Les républicains serrent les rangs pour défendre Donald Trump

Midterms 3/4À quatre jours des élections au Congrès, les partisans du président redoutent une victoire des démocrates pas assez «patriotes».

Nancy Garrett (à g.) affiche son amour du président 
sur sa maison de San Antonio.

Nancy Garrett (à g.) affiche son amour du président sur sa maison de San Antonio. Image: Jean-Cosme Delaloye

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«Oh say, can you see…» La salle se fige quand JP Lane, un ancien démineur de l’armée américaine, qui a perdu ses deux jambes en 2011 en sautant sur une bombe en Afghanistan, se met à chanter l’hymne national américain. Rick Perry, ancien gouverneur du Texas, qui est aujourd’hui ministre de l’Énergie de l’administration Trump, a mis sa main sur le cœur. Tout comme Chip Roy, candidat républicain au Congrès, qui fait campagne en ce vendredi soir d’octobre dans un quartier aisé de San Antonio, grande ville du sud du Texas.

«By the dawn’s early light…» La voix pop et soyeuse de JP Lane est reprise en chœur par la foule, à grande majorité blanche et plutôt âgée. Avant d’entonner l’hymne américain, l’assemblée avait prié avec un révérend, implorant une bénédiction divine pour que les républicains puissent sauver leur majorité lors des législatives américaines de mi-mandat du 6 novembre, car «ils défendent Dieu et le patriotisme».

Son amour de la bannière étoilée et sa foi motivent JP Lane, 30 ans, à s’engager pour Donald Trump et les conservateurs. «Je n’ai jamais été invité à chanter par un démocrate», affirme-t-il à l’extérieur de la salle des fêtes peu après sa prestation. «Les anciens combattants sont mieux traités avec Donald Trump. Mais il y a encore du travail, car on ne peut pas réparer un pays et une armée en deux ans.»

JP Lane, un ancien démineur, a perdu ses deux jambes en 2011 en sautant sur une bombe en Afghanistan. Photo: Jean-Cosme Delaloye

JP Lane a retroussé son jean sur sa prothèse gauche. Un tatouage tribal recouvre les cicatrices sur son bras droit. Impossible non plus de ne pas remarquer sa cicatrice à la trachée. «J’ai été dans le coma pendant un mois et demi, j’ai été hospitalisé pendant une année», poursuit l’ancien combattant, qui fait carrière dans la musique. «Je suis mort deux fois sur la table d’opération. Je ne devrais pas avoir survécu, mais Dieu m’a gardé en vie.»

Lien improbable

Le lien entre JP Lane, le miraculé texan de l’Afghanistan, et Donald Trump, le président new-yorkais qui s’est fait réformer pour échapper à la guerre du Vietnam, est aussi fort qu’improbable. Mais dans des États-Unis profondément divisés, Donald Trump s’est assuré le soutien indéfectible de JP lorsqu’il s’en est pris à Colin Kaepernick. La star du football américain avait mis un genou à terre pendant l’hymne américain en 2016 pour protester contre les bavures et brutalités policières sur des Noirs. «Pourquoi manquer de respect au drapeau quand vous vivez dans ce pays?» questionne JP Lane. «La majorité des soldats est d’accord avec Trump car le patriotisme est notre âme.»

«La majorité des soldats est d’accord avec Trump car le patriotisme est notre âme»

Jp Lane, ancien démineur qui a perdu ses jambes en Afghanistan

Tex Hall, un ancien officier texan de l’armée, qui a étudié dans la prestigieuse école militaire de West Point, à New York, boit une bière en écoutant JP Lane. Il a fière allure avec son stetson, son ceinturon et son jean parfaitement repassé. «Notre forme de gouvernement était révolutionnaire à l’époque», affirme-t-il en insistant sur la nécessité pour les républicains, selon lui, de défendre la Constitution américaine face aux démocrates. «Nous avons récolté les meilleures idées sur la démocratie et notre Constitution en est le résultat. Il ne faut pas y toucher. Les mots ont une signification, m’a dit un jour un colonel. C’est simple, mais profond.»

À l’intérieur de la salle des fêtes, le candidat conservateur Chip Roy prêche à une centaine de convaincus. À l’extérieur, alors que la nuit fraîche tombe sur San Antonio, Tex Hall a flairé le scepticisme du journaliste qui lui demande si Donald Trump ne s’est pas affranchi de la sémantique et de la vérité. «Trump est un homme d’affaires new-yorkais», assure-t-il en mâchant son tabac. «Il dit beaucoup de choses et il faut apprendre à filtrer beaucoup de cette m… typiquement new-yorkaise. Quand Trump balance sa m…, il sait où il va. Il fait diversion. Et pendant que les gosses (ndlr: ses adversaires et la presse) se focalisent sur ses propos, il suit sa ligne.»

Tex Hall reconnaît que la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump contre la Chine, le Canada et le Mexique notamment a nui aux ranchers (éleveurs) comme lui, mais il souligne que cette approche a permis au président de renégocier avec succès le traité de libre-échange nord-américain. «Être un bon leader consiste à mettre en place les conditions pour nous permettre de réussir», déclare-t-il. «Nous allons faire des affaires et avoir de bonnes relations avec les autres pays.»

La crainte de l’immigration

Au Texas, un État républicain et historiquement blanc, dans lequel la communauté hispanique, généralement prodémocrate, croît rapidement, la crainte de l’immigration illégale est omniprésente chez les pro-Trump. Le lendemain matin, rencontre avec Nancy Garrett. «Nous aimons le président Trump», affirme le panneau que la septuagénaire a accroché sur la terrasse de sa modeste maison de San Antonio. «Le président est fantastique, mais les gens ne font que de le critiquer», explique-t-elle. «Il fallait bien que quelqu’un le défende.» Pendant qu’elle dresse la liste des avantages dont bénéficient, selon elle, les immigrés illégaux au détriment des Texans, une voiture passe devant son jardin. «Trump, enc…» hurle le conducteur par sa fenêtre ouverte. Nancy sourit et lui répond avec un doigt d’honneur.

(24 heures)

Créé: 01.11.2018, 21h48

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