Rosie Perez témoigne au troisième jour du procès d’Harvey Weinstein

ProcèsL'actrice a corroboré les accusations de viol d’Annabella Sciorra en 1993. Le reportage de notre correspondant.

Image: AFP

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«Je m’appelle Rosa Marie Perez. Je suis née et ai grandi à Brooklyn, New York». Dans le box des témoins du procès d’Harvey Weinstein à New York, Rosie Perez se présente aux jurés d’une voix douce en ce vendredi après-midi. Les avocats de l’ancien producteur ont en vain tenté dans la matinée d’empêcher la comparution de l’actrice de 55 ans, mais le juge leur a donné tort et autorisé un nouveau témoignage potentiellement à charge contre l’ancien producteur hollywoodien. Car l’histoire que Rosie Perez s'apprête à raconter aux jurés est celle d’un coup de téléphone à son amie Annabella Sciorra un soir de 1993. «Je lui ai dit: «Hey, Annabella, comment vas-tu?» «Mais elle parlait de manière bizarre, poursuit la témoin. Elle parlait d’une voit sourde comme si elle se cachait de quelqu’un».

«Je crois que j’ai été violée»

L’actrice se met alors à chuchoter pour imiter la voix d’Annabella Sciorra et reprend le cours de son récit. «Elle m’a dit: quelque chose de mal s’est passé. Je crois que j’ai été violée». Rosie Perez, très émue, dit alors avoir conseillé à son amie d’appeler la police. «Elle m’a répondu: Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne peux pas!» Harvey Weinstein qui paraissait somnolent plus tôt dans la matinée, prend des notes, chuchote à ses avocats. Rosie Perez poursuit et raconte comment Annabella Sciorra a raccroché ce soir-là et refusé de prendre ses appels pendant toute la nuit. «J’étais si inquiète car elle refusait de répondre», glisse Rosie Perez.

Vingt-quatre heures plus tôt, Annabella Sciorra avait décrit son viol présumé aux jurés, perpétré par Harvey Weinstein en 1993. Elle leur avait donné des détails qui se retrouvent dans le témoignage de Rosie Perez. Comme la chemise de nuit blanche qu’elle portait le soir où l’ex-producteur de cinéma aurait abusé d’elle.


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Toujours assise dans le box des témoins, Rosie Perez enchaîne, très émue, sur une conversation avec son amie quelques mois plus tard à Londres, lors de laquelle elle apprend l’identité de l’agresseur présumé: «Elle m’a dit qu’Harvey Weinstein l’avait, en fait, violée. Je lui ai dit qu’elle devrait aller à la police. Elle m’a répondu: Je ne peux pas. Il me détruira.»

Quand l'accusation appelle un détective privé

Au cours de son contre-interrogatoire, Damon Cheronis, l’avocat d’Harvey Weinstein, tente de contre-attaquer sous le regard fixe de son client qui mâche un chewing-gum. Il s’étonne que Rosie Perez ne soit pas allée prendre des nouvelles de son amie, le soir de 1993 où elle a appris l’agression. «Je voulais respecter la décision d’Annabella de ne pas vouloir en parler et j’étais en état de choc.» Damon Cheronis s’étonne que Rosie Perez se souvienne de détails précis comme la chemise de nuit qu’Annabella Sciorra portait, il y a 27 ans. «Avez-vous parlé avec Madame Sciorra hier à l’issue de son témoignage?, demande l’avocat. Non», rétorque l’actrice sans hésitation.

Avant le témoignage de Rosie Perez, l’accusation a appelé vendredi à la barre Sam Anson. Ce détective privé de Los Angeles avait été contacté en août 2017 par Harvey Weinstein pour qu’il enquête sur certaines personnes qui «donnaient des informations à des journalistes préparant des articles sur des femmes prétendant avoir été victimes d’un comportement sexuel dégoûtant» de la part d’Harvey Weinstein.

Dans un bref email envoyé le 8 août 2017 par Harvey Weinstein quelques mois avant que le scandale ne soit révélé par les médias américains, l’ancien producteur avait écrit à Sam Anson que «les Red Flags (littéralement «drapeaux rouges» une expression anglaise signifiant signaux d’alerte) [étaient] les premiers à appeler». Harvey Weinstein avait ajouté une pièce jointe à son email avec une liste de noms dont certains étaient en rouge. Parmi eux, celui d’Annabella Sciorra.

Barbara Ziv, une psychiatre qui avait déjà témoigné lors du procès du comédien Bill Cosby en 2018, a aussi été entendue vendredi. L’experte avait été appelée par l’accusation pour parler des «mythes associés au viol», selon lesquels ces viols seraient dans leur majorité perpétrés par des inconnus et que les victimes résistaient à leurs agresseurs. Barbara Ziv a aussi expliqué aux jurés que, contrairement aux idées reçues, les victimes d’une agression sexuelle ne rapportent souvent pas ce qui leur est arrivé et gardent dans de nombreux cas un contact avec leur agresseur.

Une journée «compliquée» pour Harvey Weinstein

Ce témoignage académique que Damon Cheronis s’est évertué à discréditer dans un contre-interrogatoire électrique, avait pour but d’expliquer certaines des réactions décrites par Annabella Sciorra ainsi que ses trous de mémoire sur certains détails de son agression en 1993. Explication de l’experte: «Si vous vous retrouvez dans une situation traumatique, vous ne vous concentrez pas sur les éléments qui ne sont pas déterminants parce que votre job est de vous concentrer sur ce qui était important dans cette situation spécifique».

Peu avant 16 heures à New York (22 heures en Suisse), la troisième journée de procès compliquée pour Harvey Weinstein se termine sur un coup d’éclat. Peu avant que le juge ne libère les jurés pour le weekend, l’accusation appelle Kara Young, une ancienne mannequin et ex-conquête de Donald Trump. Cette grande et mince femme blonde de 45 ans prend place pour un bref témoignage autour duquel elle raconte avoir vu, en mars 1994, les coupures sur les jambes qu’Annabella Sciorra avait évoquées la veille en parlant de ses tentations suicidaires.

Déterminé a marquer les esprits des jurés, Arthur Aidala, l’un des avocats d’Harvey Weinstein, se lance dans un contre-interrogatoire musclé et lourd de sous-entendus interrompus par les objections de l’accusation et les mises ne garde du juge Burke. “J’adorerais avoir les raisons de ces objections”, s’aventure alors l’avocat. “Monsieur Aidala, asseyez-vous”, lui ordonne le juge. L’avocat supplie brièvement le magistrat et obtient le droit de poser une dernière question avant de se rasseoir sous le regard noir d’Harvey Weinstein.

Créé: 24.01.2020, 23h51

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