En pleine crise avec Téhéran, Trump reçoit Ueli Maurer

États-UnisLa visite surprise du président de la Confédération s’est déroulée dans un contexte de tension interne à la Maison-Blanche sur l’Iran.

Ueli Maurer a été chaleureusement accueilli par Donald Trump, jeudi à la Maison-Blanche.

Ueli Maurer a été chaleureusement accueilli par Donald Trump, jeudi à la Maison-Blanche. Image: Keystone

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«Il était grand temps.» Parole de Donald Trump à Ueli Maurer lorsque le conseiller fédéral a fait remarquer, jeudi, au président américain qu’il était le premier président de la Confédération à être invité en cette qualité à la Maison-Blanche. Cette visite surprise d’Ueli Maurer s’est déroulée en pleine escalade de la crise entre les États-Unis et l’Iran, un pays dans lequel la Suisse représente les intérêts américains depuis quarante ans.


A lire l'édito: Quand Trump convoque Maurer


La crise iranienne et le rôle de la Suisse à Téhéran ont été abordés au cours d’une entrevue de près d’une heure, mais Ueli Maurer a souligné à plusieurs reprises, à l’heure de la conférence de presse, qu’il n’avait pas passé la majeure partie de son temps à parler d’Iran avec Donald Trump. «Si vous pensez que je ne suis venu ici que pour parler d’Iran, vous avez tort», a-t-il affirmé après avoir souligné que le rôle de la Suisse pour les États-Unis à Téhéran était «confidentiel». Ueli Maurer a confirmé avoir aussi rencontré John Bolton, le conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale.

Tensions à la Maison-Blanche

La Maison-Blanche est ébranlée par des tensions internes aussi bien sur l’Iran que sur le Venezuela, où la Suisse a entamé des démarches auprès du régime de Nicolas Maduro pour y représenter les intérêts américains. Le président vénézuélien ne les a pas encore acceptées, comme l’a confirmé Ueli Maurer jeudi.

«Monsieur le président, allons-nous partir en guerre contre l’Iran?» a crié un journaliste américain à Donald Trump au moment où celui-ci s’apprêtait à accueillir Ueli Maurer sur le parvis de la Maison-Blanche. «Je n’espère pas», a répondu Donald Trump. Il a parallèlement contesté sur Twitter les affirmations des médias sur ses désaccords dans la crise iranienne avec John Bolton et Mike Pompeo, son secrétaire d’État. Il a assuré que «différentes opinions» étaient exprimées mais c’est lui qui prenait une «décision décisive et finale».

Selon le «New York Times», Donald Trump a affirmé mercredi à son secrétaire à la Défense qu’il ne voulait pas de guerre avec l’Iran. Lors d’un meeting électoral la semaine dernière en Floride, le président américain avait dit à ses supporters qu’il espérait pouvoir rencontrer son homologue iranien, Hassan Rohani, et «négocier un accord juste».

Pour Jamsheed Choksy, un expert sur l’Iran à l’Université d’Indiana (centre des États-Unis), «une guerre est la dernière chose que veulent Donald Trump et Hassan Rohani». «Donald Trump veut pouvoir dire aux Américains qu’il a obtenu un meilleur accord que l’accord conclu par Barack Obama sur le nucléaire iranien», explique le professeur de relations internationales. «Il sait en revanche qu’un conflit avec l’Iran plomberait ses chances de réélection en 2020. Il est pris au piège de ses propres mots.»

«Bon flic, mauvais flic»

Pour l’expert, Donald Trump utilise son conseiller John Bolton et son secrétaire d’État, Mike Pompeo, dans le scénario classique du «bon flic, mauvais flic». «John Bolton et Mike Pompeo font monter la pression», poursuit Jamsheed Choksy. «Et Donald Trump tend la main à Hassan Rohani pour qu’ils puissent avoir une conversation. Dans ce contexte, la Suisse peut jouer un rôle clé en facilitant le contact.»

