Trump met à cran les requérants d’asile à la frontière mexicaine

Etats-UnisAvec l’introduction du système «Reste au Mexique!», les dossiers sont étudiés hors des États-Unis. Résultat: les villes frontalières fourmillent de sans-abri.

«Si je n’y parviens pas, je vais me chercher une place dans un cimetière», dit Leonardo, rencontré à Nogales.

«Si je n’y parviens pas, je vais me chercher une place dans un cimetière», dit Leonardo, rencontré à Nogales. Image: J.-C.D.

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Leonardo est assis à l’écart des familles de migrants dans la chapelle du refuge Juan Bosco, dans la ville frontalière de Nogales, au Mexique. Il a le regard fuyant et tente de dissimuler ses tatouages en remontant le col de sa chemise de flanelle trop grande pour lui. Leonardo a atterri à Nogales sans abri et sans un sou, comme des centaines d’autres demandeurs d’asile en provenance d’Amérique centrale. Et comme chaque soir depuis des semaines, il vient à Juan Bosco pour y passer la nuit. «Je cherche à atteindre le rêve américain mais n’y suis pas parvenu, explique-t-il. Je n’ai pas d’endroit où dormir.»

Depuis le début de l’année, l’administration Trump a mis en pratique sa politique «Reste au Mexique!», qui force les demandeurs d’asile à attendre dans ce pays que leur requête soit examinée par les autorités américaines. Pour le coup, les villes frontalières mexicaines comme Nogales se sont transformées en cités-dortoirs pour les hommes, femmes et enfants cherchant refuge aux États-Unis. Les plus chanceux parviennent à louer une chambre pendant quelques mois. Les autres, comme Leonardo, passent d’un refuge à l’autre en attendant que le numéro qu’ils ont reçu de la part des autorités américaines soit convoqué.

Tentatives désespérées

Cette politique américaine a changé la donne pour des refuges comme celui de Juan Bosco. «Nous demandons aux requérants d’asile de travailler, explique Francisco Loureiro, le directeur depuis 1982. Nous leur trouvons un emploi, car nous ne voulons pas qu’ils puissent tout avoir sans travailler. Ils veulent aller aux États-Unis? Très bien. Nous les aidons et recevons leur famille. Mais s’ils restent ici trois mois, ils doivent travailler.»

La situation varie de ville frontalière en ville frontalière. Dans certaines, comme Matamoros, des campements ont vu le jour. À Nogales, des habitants ont transformé leur maison en refuge. «Nous le faisons pour Dieu, explique Renán, fondateur du refuge La Roca. Ces gens viennent de situations très difficiles. Nous leur ouvrons la porte de notre maison pour qu’ils puissent y trouver refuge. La situation est plus difficile pour les femmes qui arrivent avec leurs enfants et doivent passer deux ou trois mois ici.»

L’attente forcée du côté mexicain pousse des requérants d’asile à se lancer dans des tentatives toujours plus désespérées. Fin juin, Oscar Alberto Martínez, demandeur d’asile du Salvador, s’était noyé avec sa fille de près de 2ans, Valeria, en tentant de traverser à la nage le Rio Grande, qui sépare le Mexique des États-Unis.

Au début du mois de décembre, un homme en pleurs a essayé d’atteindre le sol américain en traversant le poste-frontière de Nogales avec son fils de 2ans, mais il a été stoppé par les autorités mexicaines. Ces dernières vivent sous la pression de Washington, qui leur demande d’empêcher les requérants d’asile d’atteindre le territoire américain sous peine de représailles financières. Elles sont confrontées à un nouveau phénomène. Des migrants louent ou achètent des voitures au Mexique. À l’approche du poste frontière américain, ils abandonnent leur véhicule et courent vers les États-Unis pour y demander l’asile.

«Illégal et immoral»

À Washington, la politique d’asile de Donald Trump fait l’objet des critiques de l’opposition démocrate. Le mois dernier, la sénatrice de Californie Dianne Feinstein a demandé que le Congrès se penche sur les conséquences humanitaires du programme «Reste au Mexique!». Le mois dernier toujours, Michael Knowles, le président du syndicat défendant les intérêts des gardes-frontières chargés d’examiner les demandes d’asile, a jugé la politique du gouvernement Trump «illégale» et «immorale», lors d’une audience à la Chambre des représentants.

À Nogales, Leonardo est déterminé à atteindre les États-Unis. Pour payer son voyage, le jeune homme avait accepté de servir de mule pour les cartels, mais il a pris peur et s’est enfui. Pour échapper à la violence, il n’a aujourd’hui plus d’autre choix que de passer de l’autre côté de la frontière. «Si je n’y parviens pas, je vais me chercher une place dans un cimetière, une croix et acheter des roses. Ce sera pour mon enterrement.»

Créé: 15.12.2019, 22h14

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