Les manifestants appellent à «la fin du système»

AlgérieDes milliers d'étudiants ont manifesté dans d'autres villes du pays, pour dénoncer une «ruse» d'Abdelaziz Bouteflika pour se maintenir au pouvoir.

Plusieurs milliers d'Algériens poursuivent leur mouvement contestataire.
Vidéo: AFP

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«Les étudiants résistent à la prolongation du 4e mandat!», scandent les manifestants brandissant de nombreux drapeaux, ont constaté des journalistes de l'AFP. Ceux-ci ont commencé à défiler dans une des principales artères du centre-ville, après s'être rassemblés sur la Place de la Grande-Poste, bâtiment emblématique du coeur de la capitale.

« Les algériens ! Les algériens » crient les manifestants à l’intérieur du tunnel des facultés ! #Algerie_manifestation #non_au_5_mandat #??_??????_???????_ #???????_?????? pic.twitter.com/6d8ysUppUb

— Redha Menassel (@Redhareporter) 12 mars 2019

« Pacifique, pacifique», ont-ils également clamé, reprenant un des mots d'ordre de la contestation née le 22 février contre la volonté du président Bouteflika de briguer un 5e mandat à la présidentielle initialement prévue le 18 avril.

«Il faut sauver le peuple, pas le pouvoir», «Pas de ruse, Bouteflika», crient encore les étudiants, qui manifestent pour le 3e mardi consécutif, après des appels réitérés sur les réseaux sociaux.

Signe de la réactivité de ces réseaux sociaux et des protestataires, sur les nombreuses pancartes, le logo de la contestation initiale née le 22 février contre un 5e mandat --un «5» cerclé et barré de rouge-- a laissé la place à un «4» cerclé et barré, refus désormais du prolongement de l'actuel mandat de M. Bouteflika.

Première indication

Confronté à une contestation inédite depuis son élection à la tête de l'Algérie il y a 20 ans, le chef de l'Etat algérien a annoncé lundi soir renoncer à briguer un 5e mandat et reporté la présidentielle du 18 avril. Il a prolongé par la même son mandat sine die, jusqu'à un prochain scrutin dont la date sera fixée ultérieurement par une «Conférence nationale», dont les travaux pourraient durer jusqu'à la fin de l'année.

@EmmanuelMacron c'est la fin de la main mise Française sur l' #Algerie
On veut pas de tuteur, le peuple Algérien est majeur.#Bouteflika #non_au_5eme_mandat #Algerie_manifestation#Vive_Algerie #????_??????? #????????_??????? #????????_???? pic.twitter.com/zovCA52A92

— Nassim Ayoube???????? (@N_Ayoube) 12 mars 2019

A l'international, la France, ancienne puissance coloniale, a salué mardi, par la voix du président Emmanuel Macron, la décision «du président Bouteflika», tout en appelant à «une transition d'une durée raisonnable».

Cette réaction a été mal perçue par les étudiants à Alger, comme on pouvait le lire sur plusieurs post-it: «Hé la France, on a eu notre indépendance seuls, on a vaincu le terrorisme seuls, on sortira le système seuls» ou «la France et les autres pays: si vous soutenez le mal, vous êtes le mal».

(Gouvernement de) «40 voleurs vs 40 millions» (d'habitants), «10 ans de décennie noire (de guerre civile) 20 ans de Boutef = jeunesse perdue», «le système, on le chasse par la porte, il revient par la fenêtre», peut-on notamment lire.

Les étudiants se sont également mobilisés dans le reste de l'Algérie: notamment à Constantine, 3e ville du pays, où près d'un millier d'entre eux a défilé avec des enseignants, selon un journaliste local. Ou encore à Béjaïa, grande ville de Kabylie (nord), où ils étaient plusieurs milliers selon un étudiant.

A Tizi-Ouzou, Bouira, Annaba

D'importantes manifestations ont aussi eu lieu à Tizi-Ouzou et Bouira, également en Kabylie, selon les images relayées sur les réseaux sociaux et par des médias. A Annaba (nord-est), quelques centaines d'étudiants ont défilé, alors que des assemblées générales se déroulaient sur plusieurs campus.

Première indication

L'importante mobilisation étudiante constitue une première indication de l'apparent échec des annonces du chef de l'Etat à calmer la contestation, d'une ampleur inégalée depuis sa première élection en 1999.

Mais le véritable révélateur sera vendredi, premier jour de week-end et traditionnelle journée de manifestation depuis bientôt trois semaines.

Sur les réseaux sociaux, le hashtag «Mouvement_du_15_Mars» a déjà remplacé ceux des 22 février, 1er et 8 mars --les trois vendredi précédents théâtres de manifestations massives--, en appelant à un 4e vendredi de mobilisation.

Si le camp présidentiel -Front de libération nationale (FLN) du chef de l'Etat ou Rassemblement national démocratique (RND), son principal allié- estiment que les propositions de M. Bouteflika répondent «aux aspirations du peuple», elles ont été critiquées par l'opposition, marginalisée par la contestation populaire.

L'Avant-garde des Libertés, parti d'Ali Benflis, ancien Premier ministre de M. Bouteflika passé à l'opposition, y voit une de «ces dernières manoeuvres désespérées».

Principal parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a dénoncé une tentative «de contourner la volonté des Algériens», tandis que le petit Parti des Travailleurs (PT) a jugé que «la prolongation du 4e mandat» traduisait «une volonté de travestir la volonté de l'écrasante majorité du peuple».

Résidence médicalisée

Après deux semaines d'hospitalisation à Genève, Abdelaziz Bouteflika, 82 ans et sérieusement affaibli à la suite d'un AVC en 2013, est apparu lundi soir - au lendemain de son retour - sur des images diffusées par la télévision nationale, peu après ses annonces.

On le voit recevoir successivement, dans sa résidence médicalisée de Zéralda, près d'Alger, plusieurs hauts responsables du pays. (ats/nxp)

Créé: 12.03.2019, 16h09

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