Les «trumperies» du trublion républicain

Primaires américainesLa batterie de casseroles de Donald Trump pourrait faire grand bruit sur la route de la Maison-Blanche.

En 2004, le magnat américain, qui n’est alors qu’un riche entrepreneur et la vedette d’une émission de télé-réalité, décide de créer l’Université Trump, un établissement dédié à l’apprentissage du business, promettant de dévoiler «les secrets du succès de Donald Trump».

En 2004, le magnat américain, qui n’est alors qu’un riche entrepreneur et la vedette d’une émission de télé-réalité, décide de créer l’Université Trump, un établissement dédié à l’apprentissage du business, promettant de dévoiler «les secrets du succès de Donald Trump». Image: Louis Lanzano/AP

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Le républicain Donald Trump collectionne les victoires aux primaires, confortant sa position de favori du camp conservateur pour l’élection présidentielle américaine de novembre. Mais le milliardaire traîne aussi un passé sulfureux et une batterie de casseroles qui pourraient faire grand bruit sur la route de la Maison-Blanche. Coup de projecteur à la veille du nouveau Super Mardi ce 15 mars, où voteront la Floride, l’Illinois, le Missouri, la Caroline du Nord et l’Ohio.

Université bidon

En 2004, le magnat américain, qui n’est alors qu’un riche entrepreneur et la vedette d’une émission de télé-réalité, décide de créer l’Université Trump, un établissement dédié à l’apprentissage du business, promettant de dévoiler «les secrets du succès de Donald Trump». Montants des cours et séminaires proposés? Entre 1500 et 35 000 dollars. Sauf qu’il se révèle rapidement que les étudiants n’apprennent rien. En 2010, une première plainte collective est déposée contre l’Université Trump à San Diego, en Californie. Les autorités américaines exhortent alors le milliardaire à changer le nom de l’établissement, estimant qu’il n’a rien d’une «université».

Une deuxième plainte est déposée en 2013, peu avant l’annonce de poursuites lancées par le procureur de l’Etat New York, Eric Schneiderman. L’attorney général accuse le milliardaire d’avoir utilisé sa célébrité et d’avoir fait de fausses promesses pour convaincre des gens de s’inscrire dans son «université». Plus de 5000 Américains ont été floués entre 2005 et 2011. Montant du préjudice? Quarante millions de dollars. Donald Trump sera entendu lors d’un procès fixé en août, trois mois avant l’élection présidentielle.

Mauvaises fréquentations

«Je suis 100% clean», assène l’homme d’affaires à longueur de meetings. Vraiment? «Les relations de Donald avec la mafia sont extraordinairement étendues», déclarait il y a quelques mois Wayne Barrett, dans une interview à CNN. Ce journaliste d’investigation, auteur du livre Trump: les deals et la chute publié en 1992, estime que la vie du candidat républicain est liée à la pègre. Dans cet ouvrage, il retrace les liens de la mafia avec l’industrie de la construction à New York et dans le New Jersey, dans les années 80 et au début des années 90, époque dit-il, où la mafia contrôlait l’industrie du bâtiment sur la côte Est.

Trump aurait ainsi fait des affaires avec plusieurs mafieux notoires, dont Constantino Paul Castellano, surnommé «Big Paul Castellano», l’un des parrains de la famille Gambino de New York. Lequel lui aurait facilité la construction du Trump Plaza East Side de Manhattan.

Autre liaison dangereuse, celle qu’il entretient avec l’ancien dirigeant du Ku Klux Klan. Le 28 février, Donald Trump a refusé de prendre ses distances avec David Duke, l’ex-leader de l’organisation suprémaciste qui lui a apporté son soutien et qui continue de professer la supériorité de la race blanche.

Interrogé à propos de cet appui embarrassant, Trump a déclaré: «Je ne connais rien de David Duke, je ne connais pas ce groupe [le KKK]. […] Vous ne voudriez pas que je condamne un groupe dont je ne connais rien. Il faudrait que je me renseigne.»

Main-d’œuvre étrangère

Le candidat à la Maison-Blanche qui veut arrêter l’immigration illégale en construisant des murs, interdire «temporairement» l’entrée des Etats-Unis aux musulmans au nom de la lutte antiterroriste et expulser les 11 millions de travailleurs sans papiers pour rendre les emplois aux Américains, recrute des travailleurs étrangers sous visa temporaire dans son club le Mar-a-Lago, en Floride.

