Soldates et démocrates, elles partent à l’assaut du Congrès

Midterms 2/4Poussées par leur rejet de Trump, des vétérantes de l’armée pourraient faire pencher la balance électorale mardi prochain.

L’ancienne agente de renseignement en Irak Gina Ortiz Jones (à gauche) et l’ex-pilote d’hélicoptère en Afghanistan MJ Hegar se battent, cette fois sur le plan politique, pour redonner la majorité aux démocrates à la Chambre des représentants.

L’ancienne agente de renseignement en Irak Gina Ortiz Jones (à gauche) et l’ex-pilote d’hélicoptère en Afghanistan MJ Hegar se battent, cette fois sur le plan politique, pour redonner la majorité aux démocrates à la Chambre des représentants. Image: REUTERS/AFP

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Le rendez-vous a été donné dans une maison cossue de la banlieue nord d’Austin, la capitale du Texas. En ce samedi soir de mi-octobre, Aaron et Irene Merkin, un couple de quadragénaires vivant dans un complexe de villas donnant sur un terrain de golf, organisent une levée de fonds pour MJ Hegar, la candidate démocrate locale pour la Chambre des représentants.

Quand elle arrive au domicile des Merkin, MJ Hegar projette une confiance en soi mêlée d’humilité. «Je n’étais pas destinée à faire de la politique», avoue cette mère de 2 garçons en bas âge à la trentaine de donateurs qui a pris place dans le salon. «Mais il fallait que quelqu’un le fasse car notre pays traverse sa pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale.»

Blessée au combat

MJ Hegar est une ancienne pilote d’hélicoptère de l’armée. Elle a été déployée trois fois en Afghanistan et a été décorée après avoir été blessée au combat. Elle fait partie de la nouvelle génération de femmes démocrates motivées par l’attitude misogyne de Donald Trump. Ces femmes qui ont décidé de stopper le président des États-Unis pourraient permettre à l’opposition de reprendre le contrôle du Congrès lors des élections législatives de mi-mandat, le 6 novembre.

Selon une étude de l’Université de Rutgers, 235 femmes – 183 démocrates et 52 républicaines – ont décroché une nomination pour représenter leur parti lors des Midterms de cette année pour la Chambre des représentants. Un record. L’issue du scrutin dépendra aussi largement des électrices dans 69 circonscriptions âprement disputées à travers les États-Unis et comprenant des banlieues blanches aisées, comme celle d’Austin où MJ Hegar se présente. Selon un sondage réalisé en octobre dans ces 69 circonscriptions, 54% des électrices voteront démocrate le 6 novembre, contre 40% pour les républicains.

«Pour l’âme de ce pays»

MJ Hegar ne mâche pas ses mots. «Je me bats pour l’âme de ce pays. C’est littéralement une question de vie ou de morts pour nos enfants», affirme-t-elle en soulignant le refus de l’administration Trump de combattre le réchauffement climatique et sa récente politique de séparation des familles de migrants. L’ancienne combattante, âgée de 42 ans, fait campagne dans une circonscription aisée et largement républicaine entourant Austin, un rare bastion progressiste au Texas. En 2016, John Carter, le candidat républicain sortant, avait remporté 71% des voix. 2018 n’est toutefois pas une année électorale comme les autres.

En campagne, MJ Hegar affiche ses tatouages et son amour de la moto. Elle parsème ses propos d’anecdotes militaires et signe ses autographes pour les jeunes filles avec un message: «Osez et battez-vous comme une fille!» Elle fustige l’attitude de Donald Trump et des républicains: «Ils mentent même à propos de leurs mensonges!» Et elle répète régulièrement que son adversaire, le républicain John Carter, a rejeté une loi pour lutter contre la violence faite aux femmes. «J’ai servi trois fois en Afghanistan et on ne me choque pas facilement», martèle-t-elle. «Mais voter contre un texte qui a pour but de protéger les jeunes filles et les femmes, cela me dépasse.» MJ Hegar fait partie d’un groupe de huit anciennes combattantes démocrates qui se sont mises en scène cet automne dans un spot publicitaire commun. Une manière pour ces candidates au Congrès de revendiquer le patriotisme de leur parti face à des républicains qui soignent depuis des années leur image proarmée et accusent les démocrates de ne pas soutenir les troupes.

Agente en Irak

Gina Ortiz Jones, 37 ans, est une autre de ces ex-soldates dénonçant la politique de Donald Trump. En cette fin d’octobre, l’ancienne agente du renseignement, qui a servi en Irak, fait campagne dans une banlieue pauvre et hispanique de San Antonio, une grande ville texane à 130 kilomètres au sud d’Austin.

Une vingtaine de personnes ont répondu à l’appel de cette Américaine d’origine philippine pour aller encourager les gens du quartier à voter. «Quand j’ai décidé de faire campagne, je me suis demandé s’ils allaient m’attaquer», dit-elle en faisant référence notamment à son homosexualité et à ses idées progressistes. «Cela n’a pas manqué. Mais quand votre programme est d’attaquer votre adversaire, cela montre vos échecs. (…) Le monde nous regarde et veut savoir si les États-Unis ont toujours des idéaux. Ma réponse est oui, mais nous devons travailler dur pour les remettre sur de bons rails.» Peu après le départ de la candidate et des militants, Miguel Barrera reste seul, assis à une table du local de campagne. Alors qu’une fête de famille bat son plein dans la maison voisine dans un déluge de décibels et de rythmes salsa, le vétéran du Vietnam, muni de son vieux téléphone portable, appelle méthodiquement les électeurs potentiels inscrits sur sa liste. «Un ancien combattant soutient ses compagnons d’armes», explique-t-il lorsqu’on lui demande pourquoi il s’implique pour Gina Ortiz Jones dans un Texas qui reste majoritairement conservateur. «En plus, Gina est spéciale, vraiment spéciale.» (24 heures)

Créé: 01.11.2018, 10h22

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