L'arme des agents n'aurait pas suffi à crever les pneus

Attentat de NiceSelon «Libération», la zone piétonne de la Promenade des Anglais était barrée par une seule voiture de police... municipale.

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«Attentat de Nice: des failles de sécurité et un mensonge». C'est sous ce titre que le quotidien «Libération» publie ce jeudi 21 juillet 2016, une semaine après l'attentat qui a coûté la vie à 84 personnes, une enquête détaillée sur le dispositif de sécurité en place le jour de la fête nationale à Nice.

Dans son enquête, le quotidien français démontre que «contrairement à la version avancée au plus haut sommet de l'Etat, le dispositif policier sur la promenade des Anglais [...] était en réalité bien plus léger». Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a qualifié cette information de «contre-vérité».

En chasuble jaune

Deux éléments principaux sont révélés: d'abord, en lieu et place d'agents de police nationale, il n'y avait que des agents municipaux «en chasuble jaune» pour barrer l'accès à la Promenade des Anglais. Ils étaient 16 de plus que l'année précédente à assurer «la déviation des automobilistes et la fluidification du trafic».

Or, ces agents n'ont qu'un calibre de 7,65 millimètres «de toute façon inefficace contre un 19 tonnes lancé à pleine vitesse», même pour crever les pneus. «Nos armes ne permettent pas de traverser le pare-brise ou de crever les pneus», explique un policier municipal à «Libération». Il faudra attendre les premiers tirs de Sig-Sauer 9 millimètres des policiers nationaux «des dizaines de secondes plus tard» plus loin pour que la course du camion tueur commence à être entravée.

Deuxième information: la préfecture des Alpes-Maritimes avait demandé que la manifestation soit sécurisée par un «barriérage avec filtration du public», c'est-à-dire palpations et ouvertures de sacs. Mais 7 jours avant la fête nationale, cette idée est abandonnée «en raison des effectifs de forces de l'ordre contraints», note «Libération».

Le ministère de l'Intérieur souligne que le premier barrage était un point de déviation de la circulation et que l'entrée de la zone piétonne était bel et bien sécurisée un peu plus loin. La vive polémique qui a éclaté sur ce sujet oppose la municipalité Les Républicains (LR) au gouvernement sur le dispositif de sécurité mis en place le soir de l'attentat qui a fait 84 morts.

Selon «Libération», qui s'appuie sur «une source policière qui a pu visionner les images de la vidéosurveillance (...), un seul véhicule de police, celui des agents municipaux, se trouvait au milieu de la chaussée, côté mer», à l'endroit où l'artère devenait piétonne en ce soir de fête peu avant que le camion arrive.

Aucun membre de la police nationale n'est alors présent, toujours selon «Libération», qui cite notamment un témoin. «Et pour cause, ceux-ci ont été relevés aux alentours de 20h30 par leurs collègues municipaux. Il n'y a donc aucune voiture de police nationale susceptible de barrer la chaussée», poursuit le quotidien.

Six policiers nationaux

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve déclare que ce premier barrage franchi par le camion était un «point de déviation de la circulation et de contrôle visuel». La police municipale avait comme prévu relevé la police nationale sur ce barrage mentionné par le journal à 21 heures».

Le ministre assure également que la police nationale sécurisait bien l'entrée de la zone où se déroulait l'événement en tenant un «point de contrôle et de protection» avec deux voitures «stationnées dans le sens longitudinal». «Six policiers nationaux» étaient présents à cet endroit. Ils ont été «les premiers intervenants face au camion meurtrier», ajoute le ministre. Le quotidien français a schématisé le dispositif dans l'infographie suivante que 24 heures lui emprunte.

Bernard Cazeneuve affirme donc que «l'accès à la zone piétonne» était sécurisé «par un barrage de la police nationale». Le 16 juillet, la préfecture du département des Alpes-Maritimes avait déclaré que la mission de sécurisation «était confiée pour les points les plus sensibles à des équipages de la police nationale, renforcés d'équipages de la police municipale».

«C'était le cas notamment du point d'entrée du camion, avec une interdiction d'accès matérialisée par le positionnement de véhicules bloquant l'accès à la chaussée». Le poids-lourd a «forcé le passage en montant sur le trottoir», avait-elle ajouté.

«Nouveau mensonge»

Mercredi, le Premier ministre Manuel Valls a affirmé devant les députés que le dispositif de sécurité avait été «concerté, consenti et validé» par la mairie. «Nouveau mensonge», lui ont répondu Christian Estrosi, ancien maire de Nice, et Philippe Pradal, son successeur.

«Les réunions dont le Premier ministre s'est fait l'écho sont des réunions préparatoires où la préfecture, qui pilote le dispositif de sécurité, réunit l'ensemble des services impliqués (...) et leur donne ses directives», ont assuré les deux hommes.

Jeudi, le ministre de l'Intérieur a répliqué que le dispositif de sécurité mis en place le 14 juillet concernant la police nationale était «conforme en tout point aux réunions préparatoires conduites entre la préfecture et la mairie» et «à leurs conclusions adoptées en commun».

Créé: 21.07.2016, 08h57

Enquête sur la sécurité

Le ministre français de l'intérieur a annoncé jeudi qu'il allait demander à la «police des polices» une évaluation technique du dispositif de sécurité mis en place sur la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet. Il tentait de calmer la polémique sur ce sujet, une semaine après l'attentat qui a coûté la vie à 84 personnes.

Bernard Cazeneuve a «décidé de saisir l'inspection générale de la police nationale d'une évaluation technique du dispositif de sécurité et d'ordre public tel qu'il a été conçu puis mis en oeuvre à Nice dans la soirée du 14 juillet et dans la nuit qui a suivi», indique place Beauvau, siège du ministère, dans un communiqué.

«Cette enquête administrative, sans préjudice de l'enquête judiciaire en cours, permettra d'établir la réalité de ce dispositif, alors que des polémiques inutiles se poursuivent», ajoute le ministère de l'Intérieur.

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