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Référendum pour ou contre un 4e mandat d'Evo Morales

Le président Morales pourra-t-il briguer un quatrième mandat jusqu'en 2025. Les Boliviens trancheront dans les urnes dimanche.

Evo Morales en campagne pour un 4e mandat présidentiel bénéficie d'un grand soutien populaire, fruit de ses succès en matière de lutte contre la pauvreté. L'opposition concentre ses attaques sur les affaires de corruption
Evo Morales en campagne pour un 4e mandat présidentiel bénéficie d'un grand soutien populaire, fruit de ses succès en matière de lutte contre la pauvreté. L'opposition concentre ses attaques sur les affaires de corruption
Keystone

Plus de six millions de Boliviens décideront dimanche s'ils autorisent Evo Morales à briguer un quatrième mandat jusqu'en 2025. Un référendum sous tension après la mort de six personnes lors du saccage d'une mairie d'opposition et sur fonds d'accusations de corruption.

usqu'à la semaine dernière, les partisans de la réforme de la Constitution pour permettre au plus ancien président en exercice d'Amérique latine de briguer un nouveau mandat en 2019 étaient à égalité avec les opposants. Mais les accusations qui le visent commencent à changer la donne et dans les derniers sondages, les tenants du non (47%) devançaient largement ceux du oui (27%).

Scandale de trafic d'influence

Si ce scénario devait se confirmer, il s'agirait de sa première défaite depuis son arrivée au pouvoir il y a dix ans, même si son parti le Mouvement vers le socialisme (MAS) a déjà subi quelques revers lors des élections municipales de 2015.

M. Morales, 56 ans et premier président amérindien de Bolivie, est éclaboussé par un scandale de trafic d'influence supposé en faveur de son ex-compagne, Gabriela Zapata, qui, à 28 ans, est une dirigeante de l'entreprise chinoise CAMC qui a signé des contrats avec le gouvernement pour 576 millions de dollars (516 millions d'euros). Plusieurs enquêtes sont en cours.

«Un agent de l'ambassade des Etats-Unis»

Près de deux semaines après le début de l'affaire, le président a réagi lors d'une sortie en public: «Quel trafic d'influence, tout est un montage de l'ambassade des États-Unis!» pour lui nuire lors du référendum, a-t-il déclaré.

Un ministre d'Evo Morales, Juan Ramon Quintana, a accusé le journaliste qui a dénoncé le scandale, Carlos Valverde, ancien responsable des services secrets dans les années 1990, d'être «un agent de l'ambassade des Etats-Unis». M. Valverde a rejeté l'accusation.

Polémique sur un incendie

Le chef de l’État pourrait également être affecté par les conséquences du saccage et de l'incendie de la mairie del Alto, contrôlée par l'opposition, où six personnes ont péri mercredi. Selon la maire, membre du parti d'opposition Unité Nationale (UN), ce coup de force a été dirigé par des anciens fonctionnaires proches du MAS, sous le coup d'une enquête pour des faits de corruption présumée.

Tandis que l'opposition concentre ses attaques sur les affaires de corruption, M. Morales et son vice-président Alvaro Garcia Linera, ont mis l'accent sur le développement économique que connaît le pays. Cet ancien berger de lamas, forgé dans le syndicalisme, a su amener la Bolivie à une stabilité politique sans précédent et une croissance économique soutenue, notamment en nationalisant les ressources naturelles.

Malgré l'effondrement des cours des matières premières, la Bolivie - qui fournit du gaz naturel au Brésil et à l'Argentine - prévoit une croissance moyenne de 5% sur la période 2016-2020.

Un grand soutien populaire

Sans compter qu'Evo Morales bénéficie toujours d'un grand soutien populaire, fruit de ses succès en matière de lutte contre la pauvreté, dans le pays le plus démuni d'Amérique latine. Cependant, la propagande et le discours du gouvernement «ne convainquent pas les gens, car ils ont embelli la gestion de Morales avec des mensonges», estime le politologue Marcelo Varnoux.

Pour son collègue Armando Ortuno, «cette campagne devient très 'sui generis' (spécifique à une personne, ndlr), il faut être prudent». Ce sont les indécis qui pourraient faire pencher la balance en faveur de Morales, poursuit-il. «A moins d'un changement radical, ils devraient être fidèles à leur vote historique. Avec ça et le vote à l'étranger, la messe pourrait être dite.»

En revanche, l'analyste Carlos Cordero croit savoir que «le non l'emportera avec dix points d'avance». Selon cet adversaire de Morales, «quand elles dépassent les deux mandats, les gestions deviennent opaques, c'est-à-dire qu'elles empêchent un contrôle social et c'est la porte ouverte à la corruption».

(ats)

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