Selon le New York Times qui a enquêté, Donald Trump fuit les travailleurs américains pour leur préférer des immigrés roumains. Depuis 2010, rapporte le quotidien américain, près de 300 résidents américains ont postulé dans ce club comme serveurs, cuisiniers et femmes de ménage. Or, seuls dix-sept d’entre eux ont été embauchés, selon des documents fédéraux. Dans le même laps de temps, le Mar-a-Lago a déposé plus de 500 demandes de visa pour des travailleurs étrangers, notamment en provenance de Roumanie.

Ce type de visa qui permet aux entreprises de remplacer des travailleurs américains par des travailleurs étrangers (moins chers et plus dociles) n’est en principe délivré qu’en cas de pénurie de main-d’œuvre locale. Donald Trump a justifié ses demandes en expliquant qu’il était «difficile de trouver des employés qualifiés durant la haute saison». Faux, a rétorqué Tom Veenstra, le directeur d’une agence de placement du comté de Palm Beach, «nous avons des centaines de candidats qualifiés pour ce type d’emplois».

Par ailleurs, le 3 mars, des employés de l’hôtel de Donald Trump à Las Vegas se sont rendus à New York devant la Trump Tower pour réclamer une amélioration de leur contrat de travail. Selon le syndicat, ces employés sont parmi les plus mal traités de la ville: trois dollars de moins de l’heure que les salariés des autres hôtels, pas de retraite ni d’assurance santé. Au sein de la manifestation, la plupart des employées avaient du mal à s’exprimer en anglais… La majorité était originaire du Mexique ou d’Amérique centrale.

Record de faillites

L’homme qui entend gérer l’Amérique comme une entreprise et qui se présente comme un modèle de réussite économique n’a pas toujours brillé dans les affaires. Ses casinos sur la côte Est ont fait quatre faillites en dix-huit ans, un quasi-record dans les annales américaines. La première, la plus retentissante, a été celle du casino Trump Taj Mahal, en 1991, où il s’est endetté de 3 milliards de dollars. Elle a été suivie par celle du Trump Plaza Hotel, en 1992, qui lui a valu un endettement de 550 millions de dollars. Trump a ainsi dû revendre sa compagnie aérienne et ses bateaux pour se remettre à flot. Le Trump Hotel Casino Resort et le Trump Entertainment Resort ont par la suite fait faillite en 2004 et 2009, représentant un endettement de plus de 2 milliards de dollars. «J’ai utilisé les lois de ce pays comme beaucoup d’autres grands dirigeants», s’est défendu Donald Trump, précisant n’avoir jamais connu de banqueroute personnelle.

Quant à ses entreprises ratées, elles sont nombreuses. La vodka Trump, les steaks Trump, les parfums Trump, les prêts hypothécaires Trump, l’eau Trump et le magazine Trump ont tous mis la clé sous la porte.

Investisseurs chinois

En août 2015, sur son compte Instagram, le candidat déclarait: «Cela fait longtemps que je répète à tout le monde que la Chine nous prend notre travail. Elle nous prend notre argent. Méfiez-vous: la Chine nous fera tomber.» La Chine, ce pays qui a commis «le pire vol de l’histoire du monde», au détriment des Etats-Unis. «Ils ont pris notre travail, ils ont pris notre argent, ils ont tout pris», déclarait-il en février, après sa victoire dans la primaire en Caroline du Sud. Voilà pour le côté face. Côté pile, les révélations de Michael Bloomberg donnent une autre version. Selon l’ancien maire de New York, un complexe immobilier de 50 étages dont la construction doit prendre fin l’été prochain à Jersey City, dans le New Jersey, a été construit avec de l’argent chinois en échange de visas. Le couac? Le patron de Kushner Companies, à l’origine de ce projet, n’est autre que le gendre de Donald Trump.

Ce programme de visa (EB-5) est la façon la plus rapide pour un individu fortuné d’obtenir la fameuse «green card». Moyennant un investissement d’au moins 500 000 dollars dans une entreprise éligible aux Etats-Unis qui permet de créer dix emplois, les étrangers se voient attribuer un visa de deux ans. Ce sésame se transformant le plus souvent en carte de résidence permanente pour l’investisseur et sa famille. En 2014, les Etats-Unis ont émis 10 692 visas de ce type. Près de 85% des bénéficiaires étaient chinois.

Créé: 14.03.2016, 07h41

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