumée aux visiteurs de passage, «sont pleins à 90%», avertit Karen Romero, qui pointe que ces abris «ne sont pas conçus pour héberger les gens sur le long terme». Le traitement d’une demande d’asile peut prendre jusqu’à deux ans, durant lesquels aucune procédure pour loger les migrants ou leur permettre de travailler au Mexique n’a été prévue. Une aubaine pour les groupes criminels, très actifs le long de la frontière nord, pour qui les migrants représentent une cible de choix. Une politique «mal pensée» pour l’activiste Rocio Meléndez, de Ciudad Juarez, et «qui laisse volontairement ces migrants dans les limbes du droit».

(24 heures)

Créé: 19.05.2019, 18h24

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