«Ce Noël, la Colombie croit au miracle d'un accord de paix en 2016»

PourparlersAncien facilitateur suisse, Jean-Pierre Gontard se veut optimiste: ce conflit de 50 ans qui a fait 220 000 morts sera réglé dans l’année.

Des représentants des FARC et du gouvernement colombien se serrent la main, le 15 décembre à La Havane.

Des représentants des FARC et du gouvernement colombien se serrent la main, le 15 décembre à La Havane. Image: Reuters

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La scène est surréaliste. Dans le cœur historique de La Havane communiste, une église désaffectée de la paroisse Saint-François d’Assise accueille un concert en hommage aux victimes d’un demi-siècle de conflit en Colombie, où depuis le début de la guérilla en 1964 plus de 220 000 personnes sont mortes, 6 millions ont dû fuir leur maison et des dizaines de milliers ont disparu. Assis au premier rang, face au grand crucifix, se tient Timoleón Jiménez, alias «Timochenko», de son vrai nom Rodrigo Londoño-Echeverry. Le commandant en chef des FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, est accompagné de cinq autres responsables de la rébellion marxiste-léniniste.

Alors que les cloches sonnent, les délégués du gouvernement de Bogotá viennent leur serrer la main longuement. «Du jamais vu! C’était il y a quelques jours, le 15 décembre. Un sérieux cadeau de Noël pour tous les Colombiens», s’enthousiasme Jean-Pierre Gontard. Pour l’ex-facilitateur suisse (1978-2008), l’espoir n’a jamais été aussi grand de voir les négociateurs déboucher sur un accord de paix en 2016.

Le président Santos martèle qu’un accord de paix sera signé le 23 mars. La guérilla, elle, dit qu’il y a encore trop à négocier. Le processus démarré en novembre 2012 est-il en panne?
Au contraire! Les pourparlers vont bon train. Le gouvernement et les FARC viennent d’annoncer, il y a dix jours, qu’un accord a été atteint sur le plus complexe des six chapitres de la négociation en cours à La Havane. La date du 23 mars est utilisée par le président Santos pour ne pas relâcher la pression. De la même manière, il affirme que rien n’est réglé si tout n’est pas réglé. C’est-à-dire que les accords partiels seront caducs s’il n’y a pas d’accord final. Sa méthode tient en deux points: objectif simple et échéance rapprochée. Il veut un cessez-le-feu bilatéral et un accord de paix. De leur côté, les FARC refusent de se faire dicter un calendrier par le gouvernement. Comme d’habitude. Mais tout le monde s’attend à un accord avant la fin 2016.

Quels enjeux sont déjà réglés?
D’abord, il y a eu la question de la répartition des terres. Qui a droit à quoi? Le cadastre est quasi inexistant ou alors frauduleux, donc il fallait trouver des solutions. Or, c’est allé très vite.
Deuxième enjeu: la problématique des cultures illicites de coca et des guérilleros accusés de participer à l’exportation de la drogue. Il a été convenu que cela ne sera pas considéré comme une infraction pénale mais comme un acte de guerre, c’est-à-dire essentiellement un moyen de financer la rébellion. La différence est capitale, car du coup les accusés ne seront pas extradés vers les Etats-Unis. Un tel accord n’a pu être atteint qu’avec le feu vert de Washington!
Troisième point d’importance: la garantie donnée aux guérilleros qu’ils pourront participer à la vie politique. Il faut savoir que depuis 1991, parmi les 6000 rebelles qui ont abandonné la lutte armée pour combattre par les urnes au sein de l’Union patriotique, la moitié d’entre eux ont été tués.
Enfin, dernier en date, ce mois de décembre a vu un accord sur l’indemnisation des victimes, celles de la guérilla comme celles des militaires ou des paras, mais aussi sur la création d’une Commission de vérité (où les aveux de crimes peuvent conduire à des réductions de peines) et d’un Tribunal de paix (pour juger les crimes contre l’humanité).

Que reste-t-il à négocier?
Il faut d’abord détailler les étapes du cessez-le-feu bilatéral. Les modalités de la fin des hostilités. En particulier la définition de zones d’influence. Les FARC en auront peut-être 15 ou 20 dans le sud du pays, dans des régions non stratégiques. Ensuite, il s’agira de décider comment ratifier l’accord de paix. Un vote du Parlement suffit-il? Faudra-t-il un référendum?

Cinq pourparlers ont échoué dans le passé. Pourquoi ceux-ci seraient-ils différents?
De part et d’autre, il y a là des négociateurs de très grande qualité. Et on sent une réelle volonté d’aboutir. Les FARC voulaient des pourparlers depuis longtemps. Or, le président Juan Manuel Santos, qui fut ministre de la Défense de son prédécesseur Alvaro Uribe, a fait reculer la guérilla sur le terrain mais veut à présent mettre fin à ce conflit de 51 ans. Il est décidé à entrer dans l’Histoire. Enfin, la guérilla sait qu’en cas d’échec, Santos sera battu par l’opposition, très à droite.

Vous dites que ces pourparlers sont «exemplaires». Pourquoi?
D’abord, ce sont les Colombiens eux-mêmes qui ont mené les travaux préparatoires, pas des diplomates étrangers. Ensuite, ils ont choisi le bon endroit: La Havane. En terre communiste, les FARC se sentent en sécurité. En le fait que Cuba est en plein rapprochement avec Washington rassure Bogotá.

Surtout, il n’y a pas de «feuille de route», avec ces échéances qui ont fait capoter tant de pourparlers. Il y a juste une liste d’enjeux à négocier, l’un après l’autre.

Créé: 23.12.2015, 13h36

Jean-Pierre Gontard. (Image: Pascal Frautschi)

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