Le président des États-Unis s’attaque à l’enquête qui le vise

RussiagateDonald Trump place un proche à la tête de la Justice. Un choix qui pourrait limiter la marge de manœuvre du procureur spécial Robert Mueller.

Devant la Maison-Blanche, comparée à une «annexe du Kremlin», ces manifestants anti-Trump affichent leur soutien au procureur spécial Robert Mueller. Le président a régulièrement souhaité la fin des investigations sur ses liens présumés avec la Russie.

Devant la Maison-Blanche, comparée à une «annexe du Kremlin», ces manifestants anti-Trump affichent leur soutien au procureur spécial Robert Mueller. Le président a régulièrement souhaité la fin des investigations sur ses liens présumés avec la Russie. Image: Twitter

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«Protégez Mueller». Ce message écrit avec des grandes lettres lumineuses par des protestataires, mercredi soir devant la Maison-Blanche, reflète l’inquiétude de l’opposition démocrate sur l’avenir de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller à l’annonce du renvoi du ministre de la Justice Jeff Sessions. Donald Trump reprochait depuis des mois à Jeff Sessions de s’être récusé de l’enquête de Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur les liens potentiels entre le clan Trump et le Kremlin.

Le remplaçant de Jeff Sessions s’appelle Matthew Whitaker. Cet homme âgé de 49 ans se distingue par sa loyauté au président. Le «Washington Post» a affirmé jeudi que le nouveau ministre de la Justice par intérim n’avait aucune intention de se récuser de l’enquête de Robert Mueller. Le quotidien cite deux sources sous couvert de l’anonymat selon lesquelles Matthew Whitaker n’approuvera pas une citation à comparaître du président des États-Unis si Robert Mueller la lui demande. Le procureur spécial négocie depuis des mois avec les avocats de Donald Trump pour pouvoir interroger le président dans le cadre de son enquête, mais n’est pas parvenu à un accord.

Critique acerbe de Mueller

Matthew Whitaker, un ancien procureur fédéral de l’Iowa, n’a cessé de critiquer l’enquête de Robert Mueller avant de rejoindre l’administration Trump en septembre 2017. Il a notamment été l’auteur d’une tribune diffusée par la chaîne CNN dans laquelle il affirmait que l’enquête de Robert Mueller allait «trop loin». Whitaker a aussi collaboré avec un politicien de l’Iowa proche de Donald Trump et inculpé par Robert Mueller dans le cadre de son enquête sur l’ingérence russe.

«C’est peut-être le premier pas du président Trump pour tenter de renvoyer le procureur spécial Robert Mueller», a réagi Noah Bookbinder, le directeur du groupe Citizens for Responsibility and Ethics (Citoyens pour la responsabilité et l’éthique) à Washington.

L’enquête de Robert Mueller a abouti à l’inculpation ou le plaider-coupable de 32 personnes dont Paul Manafort, l’ancien patron de la campagne de Donald Trump en 2016, Rick Gates, l’ex-numéro 2 de la campagne, et Michael Flynn, l’ancien conseiller de Donald Trump à la Sécurité nationale.

La crainte de Trump Jr.

Le président a annoncé le renvoi de Jeff Sessions le jour où le magazine «Politico» révélait que le fils de ce même président, Donald Trump Jr., aurait dit à ses proches de s’attendre à une possible mise en examen.

Donald Trump Jr. avait participé en juin 2016 à une réunion avec une délégation russe dans l’espoir d’obtenir des informations sur Hillary Clinton, l’adversaire démocrate de son père dans la course à la Maison-Blanche. Il était accompagné de Paul Manafort et de Jared Kushner, le beau-fils du président américain. Si Robert Mueller décidait d’inculper Donald Trump Jr., il devrait désormais demander le feu vert de Matthew Whitaker. Une nuance toutefois: le Congrès devrait être notifié si le nouveau ministre de la Justice rejetait les demandes de Robert Mueller.

Matthew Whitaker peut aussi renvoyer Robert Mueller et enterrer le rapport que lui remettra le procureur spécial à la conclusion de son enquête. Comme le représentant new-yorkais Hakeem Jeffries l’a affirmé mercredi soir sur la chaîne MSNBC, la nouvelle majorité démocrate de la Chambre des représentants aura le pouvoir d’exiger le rapport de Robert Mueller quand elle prendra le contrôle en janvier.

L’administration Trump pourrait néanmoins être tentée de se lancer dans une bataille juridique pour bloquer la remise de ce rapport aux démocrates. Joe Manchin, un élu démocrate de Virginie-Occidentale qui a mis en garde jeudi CBS contre le risque d’une crise constitutionnelle, a exprimé sur la chaîne son espoir de voir le Sénat voter rapidement un projet de loi empêchant Donald Trump de «mettre un voile à la dernière minute» sur l’enquête de Robert Mueller, qui menace sa présidence.

(24 heures)

Créé: 08.11.2018, 22h30

Robert Mueller, procureur spécial (Image: REUTERS/Jonathan Ernst)

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