La presse américaine fait face à «Big Brother»

SurveillanceFaut-il autoriser la récolte de données privées au nom de la sécurité du pays? Le débat est lancé aux Etats-Unis. Petite revue de presse, après les révélations de ce week-end.

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Washington a-t-il le droit de briser toutes les libertés individuelles pour assurer la sécurité des Etats-Unis? Les médias américains retournent depuis dimanche la question dans tous les sens à l'aune d’une double révélation.

Des fuites ont mis au jour la semaine dernière des pratiques inquiétantes du gouvernement américain sous couvert de la lutte antiterroriste.

L'Agence de renseignements (NSA) récolterait en douce sur internet les données personnelles de millions d’Américains. Et ce, depuis au moins 2007.

Ce dimanche, nouveau tollé: un certain Edward Snowden est sorti du bois. Cet ancien agent de la CIA a indiqué dans le Washington Post et le Guardian être à l'origine de ces fuites sans précédent.

Il assure avoir agi au nom de la morale: «Je ne suis pas différent des autres. Je n’ai pas de talents particuliers. Je suis juste un type qui, assis jour après jour derrière son bureau, regarde ce qui se passe et se dit: ce n’est pas à nous (la CIA, n.d.l.r.) de décider cela, c’est aux citoyens de décider si ces programmes de surveillance et cette politique sont bonnes ou mauvaises.» La polémique est lancée.

Edward Snowden assume son geste en rendant son identité publique. Il estime dans son interview avoir déjà changé quelque chose dans son pays en ouvrant le débat: «Tout le monde partout comprend maintenant combien la situation a dégénéré et en parle.»

Sur son site, le Wall Street Journal a décidé de demander l’avis de ses lecteurs sur la légitimité de ces surveillances. Résultat: 82,6% d’entre eux estiment que les pratiques de l’agence de renseignements américaine vont trop loin, contre 17,4% qui jugent au contraire «essentielles» ces incursions dans la vie privée des citoyens.

Google, Yahoo, Apple...

Le Time a opté de son côté pour un article chiffré. Celui-ci permet en un coup d’œil d’évaluer l’ampleur de la centralisation des données pratiquée ces dernières années par les services secrets.

Le programme de surveillance PRISM aurait ainsi coûté 20 millions de dollars aux contribuables américains depuis son lancement en 2007. Dix sortes de données ont été récoltées, dont des e-mails, des SMS, des photos, des vidéos, des fichiers transférés et des profils de réseaux sociaux.

En tout, neuf géants du web ont été infiltrés par l’agence de renseignements, dont Google, Yahoo, Apple, YouTube, Facebook, Skype et Microsoft.

Une loi datant de 1986

Pointu, le Business Insider revient sur un texte de loi passé dans l’indifférence en 1986… alors que les e-mails n’en étaient qu'à leurs balbutiements.

L’«Electronic Communications Privacy Act» stipule que le gouvernement peut avoir accès sans mandat officiel à tous les courriers électroniques d’un serveur six mois après son émission. Les méthodes employées par la NSA sont donc parfaitement légales, et «personne ne devrait s’en étonner», souligne l’article. Même s'il contredit le quatrième amendement de la Constitution américaine.

Le New York Times, lui, s’interroge sur ces géants du web qui ont dû autoriser – d’une manière ou d’une autre – les agents fédéraux à faire main basse sur les données privées de leurs clients. Un point encore fermement nié par les principaux intéressés.

En préambule, il rappelle que le monde de la technologie a toujours souhaité rester éloigné du monde politique aux Etats-Unis. Notamment pour éviter toute régulation, perçue comme la fin de l’innovation.

«Troublant, mais pas surprenant»

C’est donc vers les experts d’internet que le journal s'est tourné: «Le gouvernement aurait dû nous avertir qu’il faisait ces surveillances. Ceci suggère un problème plus fondamental: que nous ne contrôlons plus notre gouvernement», déclare Bob Taylor, l’un des développeurs d'internet dans les années 1960.

Un autre expert de la Silicon Valley, Christopher Clifton, dresse un constat plus cynique de la situation.

Pour lui, les Américains n’ont à s’en prendre qu'à eux-mêmes: «Nous poussons notre gouvernement à nous protéger tout en passant notre temps à mettre de plus en plus d’informations personnelles en ligne. Qu’une partie de ces données soient surveillées peut être troublant, mais ce n'est pas surprenant.»

Créé: 10.06.2013, 16h20

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