Amichaï, première colonie juive approuvée en 25 ans

CisjordanieLe relogement à Amichaï des évacués de l’avant-poste illégal d’Amona pourrait être retardé par la justice israélienne.

Avihai Boaron et sa famille figurent parmi les colons qui s'installeront à Amichaï.

Avihai Boaron et sa famille figurent parmi les colons qui s'installeront à Amichaï. Image: Sabrina Myre

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Dans la vallée de Shilo, au nord-est de Ramallah, des bulldozers ouvrent la route qui conduira à Amichaï, la première colonie juive approuvée officiellement en un quart de siècle par le gouvernement israélien en Cisjordanie. Avihai Boaron prévoit d’y vivre avec sa femme et ses sept enfants. «J’en suis fier! Nous sommes des pionniers», s’exclame le colon, évacué d’Amona en février. Comme une quarantaine de familles, il a été expulsé sur décision de la justice, car l’avant-poste d’Amona avait été construit sur des terres privées palestiniennes. Aujourd’hui, le bruit des marteaux-piqueurs lui redonne espoir. «Nous sommes de retour», lance-t-il. En hébreu, Amichaï signifie «Amona est en vie». Le nouveau chantier est historique.

«Plus d’accès à ma terre»

Au regard de la loi israélienne, Amichaï est légale, contrairement à Amona. Une victoire pour les colons, même si la communauté internationale ne fait aucune distinction: toutes les constructions israéliennes en territoire palestinien sont illégales. Benjamin Netanyahou l’avait promis aux résidents d’Amona. «Après des décennies, j’ai le privilège d’être le premier ministre qui construit une nouvelle colonie», a-t-il déclaré au début des travaux, le 20 juin. Une première depuis la signature des accords d’Oslo de 1993, qui n’auront finalement jamais réussi à freiner la colonisation. Au contraire, l’expansion des colonies existantes et la multiplication des avant-postes ont morcelé la Cisjordanie.

Au sommet d’une colline voisine balayée par le vent, Hillel Vidal, un ancien résident d’Amona, observe le nouveau site. «Vous voyez les oliviers et les vignes là-bas? Nous espérons y bâtir nos maisons d’ici à quelques mois», explique-t-il. Ce n’est pas gagné. L’ONG Yesh Din, à l’origine de la bataille judiciaire contre Amona, a déposé un nouveau recours à la Cour suprême. «La nouvelle colonie créera des enclaves de terres palestiniennes à l’intérieur même d’Amichaï», dénonce son porte-parole, Gilad Grossman. Même si aucune habitation ne sera installée sur ces terres, les propriétaires palestiniens n’y auront plus accès.

Nizar Dib Mahmoud se souvient de l’époque où il cultivait du blé là où Israël assoit sa nouvelle colonie. «C’est injuste! Depuis des années, je n’ai plus accès à ma terre car l’armée israélienne a créé des zones de sécurité pour ses colons», explique l’agriculteur palestinien. Les terres d’au moins deux familles seront totalement encerclées par Amichaï, selon l’association Haqel, qui demandera à la justice l’arrêt des travaux. Sans compter la vingtaine de familles pour qui l’accès sera encore plus compliqué. «C’est l’un des pires endroits de Cisjordanie, les colons ont pris le contrôle de cette vallée», illustre la cofondatrice et avocate Quamar Mishirqi Assad en parcourant une carte.

«C’est la terre des juifs»

«Il n’y a jamais eu de Palestiniens sur ces collines, c’est la terre du peuple juif», martèle Elad Ziv, un futur résident d’Amichaï. Comme la majorité des familles évacuées d’Amona, le père de famille vit depuis cinq mois dans les dortoirs de la colonie d’Ofra. A l’étroit dans une pièce où s’entassent les lits de six de ses enfants, il ne digère toujours pas son expulsion. Une trahison du gouvernement. «Ici, nous vivons comme des réfugiés!» se plaint-il, en accusant les ONG israéliennes, «financées par les Européens et les pays arabes», de vouloir tout donner aux Palestiniens.

La construction d’Amichaï a débuté au lendemain de l’arrivée des émissaires du président Donald Trump, chargés de relancer les négociations de paix, au point mort depuis 2014. Hasard du calendrier? La présidence palestinienne y voit plutôt une «tentative de faire échouer les efforts américains», a dénoncé son porte-parole, Nabil Abou Roudeina. Le nombre de colons – 400 000 en Cisjordanie – n’a pas fini d’exploser… Sur le papier, les plans d’Amichaï prévoient la construction d’une centaine d’unités d’habitation. «Nous voulons doubler la taille d’Amona», explique Avihai Boaron. Sans cacher son ambition future d’attirer des milliers de familles juives pour «faire fleurir le désert».

(24 heures)

Créé: 17.07.2017, 17h43

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