L'après-Merkel tourne au casse-tête en Allemagne

SuccessionAprès un revers électoral à Hambourg, la CDU doit annoncer lundi la façon dont elle envisage l'avenir après Angela Merkel.

Angela Merkel le 21 février 2020 à Bruxelles.

Angela Merkel le 21 février 2020 à Bruxelles. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le parti conservateur allemand doit dévoiler lundi qui il compte porter à sa tête et comment il envisage de préparer l'après-Merkel à l'horizon 2021. Une tâche compliquée par une crise interne sans précédent autour de son positionnement face aux extrêmes.

La présidente démissionnaire de l'Union démocrate-chrétienne (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer dite «AKK», doit donner des réponses en milieu de journée, au lendemain d'un cinglant revers aux élections régionales de Hambourg.

Dans la cité hanséatique, la CDU a été rétrogradée à la troisième place avec environ 11,5% des suffrages, l'un de ses pires scores de l'après-guerre, derrière des sociaux-démocrates à 37% et surtout des Verts passés de 12,3% à plus de 25%.

Choix reporté?

Face aux remous qui agitent le mouvement, le choix crucial du candidat à la chancellerie, avec de bonnes chances de succéder au pouvoir à Angela Merkel lors des élections législatives de fin 2021, devrait être reporté à la fin de l'année, selon les médias allemands.

Dans l'intervalle un président de parti devrait être désigné lors d'un congrès extraordinaire en mai ou juin. À moins que la CDU n'opte en faveur d'une présidence intérimaire collégiale rassemblant les principaux courants, pour éviter une lutte fratricide.

Thuringe

C'est AKK qui a accéléré le calendrier en annonçant le 10 février son intention de jeter l'éponge, après un peu plus d'un an seulement à la tête du parti. Raison immédiate: une crise interne à la CDU déclenchée par la décision d'élus locaux de s'allier à l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) dans la région de Thuringe, en violation des consignes nationales. Plus fondamentalement, la ministre de la Défense n'est pas parvenue à incarner une relève crédible à la chancelière.

AKK voulait au départ aller vite. Son successeur devait être aussi intronisé candidat à la chancellerie du parti, afin qu'il jouisse d'une légitimité lui faisant cruellement défaut. Mais choisir dès aujourd'hui le successeur désigné d'Angela Merkel aurait été difficilement compatible avec un maintien de la chancelière au pouvoir pendant encore un an et demi. «Comment se débarrasser d'Angela Merkel?» devenue encombrante, résume ainsi le quotidien «Bild».

Pour la présidence du parti, la CDU devrait avoir le choix entre deux partisans d'un coup de barre à droite, pour rompre avec la politique centriste d'Angela Merkel dans l'espoir de récupérer les électeurs tentés par l'AfD, et deux personnalités modérées.

Parmi les premiers on trouve Fredrich Merz, vieil ennemi d'Angela Merkel dont il a récemment qualifié le leadership de «défaillant», et Jens Spahn, étoile montante du parti. Dans la deuxième catégorie figurent Armin Laschet, un baron régional, ainsi qu'un invité de dernière minute, Norbert Röttgen, ancien ministre de l'Environnement jadis écarté par la chancelière.

«Auto-destruction»

Le choix préfigurera donc l'orientation future de ce parti qui domine la vie politique allemande depuis plus de 70 ans, mais voit sa base électorale s'éroder. Il ne recueille plus que 27% des intentions de vote, contre 23% aux Verts et 14% à l'extrême droite.

Car au-delà des personnes, la CDU doit urgemment clarifier son profil politique dans un paysage électoral de plus en plus morcelé, où les majorités deviennent à tous les niveaux difficiles à composer. Le mouvement est secoué en interne depuis trois semaines par une crise sur la question des alliances avec les extrêmes, tant à droite qu'à gauche. Jusqu'ici la CDU campe sur une ligne du «ni-ni», excluant les deux, qui a de plus en plus de mal à tenir.

Le débat a atteint son paroxysme dans la région de Thuringe à la suite de récentes élections marquées par une forte poussée de l'AfD, sans majorité claire pour gouverner. Après s'être alliés à ce parti, avant de rentrer dans le rang face au tollé provoqué, les responsables locaux de la CDU ont brisé vendredi un autre tabou politique en acceptant de tolérer un gouvernement minoritaire dirigé par la gauche radicale, Die Linke, héritière du parti communiste est-allemand. Nouveau tollé et rappel à l'ordre de leur direction nationale.

L'hebdomadaire «Der Spiegel» parle d'une «auto-destruction de la CDU» à l'oeuvre, à l'heure du crépuscule de l'ère Merkel, d'un «parti sans direction, sans centre stratégique». «Parti hors de contrôle», grince également «Bild». (afp/nxp)

Créé: 24.02.2020, 04h37

Articles en relation

Revers électoral pour la CDU à Hambourg

Allemagne En pleine crise de confiance, le parti d'Angela Merkel n'a récolté que 11,5% des suffrages dimanche dans la cité-Etat de Brême. Plus...

Le parti d'Angela Merkel s'enfonce dans la crise

Allemagne Le soutien de la CDU locale en Thuringe à un responsable de la gauche radicale ébranle à son tour la ligne directrice du parti conservateur allemand. Plus...

La course à l'après-Merkel est lancée

Allemagne Après la démission d'Annegret Kramp-Karrenbauer à la tête du CDU, plusieurs candidats se sont manifestés pour lui succéder et potentiellement remplacer Angela Merkel. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.