Ueli Maurer est pour sa part ressorti de sa rencontre avec Donald Trump avec l’impression que celui-ci voulait approfondir les relations avec la Suisse et conclure, à terme, un accord de libre-échange bilatéral. Le président de la Confédération a décrit son homologue américain comme quelqu’un de «très ouvert» et «direct» avec lequel «on peut bien trouver un terrain d’entente».


«La demande américaine est inédite»

Pour l’ancien ambassadeur François Nordmann, le voyage d’Ueli Maurer à Washington met la Suisse au cœur du jeu diplomatique.

Êtes-vous surpris de voir Ueli Maurer reçu par Donald Trump?
La règle, c’est que les présidents suisses ne vont pas à la Maison-Blanche car ils n’ont rien à dire au président des États-Unis. Certes, Jean-Pascal Delamuraz ou René Felber avaient été reçus car ils représentaient respectivement l’Organisation pour la coopération et le développement économiques et le Conseil de l’Europe. Ce qui est inédit cette fois-ci, c’est que les Américains sont demandeurs. Il sera question du Venezuela, peut-être de la Chine, où Ueli Maurer vient de se rendre. Mais la priorité évidente, c’est l’Iran.

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis ont atteint un seuil critique.
Oui, et ces derniers veulent renouer le dialogue. La Suisse, avec son rôle d’intermédiaire, est bien placée pour ce faire. Le président iranien, Rohani, avait d’ailleurs effectué une visite l’an dernier à Berne. Donald Trump souhaite sans doute entendre l’analyse que la Suisse fait de la situation. Et à l’inverse, avoir accès au président américain permet à Berne de connaître sa version des événements et non celle de son entourage.

Vous pensez à son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton?
Oui, il fait partie de ceux qui font entendre des bruits de bottes face à Téhéran.

Pensez-vous que Donald Trump ne souhaite pas de guerre avec l’Iran?
Depuis que les Américains sont sortis il y a un an de l’accord sur le programme nucléaire iranien, leur position a toujours consisté à dire qu’ils étaient prêts à négocier un nouvel accord. Cette proposition a essuyé le refus des Iraniens car elle impliquerait des concessions beaucoup plus larges que la seule question du nucléaire (ndlr: notamment le programme balistique et la présence militaire de l’Iran au Moyen-Orient). La différence aujourd’hui, c’est que la situation économique de la République islamique s’est détériorée, et Washington cherche à lui tendre une nouvelle perche.

C’est le message que Berne devra transmettre à Téhéran?
C’est probable, et l’étape suivante permettra d’en apprendre davantage si Ueli Maurer, Ignazio Cassis ou un haut fonctionnaire se rend rapidement en Iran.

Berne affirme qu’il sera question de l’accord de libre-échange entre les deux pays. Y croyez-vous?
Nous ne sommes en tout cas pas au stade de la négociation concrète sur ce sujet. Mais cela représente une occasion en or d’évoquer la question en fin d’entretien. D’autant plus que Donald Trump a sans aucun doute une opinion favorable d’Ueli Maurer car les deux hommes entretiennent une certaine parenté idéologique.

Marc Allgöwer

Créé: 16.05.2019, 23h15

Rares visites

Ueli Maurer
La visite d’un président suisse à la Maison-Blanche est un événement rare. Ueli Maurer est même le premier à être officiellement invité en cette qualité.

Elisabeth Kopp
En 1987, sous la présidence de Ronald Reagan, la Zurichoise est la première représentante du Conseil fédéral à être reçue à la Maison-Blanche.

Jean-Pascal Delamuraz
Un an plus tard, le Vaudois avait lui aussi été accueilli par Ronald Reagan mais en tant que représentant de l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE). En 1990, il avait effectué un second voyage à Washington afin de rencontrer cette fois le président George H.W. Bush.

René Felber
En 1992, le Neuchâtelois devient le premier président en exercice de la Confédération helvétique à se rendre à la Maison-Blanche. Mais s’il y avait lui aussi été reçu par George H.W. Bush, c’était en qualité de président du comité des ministres du Conseil de l’Europe.

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